Expansion à Contrecœur

L’APM vise une mise en service en 2026

L’Administration portuaire de Montréal (APM) retourne à la table à dessin parce qu’elle souhaite obtenir une solution clés en main pour l’expansion des activités à Contrecœur, une décision qui reportera la mise en service des activités du terminal portuaire à 2026.

Mûrement réfléchie, cette décision ne fera pas déborder le port de Montréal et n’aura pas « d’impact négatif sur l’économie », assure le président-directeur général de l’agence fédérale, Martin Imbleau, en entrevue avec La Presse.

« On peut dire qu’on le recommence [le processus] parce que c’est l’ensemble du consortium que l’on veut qualifier et pas seulement la firme qui va construire les installations, dit-il. C’est aussi l’opérateur. »

Mardi, l’APM a lancé un appel de qualifications pour la conception, la construction, le financement, l’exploitation et l’entretien du projet Contrecœur, en banlieue sud de Montréal. La facture devrait osciller entre 750 et 950 millions.

Le processus de qualifications s’échelonnera sur trois mois. Par la suite, trois consortiums seront retenus pour participer à l’appel d’offres.

Pourquoi se tourner vers cette option alors que trois consortiums avaient déjà été qualifiés pour la conception et la construction du terminal dès janvier dernier ? En poste depuis le début de l’année, M. Imbleau a répondu qu’une partie des décisions avaient été prises avant son arrivée.

Celui-ci fait également valoir que l’APM aura davantage de latitude.

« Le processus nous permet d’être plus prescriptifs dans l’appel d’offres. On peut dire ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas », affirme M. Imbleau.

« Dans le document, on indique que nous voulons une stratégie commerciale qui permet de générer des retombées au Québec, en Ontario et vers le Midwest, ce que nous ne pouvions pas faire dans une négociation de gré à gré. »

— Martin Imbleau, président-directeur général de l'Administration portuaire de Montréal

Des firmes comme Pomerleau, Construction Kiewit et Dragados Canada, qui faisaient partie des équipes qualifiées en janvier dernier, pourront participer au nouveau processus. Évoquant des clauses de confidentialité, M. Imbleau n’a pas voulu dire si elles étaient toujours intéressées.

Plus long

La mise en service du terminal de Contrecœur était initialement prévue en 2024 et elle avait déjà été déplacée à la fin de 2025. L’horizon 2026 est le « plus probable », selon le président-directeur général de l’APM.

Cela ne viendra pas compromettre le financement de 300 millions offert par la Banque de l’infrastructure du Canada et les 55 millions proposés par le gouvernement québécois, assure-t-il.

Le terminal de Contrecœur devrait pouvoir manutentionner annuellement 1,15 million de conteneurs « équivalent vingt pieds » (EVP), ce qui permettrait de doubler la capacité du port de Montréal.

Selon une étude réalisée par le professeur de gestion des transports à HEC Montréal Jacques Roy, « de nouvelles technologies de manutention » pourraient permettre à la capacité du port d’atteindre 2 millions de conteneurs EVP. Par la suite, il faudrait se tourner vers Contrecœur, souligne le document.

Jean-Paul Rodrigue, expert en transport maritime et professeur à l’Université Hofstra, à New York, ne s’alarme pas du nouvel échéancier pour le projet Contrecœur. Il souligne que la décision est à contre-courant de ce que l’on observe actuellement dans l’industrie.

« La pandémie a engendré une accélération des investissements dans les infrastructures portuaires, explique-t-il au téléphone. Les ports sont congestionnés. Ce sont des hypothèses, mais il y a peut-être des raisons techniques [qui expliquent la décision]. Peut-être que les entreprises et exploitants qui doivent construire [et exploiter] l’infrastructure ont d’autres priorités. »

Pas encore réglé

Le projet Contrecœur a obtenu le feu vert d’Ottawa. Mais tout n’est pas encore réglé puisque la question de la protection du chevalier cuivré, espèce menacée de disparition, est toujours en suspens.

En mai dernier, le gouvernement Trudeau a protégé une partie de l’habitat de ce poisson, sur lequel empiète partiellement le chantier. L’enjeu, pour le Port de Montréal, est de tenter d’obtenir un permis de Pêches et Océans Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Celle-ci ne prévoit que trois exceptions pour intervenir dans un habitat essentiel désigné officiellement.

« Nous sommes à mettre en place les mesures de compensation, répond M. Imbleau, lorsque interrogé à ce sujet. Les prochaines étapes seront sur la validité de nos méthodes. »

À son avis, le processus devrait aboutir en 2022.

1,75 million

En 2019, plus de 1,75 million de conteneurs EVP ont été traités au port de Montréal, selon un document présenté dans le cadre d’une séance technique qui s’est tenue le 10 novembre dernier.

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