Décryptage

La nouvelle « Cause perdue »

New York — De nombreux Américains ont été révulsés mercredi en voyant des photos de cet homme marchant tranquillement avec un drapeau confédéré dans le Capitole des États-Unis, temple de la démocratie américaine. À leurs yeux, ce drapeau symbolise l’esclavage et le racisme que les États sudistes ont tenté de perpétuer en quittant l’Union en 1861, cause d’une affreuse guerre civile qu’ils ont perdue quatre ans plus tard.

Mais la présence de ce drapeau illustre également l’influence durable de la « Cause perdue », cette théorie négationniste qui a contribué à la renaissance du Ku Klux Klan, à l’adoption de lois ségrégationnistes et à la construction de monuments honorant des généraux pouvant être considérés comme des traîtres.

Or, plus de 150 ans après la guerre de Sécession, les États-Unis assistent peut-être à la naissance d’une nouvelle « Cause perdue ». Une cause adoptée non seulement par des complotistes plus ou moins dangereux, mais également par des extrémistes et des suprémacistes blancs appartenant à des groupes pouvant être qualifiés de terroristes.

Avant même l’assaut du Capitole, il était impossible de ne pas s’inquiéter des conséquences du négationnisme de Donald Trump et de ses alliés, qui tentaient ni plus ni moins de transformer une défaite en victoire.

Après les évènements de mercredi dernier, de nombreux historiens, et non les moindres, font un constat troublant, susceptible de hanter les États-Unis pendant plusieurs années.

« Le trumpisme est déjà devenu une “Cause perdue” mortelle », a écrit David Blight, professeur d’histoire à l’Université Yale et auteur de livres sur l’esclavage et la guerre civile. « [Cette cause] n’a pas vraiment de martyrs ni de culte des déchus dans lesquels enraciner ses espoirs et ses rêves. Mais il a un chef de culte autodestructeur sur le point de quitter le pouvoir dans une défaite qui a été transformée en un récit de trahison, de résistance, et en une promesse de revitalisation politique. »

Les vieux démons du racisme

Les mythes principaux de la « Cause perdue » des États sudistes étaient les suivants : l’esclavage n’était pas la cause principale de la guerre civile ; les esclaves étaient heureux et bien traités ; les soldats confédérés, à l’exception de quelques généraux incompétents, étaient nobles et courageux.

Ces mythes ont aidé les États sudistes à se relever d’une guerre qui les avait ruinés et démoralisés. Ils ont aussi contribué à justifier la poursuite d’un « mode de vie » reposant sur la domination des Blancs sur les Noirs.

Plus d’un siècle et demi plus tard, on parle beaucoup du rôle de QAnon dans l’assaut du Capitole. Il ne fait pas de doute que le mouvement complotiste est un vecteur de désinformation et de mobilisation incroyable. Mais il est impossible de ne pas voir se profiler, derrière les mensonges proférés par Donald Trump et ses supporteurs, les vieux démons du racisme.

Le président ne cesse d’attribuer la fraude électorale dont il se dit victime aux grandes villes à forte population noire : Atlanta, Philadelphie, Detroit et Milwaukee, entre autres. Or, la vérité est qu’il a perdu l’élection présidentielle dans les banlieues de ces mêmes villes, où bon nombre d’électeurs blancs qui l’avaient appuyé en 2016 ont voté pour Joe Biden quatre ans plus tard.

Mais Donald Trump connaît bien ses partisans les plus fidèles. C’est la raison pour laquelle il a lancé sa carrière politique en faisant la promotion de la théorie raciste des birthers concernant Barack Obama. Et cela explique aussi pourquoi il s’est opposé récemment à une loi qui devait permettre de renommer des bases militaires honorant des généraux confédérés.

En 2016, quantité d’analystes avaient mis sur le compte de l’« anxiété économique » des électeurs de Donald Trump sa victoire sur Hillary Clinton. Quatre ans plus tard, cette anxiété, si elle a déjà été déterminante, a été éclipsée par une autre peur. Une peur inspirée par les changements démographiques et culturels qui ont contribué à l’élection de Joe Biden et de Kamala Harris.

Prendre les armes

« Notre pays est menacé en ce moment. Il nous est volé. » Il était environ 10 h 30, mercredi dernier, lorsque le lieutenant-colonel à la retraite Jeff Autry, ancien officier de la Garde nationale de l’Indiana, a confié ces paroles à La Presse. Donald Trump n’avait pas encore encouragé ses milliers de partisans à « marcher » sur le Capitole. Mais cet ancien combattant âgé de 57 ans se disait déjà prêt à prendre les armes pour « sauver » son pays, comme plusieurs autres vétérans rencontrés ce jour-là.

Était-il parmi les centaines d’émeutiers qui ont participé à l’assaut du Capitole ? L’histoire ne le dit pas. Mais il n’est plus possible aujourd’hui de prendre à la légère les appels aux armes de partisans de Donald Trump ou les nouvelles menaces de violences d’ici au 20 janvier, date de l’investiture de Joe Biden.

