Rencontre avec Lorraine Pintal

Ceci n’est pas une mise en scène

Maxime Valcourt est camelot à L’Itinéraire depuis 25 ans. À son point de vente devant le Théâtre du Nouveau Monde, il fait maintenant partie du décor de cette institution du sixième art. La directrice générale et artistique du TNM, Lorraine Pintal, est venue à sa rencontre à L’Itinéraire. Le temps d’un café, ils ont échangé sur leur quotidien. Quoique différentes, leurs journées se terminent souvent au même endroit les soirs de représentations.

À quoi ressemble une journée dans les souliers de Lorraine Pintal ? De Maxime Valcourt ?

Lorraine Pintal : Habituellement je me lève vers 7 h, je lis les journaux parce que je dois savoir ce qui se passe et ce qui se dit dans le milieu culturel. Ça change rapidement.

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas du tout. Mon métier, c’en est un de soir et de nuit. J’aimerais me coucher à des heures impossibles, mais je dois me lever le matin, je dirige un théâtre ! Je commence tôt et je termine tard. Je dois trouver un équilibre.

J’arrive en ce moment d’une rencontre concernant notre projet d’agrandissement. J’étais ravie par la suite de venir ici pour te rencontrer, Maxime, en personne sur place. Ça fait partie de mon quotidien, les entrevues et les journalistes.

Après notre café, je m’en vais à la Chambre de commerce de Montréal puisque Mme [Valérie] Plante y donnera une conférence. Je dois rencontrer des partenaires pour parler de nos projets d’infrastructures.

Après, j’enlève mon chapeau de directrice générale et je mets celui de directrice artistique. En après-midi, on cherche à établir un lien avec une compagnie de théâtre d’origine haïtienne. Je les rencontre avec notre direction de production et on évalue le potentiel de collaboration. On va leur demander de nous parler de leur projet, de leur vision, de leur rêve. Par la suite, je vois avec les équipes si c’est réalisable. C’est la partie de ma job que j’aime le plus. Directrice artistique, c'est la raison pour laquelle j’ai été engagée au TNM. J’ai grandi dans ce métier-là avec cette formation.

Maxime Valcourt : Et une petite sieste en fin d’après-midi ?

Lorraine Pintal : Non ! Mais avant la première, ce soir, on va s’asseoir en équipe à la grande table du restaurant du théâtre. On va lever notre verre au travail accompli. On fête ça avant, nous ! Après aussi... [rires]

Mais le dimanche, je fais le vide, je prends du recul. J’aime beaucoup faire du vélo. Ça fait quelques années que je prends cette journée pour moi, c’est important pour l’équilibre.

Maxime Valcourt : Moi, je prends ma marche tous les matins pour faire baisser ma petite bédaine [rires]. Je suis un bon mangeux. Je prends aussi des rides de vélo pour voir la nature.

Quand j’ai commencé à vendre L’Itinéraire au TNM, je ne pensais pas finir comme camelot à temps plein. On perçoit les théâtres comme un milieu snob, mais au TNM je me suis senti accepté. Les gens du restaurant, les comédiens, le personnel, ils m’ont accepté, ils me disent bonjour, ils me payent un café.

Lorraine Pintal : C’est parce qu’on t’aime ! Quand des gens du public nous demandent pourquoi tu es là, on leur répond toujours que tu fais partie de la famille. Tu es quelqu’un d’important pour notre théâtre, tu fais partie des meubles. Et tu assistes parfois aux représentations !

Maxime Valcourt : Isabelle Brais, la femme de M. [François] Legault, me demande toujours si je suis correct, si je mange bien, si j’ai un toit. Je vais toujours me souvenir quand elle était seule un soir et m’a invité à assister au show avec elle. Je me suis senti tellement considéré. Ça fait du bien, c’est fou !

Pour revenir à ma journée. Je me lève, je prends une marche. Après, je fais du recyclage avec ma petite camionnette. Je vais vider le stock que j’ai ramassé la veille. Quand j’ai fini, je déjeune. Après, je vais travailler dans Ahuntsic vendre le magazine. C’est une autre clientèle, mais ça marche quand même. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis aimé. Je reste poli, je m’habille propre. Là je dois me trimer la barbe, je n'ai pas eu le temps encore.

Lorraine Pintal : Parti comme ça, tu vas être bon pour faire le père Noël aux Fêtes [rires] !

Maxime Valcourt : Hier, quand j’ai commencé, le premier 20 minutes, c’était plus dur. Faut aller chercher la clientèle. Quand ils attendent en ligne, c’est là le meilleur moment. Je vois les artistes et le public. Tout le monde me dit que j’ai toujours le sourire.

Après, en attendant que la pièce soit terminée, je me promène dans le Quartier des spectacles. Je reviens à la sortie des théâtres. Le lendemain, je recommence.

Je suis un gars bien gêné. Les premiers temps, j'avais mes lunettes de soleil. J’ai beaucoup travaillé sur moi.

Faut être tough pour vendre L’Itinéraire downtown. Je vois tellement de personnes maganées maintenant, près du TNM, ça peut brasser. Je me sens en sécurité en dessous de la marquise du TNM. Sur le trottoir, c’est autre chose. Je veux vous remercier, personnellement, vous et toute l’équipe du théâtre.

Si jamais un jour vous voulez monter une pièce avec un camelot – je dis ça de même –, j’suis là [rires] ! Je l’ai tellement vécu le centre-ville, j’en ai des choses à raconter.

Lorraine Pintal : Ah tiens donc, c’est loin d’être une mauvaise idée !

Les propos ont été abrégés à des fins de concision.

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