Marjorie Lajoie et Zachary Lagha

Le fardeau de la perfection

Marjorie Lajoie et Zachary Lagha s’entraînent pour gagner. Ils s’entraînent surtout pour réduire les impondérables.

Si leur succès ne se mesure qu’à leur satisfaction, ils ont dû retirer une charge de pression de leurs épaules pour patiner à la hauteur de leurs espérances. Désormais, ils sont maîtres de leur destin plus que jamais auparavant.

Les deux athlètes de la Rive-Sud patinent ensemble depuis plus d’une décennie. Plus tôt à l’automne, ils ont remporté deux médailles en Grand Prix. La première devant parents et amis, à Mississauga, en Ontario, et la seconde à Sheffield, en Angleterre. Deux fois, ils ont pu mordre dans le bronze. Il y a quelques jours, ils ont gagné l’argent aux Championnats nationaux.

Leur principal objectif est de poursuivre sur cette lancée en 2023. Trois jours après le réveillon, le duo retournait au travail au Complexe récréatif Gadbois, à l’Académie de glace de Montréal. Dans les gradins, Lagha discute avec un patineur français. Téléphone cellulaire à la main, il attend sa partenaire. Lajoie se pointe, quelques minutes plus tard, vêtue du manteau blanc crème de la délégation canadienne des derniers Jeux olympiques. Le duo avait terminé 13e en danse sur glace à Pékin.

Les deux athlètes se sont installés dans la cafétéria pour discuter, une heure et demie avant le début de leur entraînement.

Retouche après retouche

Lajoie et Lagha maîtrisent de mieux en mieux leur programme. Ils conservent le même toute l’année. « À la fin de la saison, ça commence à être intéressant, parce que tu le connais tellement bien que tu peux ajouter des détails », explique la patineuse de 22 ans, d’un an la cadette de son alter ego.

Exécuter le même programme tous les jours n’est donc pas redondant ? « Non, répond instinctivement Lagha, adossé au dossier de sa chaise, parce qu’il y a toujours quelque chose à améliorer. C’est comme une peinture que tu veux toujours retoucher », dit-il en mimant le mouvement du pinceau.

Leur sport est complexe de perfectionnement, de répétitions et de détails. L’idée étant de réduire à tout prix les risques de devoir improviser en compétition. « Surtout à deux, précise Lajoie. Si j’ajoute un truc et lui ne le sait pas, je ne peux pas lui dire en pleine performance. Ça ajoute du stress, parce que tout est prévu et il faut le faire comme ça. »

Reste que la meilleure façon d’improviser est de se préparer.

« Plus tu t’entraînes, plus tu réduis le risque d’une catastrophe en compétition. Mieux tu es préparé, moins le stress aura d’impact sur ta performance. »

– Zachary Lagha

C’est pourquoi les deux olympiens consultent constamment leurs entraîneurs sur le banc des joueurs à la fin de chaque programme. Pendant leurs courtes pauses, s’ils n’ont pas leur gourde à la main, ils sont rivés sur la tablette les ayant filmés.

Revoir les critères

« Pour s’améliorer, il faut changer. Alors pour être parfait, il faut souvent changer », a déjà dit Winston Churchill, probablement appuyé sur sa canne à pommeau d’or.

Lajoie et Lagha ont évolué. Ils ont changé très certainement depuis leurs débuts, mais ils ont décidé cette saison de ne plus être en quête de la perfection à tout prix.

« On se laisse un peu plus de lousse. Ce relâchement nous permet de mieux patiner. »

– Zachary Lagha

Leur succès sur la scène internationale en témoigne.

Accoudée sur la table et assise au bout de sa chaise, Lajoie parle de maturité. « Notre coach nous a dit de ne pas essayer d’être parfaits. On est tous les deux de grands perfectionnistes et faire de mini-erreurs vient vraiment nous chercher. Maintenant, c’est beaucoup plus sain. »

Selon Lajoie, son coéquipier et elle sont actuellement « la meilleure version » d’eux-mêmes. « On sait aussi que l’on continuera de grandir », reconnaît-elle.

Comment peuvent-ils arriver à une telle constatation ? « C’est grâce au fait qu’on se donne un peu plus le droit à l’erreur, ajoute la rouquine. Si quelque chose ne marche pas, on n’en fait pas tout un drame. » Elle croit que le duo a trouvé une méthode de travail « confortable, plus saine et plus agréable ».

Les plus récents rendements des patineurs s’expliquent par cette nouvelle façon d’aborder leur sport. « On suit notre plan, assure Lagha. C’est ce qu’on s’était fixé comme objectif. Et pour l’instant, tout a été atteint pour le début de saison. »

Au-delà des médailles, les deux patineurs cherchent seulement à être fiers d’eux. Il n’existe aucune récompense pouvant supplanter la satisfaction d’avoir tout laissé sur la glace. Selon Lagha, tout sourire en regardant son amie, « quand tu es en compétition, que tu patines bien, que tu as un bon pointage et que tu vas détacher tes patins pour retourner dans la chambre sachant que ça s’est bien passé, c’est le meilleur feeling au monde ».

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