Il n’est pas non plus possible de limiter aux allégations de fraude électorale les mythes de la nouvelle « Cause perdue ». Ses adeptes et combattants répètent aussi ce que Donald Trump dit concernant les démocrates. Ceux-ci sont des socialistes ou des marxistes purs et durs qui ruineront les États-Unis et transformeront à jamais le « mode de vie » américain. Surtout si Kamala Harris, qui deviendra la première vice-présidente de couleur, succède un jour à Joe Biden.

« Ils veulent implanter le communisme aux États-Unis », a déclaré Larry Smith, vétéran originaire du Connecticut. « Ils sont opposés aux valeurs fondamentales de la république. C’est la raison pour laquelle je suis prêt à prendre les armes. C’est la raison pour laquelle je suis venu ici. »

Dans les années 1950 et 1960, les ségrégationnistes traitaient également Martin Luther King de communiste, tout en agitant le drapeau confédéré. Dans l’iconographie de la nouvelle « Cause perdue », l’émeutier brandissant ce même drapeau au cœur du Capitole sera considéré comme un patriote, un héros. Reste à voir si cette théorie aura une vie aussi longue que l’autre.

Pelosi prête à lancer un autre impeachment

Washington — Les démocrates ont averti dimanche qu’ils étaient prêts à lancer dans les prochains jours un nouvel impeachment, une procédure de destitution historique contre Donald Trump, si le vice-président Mike Pence ne se résout pas à le démettre de ses fonctions.

Quatre jours après les évènements du Capitole, qui ont fait cinq morts et ébranlé l’Amérique, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a annoncé une série d’actions pour faire partir le président républicain, qualifié de « menace imminente » contre la démocratie et la Constitution américaines.

Les démocrates vont d’abord en appeler à Mike Pence.

La Chambre sera amenée ce lundi, et au besoin mardi, à se prononcer sur une résolution lui demandant de démettre Donald Trump de ses fonctions. Lors d’une procédure rapide, puis, si nécessaire, lors d’un vote formel.

La puissante cheffe des démocrates, âgée de 80 ans, affirme que la procédure de destitution sera introduite dans la foulée. L’article de mise en accusation est déjà rédigé.

25e amendement

Les démocrates demandent à Mike Pence d’activer en urgence le 25e amendement de la Constitution qui consiste, pour le vice-président et les principaux secrétaires, à constater l’inaptitude du président à exercer sa fonction.

Fidèle de Donald Trump, mais n’ayant plus de contacts avec lui depuis les évènements de mercredi dernier, Mike Pence n’a montré jusqu’ici aucune volonté de déclencher ce dispositif.

Nancy Pelosi précise que le vice-président disposera de 24 heures pour répondre à l’injonction de la Chambre, qui reviendrait à lui faire endosser les pouvoirs exécutifs pour les 10 derniers jours du mandat de Trump. Le président désigné Joe Biden doit prêter serment le 20 janvier sur les marches du Capitole.

Les démocrates estiment que le milliardaire républicain est désormais un président « déséquilibré » et dangereux, et qu’il doit donc être écarté.

Ils considèrent aussi qu’il a encouragé ses partisans à marcher mercredi dernier sur le Capitole où Mike Pence, tenu par la Constitution, annonçait solennellement les résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre. Une victoire de Joe Biden que Donald Trump n’a jamais voulu accepter.

Quelques élus républicains ont appelé dimanche Donald Trump à démissionner pour épargner au pays les complexités de la procédure de destitution comme du 25e amendement.

« Actes impardonnables »

Ce « serait la meilleure option », a affirmé sur CNN le sénateur Pat Toomey. Depuis le scrutin présidentiel du 3 novembre qu’il a perdu, Donald Trump « a sombré dans un niveau de folie et a commis des actes absolument impensables et impardonnables », a-t-il ajouté.

« La meilleure chose pour l’unité du pays, ce serait qu’il démissionne », a renchéri sur ABC Adam Kinzinger, élu républicain de la Chambre.

Isolé à la Maison-Blanche, lâché par plusieurs secrétaires, le milliardaire américain ne semble guère disposé à s’en aller de son plein gré. Il prévoit même un déplacement mardi au Texas pour vanter sa politique d’immigration et la construction du mur frontalier avec le Mexique.

Mais évincé de Twitter et des autres grands réseaux sociaux qui veulent éviter de nouvelles incitations à la violence, Donald Trump a désormais des possibilités limitées pour communiquer avec le grand public.

Au pouvoir depuis 2017, Donald Trump a déjà été visé au Congrès par une première procédure de destitution, ouverte par la même Nancy Pelosi à la fin de 2019 sous l’accusation d’avoir demandé à un pays étranger, l’Ukraine, d’enquêter sur son rival Joe Biden. Il avait été acquitté au Sénat, à majorité républicaine, au début de 2020.

Donald Trump pourrait ainsi devenir le seul président américain de l’histoire mis en accusation à deux reprises dans une telle procédure de destitution.

