Sexualité Derrière la porte

Maxime n’a pas peur de l’engagement, lui

Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

Cette semaine :  Maxime*, 24 ans

Maxime* a 24 ans. De longs cheveux blonds. Une barbe. Un boulot de serveur. Un type qui a l’air bien de son temps, pensez-vous. Et pourtant. Derrière sa dégaine de bohème et son look d’éternel voyageur, il rêve de se caser. D’avoir des enfants. Une routine, finalement. Et quand il l’exprime, c’est tout juste si les filles ne partent pas en courant.

« C’est tough », soupire-t-il doucement, à plusieurs moments pendant l’entretien, un matin frisquet de février, dans un joli café du Sud-Ouest. Il aime bien ce quartier : plusieurs amis y habitent. De son côté, il est retourné vivre chez ses parents, dans une lointaine banlieue. Plus facile ainsi de concilier la vie de travailleur/voyageur. Parce que ce n’est pas qu’un air. Il voyage pour vrai. Mais nous y viendrons plus loin.

N’allez pas croire qu’il se plaint. Ou juge. Au contraire. Son propos est rempli d’empathie, de respect, de « je comprends » et autres « je n’accuse personne ». De toute évidence, Maxime est l’incarnation du type relaxe. Ça s’entend et ça paraît. Tout cela ne l’empêche pas de dormir.

N’empêche. « Pourquoi si je dis que je suis prêt à m’embarquer dans une relation, ce n’est pas attirant, ce n’est pas à la mode ? Pourquoi quand je dis que j’ai hâte d’avoir ma maison, mes fleurs, mon chien, ma routine, j’ai l’air intense ? » Pourquoi c’est « quétaine » tout à coup, l’engagement ? nous a-t-il écrit, peu avant Noël. « Ce n’est pas ça, dans le fond, ce que tout le monde recherche ? D’être heureux. La fuckin’ quête du bonheur. Pour moi, le bonheur, c’est de partager des moments avec la personne que l’on aime, de développer une complicité incroyable et de pouvoir tout se dire. Je ne demande que ça. M’abandonner. » Or, sa vision, manifestement, ne fait pas l’unanimité.

L’ironie de l’histoire, c’est que tout a plutôt bien commencé. Maxime a eu sa première relation sexuelle avec sa première blonde, à 18 ans. « C’était la première fois pour les deux. C’était spécial. Essai, erreur », résume-t-il, avec pudeur. Vous l’aurez sans doute cerné : Maxime est tout sauf vantard. Ils sont restés ensemble deux, trois ans. Ont même vécu en appartement. Puis Maxime est parti en stage. Quatre mois dans l’Ouest. « Et je me suis surpris à avoir de l’attirance pour d’autres personnes. Je n’ai jamais rien fait de mal, précise-t-il, mais je me suis posé la question : si j’ai des envies envers d’autres, est-ce que je suis avec la bonne personne ? » Et ainsi s’est terminée sa première relation. « Je ne regrette pas. Mais j’aurais dû fighter ça. Parce que ce que je recherche, je l’avais à 20 ans… », constate-t-il, le recul aidant.

Cela dit, il n’est pas resté seul longtemps : une semaine plus tard, Maxime s’est retrouvé en couple avec une des filles du fameux stage (celle qui l’attirait ? L’histoire ne le dit pas). Il avait 20 ans. Elle, 27. Si sexuellement, il est allé ailleurs (« probablement parce qu’elle avait plus d’expérience, elle savait vraiment ce qu’elle voulait »), s’ils ont de nouveau habité ensemble, ici non plus, l’histoire n’a pas duré. « À cause de l’âge, croit-il. Elle ne me trouvait pas mature […], elle trouvait que j’avais trop d’amies filles, que je n’étais pas assez à la maison… »

Parlant d’amies filles, Maxime en a plusieurs. Effectivement. En fait, c’est peut-être là le nœud du problème. « J’ai une bonne oreille. Je suis bon pour me faire l’avocat du diable. Et je pense que ça me joue des tours dans les rencontres… »

« Parce que je tombe vite dans la “friend zone”. Je suis beaucoup là pour aider. Moins impressionner… »

— Maxime

Et puis ensuite ? Il hoche la tête. « Rien, à part une aventure l'été dernier qui a fini en catastrophe. » C’était en voyage en Gaspésie. Il y a rencontré une fille. Ils se sont plu. Embrassé. Tout cela pendant trois semaines. Sans plus. Maxime était en effet incapable d’aller plus loin. Ils ont essayé par deux fois. En vain. Pourquoi ? « J’ai vraiment besoin de faire confiance. J’ai peur de m’ouvrir, puis de me faire briser le cœur… » Vous comprendrez que les histoires d’un soir, très peu pour lui. Il en est tout simplement, « physiquement », incapable, confie-t-il, sans s’épancher sur le sujet. Et avec cette fille-là, à force de discussions, de communication (« on communiquait vraiment bien, on parlait, je lui exprimais mes peurs, elle aussi »), ça a fini par marcher. « Vraiment bon. Vraiment fun. »

Il aurait sans doute voulu que ça aille plus loin. Que ça dure. Mais pas elle. Une fois les vacances terminées, elle l’a en effet « crissé là », comme on dit. Pourquoi ? « Je n’ai pas d’explication. Je ne sais pas quoi penser. En fait, non, j’ai une explication : c’est l’engagement qui lui faisait peur. Le retour. La routine. » Et lui ? « Moi, je n’ai pas peur de l’engagement du tout, je veux une routine, des enfants, une famille, répète-t-il. De là mon point : quand je rencontre quelqu’un aujourd’hui et que je dis ça, en 2020, les personnes ne partent pas en courant, mais presque ! »

Et il a sa petite idée sur la question. Il a fait un sondage sur sa page Facebook (et il a beaucoup d’amis), et voici ce qui est ressorti : « À un clic, tu peux trouver quelqu’un d’autre. Quelqu’un de mieux ! »

Vous l’aurez sans doute compris : Maxime, lui, n’est pas sur les applications de rencontre. Il ne connaît pas ça. Et ça ne l’intéresse pas, « rencontrer à l’aveugle pour prendre un café ». En fait, il ne veut même pas rencontrer quelqu’un demain matin. « Moi, mes relations ont toujours été des longs processus. » Mais ça ne change rien à son fameux « point » : « Mais pourquoi on cherche tout le temps quelque chose de meilleur ? C’est un peu comme une drogue : plus tu en prends, plus tu vas descendre bas après. Alors pourquoi tu ne restes pas plutôt au milieu, pour être tout le temps bien ? »

Non, Maxime ne croit pas qu’il soit seul à penser ainsi, mais il se sent moins dans la game, comme on dit. D’un côté, soit ses amis sont en couple depuis toujours, soit ils enfilent les « fréquentations ». « Quinze minutes de fun, quand tu ne sais même pas si ça va être si le fun ? […] Ce n’est pas une critique, mais moi, je ne suis pas dans ce moule-là, je pense. […] La connexion mentale est plus importante pour moi. »

Alors que fait-il ? Il voyage, disions-nous. « C’est pour ça que je me suis acheté une caravane. Je voyage beaucoup. Il faut que je me tienne occupé, parce que je n’ai rien d’autre à investir. » Oui, « c’est tough… » répète-t-il, doucement toujours. Car où sont les gens comme lui ? Les gens sans histoire ne font pas parler d’eux. « Alors on ne se retrouve pas… » D’où l’importance d’en parler. C’est chose faite.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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