Mais il s’agit d’une procédure longue et compliquée, et plusieurs voix se sont élevées dans le camp démocrate pour affirmer qu’elle pourrait freiner les projets de Joe Biden, qui a fait de la réponse à la pandémie de COVID-19 sa priorité.

« Donnons au président désigné 100 jours » au début de son mandat pour lui permettre de s’attaquer aux problèmes les plus urgents, a suggéré l’élu démocrate de la Chambre James Clyburn. « On pourrait peut-être introduire les articles [de mise en accusation] un peu après. »

Le sénateur démocrate Joe Manchin a estimé pour sa part sur CNN qu’une procédure de destitution après le 20 janvier « n’aurait aucun sens ».

Joe Biden reste très prudent. La décision sur la destitution revient au Congrès, a-t-il affirmé.

Assaut au Capitole

Des élus ont pu côtoyer une personne atteinte de la COVID-19

Des élus américains ont pu être exposés à une personne infectée par la COVID-19 lorsqu’une foule furieuse de partisans de Donald Trump a envahi le Capitole, mercredi dernier. Le médecin traitant du Capitole a informé dimanche tous les législateurs de l’exposition possible au virus et les a exhortés à se faire tester. L’individu infecté n’a pas été nommé. Le DBrian Moynihan a écrit que de nombreux membres de la Chambre s’étaient réfugiés mercredi dans une grande salle par mesure de sûreté pendant plusieurs heures. Certains ont pu être exposés à un autre occupant atteint d’une infection. Des dizaines d’élus ont été emmenés vers des lieux sécurisés après que des insurgés trumpistes eurent pris d’assaut le Capitole, franchissant des barricades, parcourant des couloirs et saccageant des bureaux. Des membres du Congrès ont été blottis pendant des heures dans la grande salle, tandis que d’autres sont demeurés là pendant une période plus courte. Certains législateurs et membres du personnel étaient furieux après la diffusion d’une vidéo montrant des élus républicains qui ne portent pas de couvre-visage dans la pièce.

— Associated Press

Schwarzenegger révèle le passé nazi de son père dans un appel à l’unité

L’acteur américain Arnold Schwarzenegger a révélé dimanche à demi-mot le passé nazi de son père autrichien dans un émouvant appel à l’unité des Américains après les violences au Capitole, qu’il a qualifiées de tentative de coup d’État fomenté par le président Donald Trump. Dans une vidéo publiée notamment sur Twitter, l’ancien gouverneur républicain de Californie, qui est né en Autriche en 1947, compare l’assaut des manifestants pro-Trump contre le siège du Congrès à la « nuit de Cristal » de 1938 en Allemagne, la nuit de pogroms des nazis qui ont notamment brisé les vitres des magasins tenus par des juifs. « J’ai grandi entouré d’hommes brisés, qui buvaient pour oublier leur culpabilité d’avoir participé au pire régime de l’histoire. Je n’ai jamais partagé ceci aussi publiquement, mais mon père rentrait ivre, une ou deux fois par semaine, et il criait, il nous battait et il faisait peur à ma mère. » L’ancien haltérophile ne dit pas explicitement que son père était nazi, mais il ajoute qu’il ne lui en voulait pas vraiment, parce que « mon père comme nos voisins avaient été trompés par des mensonges, et je sais jusqu’où vont ce genre de mensonges ». — Agence France-Presse

Relations avec Taïwan

Pékin en colère contre Washington

L’agence de presse nationale chinoise Xinhua fustige l’assouplissement d’une mesure américaine contre Taïwan par l’administration du président sortant Donald Trump, accusant le secrétaire d’État américain Mike Pompeo de vouloir infliger « une cicatrice profonde qui va nuire aux relations entre Pékin et Washington à long terme ». Un porte-parole de l’agence a affirmé dimanche que la levée des restrictions permettant aux responsables américains d’avoir des contacts avec leurs vis-à-vis taïwanais prouve que le chef de la diplomatie américaine « est seulement intéressé à provoquer des confrontations et qu’il n’a aucun intérêt pour la paix mondiale ». Après une interdiction qui visait à apaiser les tensions avec le régime communiste chinois, la récente décision de Mike Pompeo permet aux hauts fonctionnaires américains d’interagir avec leur vis-à-vis à Taïwan. Taïwan est un sujet sensible pour le régime communiste de Chine qui considère cette île autonome comme une province qui devrait rentrer dans son giron.

— La Presse Canadienne

Vaccin contre la COVID-19

Joe Biden recevra la deuxième dose lundi

Le président américain élu Joe Biden recevra lundi la deuxième dose du vaccin contre la COVID-19, trois semaines après la première injection dont l’administration a été transmise en direct à la télévision pour encourager la population à faire de même, a annoncé son équipe de transition. « Je fais cela pour montrer que les gens doivent être prêts à se faire administrer le vaccin lorsqu’il sera disponible, il n’y a pas de quoi s’inquiéter », avait dit le futur président juste après l’injection du vaccin Pfizer, le 21 décembre dans un hôpital de Newark, dans le Delaware. Son équipe de transition a indiqué que la seconde injection sera également administrée devant les médias, sans donner davantage de détails.

— Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.