Révision du régime forestier

Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Québec s’apprête à dévoiler sa révision du régime forestier. Vraisemblablement, elle portera principalement sur l’accroissement de la prévisibilité, de la stabilité et du niveau de récolte de bois. Bien que fondée au bénéfice des entreprises, des communautés et des travailleurs forestiers, cette intention doit s’inscrire dans la continuité de l’aménagement durable des forêts.

Est-ce que la prévisibilité sera envisagée dans le respect de tous les usagers de la forêt et en appliquant une nécessaire précaution environnementale tout en visant la création de valeur en forêt ? Ou sera-t-elle le prétexte à un retour en arrière à une foresterie où seul le tas de bois importe ? Derrière des portes closes, le ministre semble avoir bien entendu les doléances de l’industrie. Mais le ministre est aussi celui de tous les usagers de la forêt et le défenseur de l’intérêt des générations futures. Les silences et l’absence de consultation sont de fort mauvais augure et le gouvernement doit rapidement clarifier ses intentions.

Comment parler de prévisibilité sans dire mot de la prise en compte des intérêts de tous les utilisateurs de la forêt ? Une amélioration des processus de consultation et de gestion participative est un facteur clé de l’augmentation de la prévisibilité pour l’industrie.

Est-ce la voie qui sera suivie ou assisterons-nous à un rejet de toute demande qui conduirait à des ajustements ? Le peu d’efforts déployés par le Ministère pour rendre efficace la gestion participative et les reculs des dernières années en cette matière ont lieu d’inquiéter. La difficile harmonisation des usages sur le terrain montre bien qu’entre l’intention et l’action, il reste bien du chemin à parcourir. L’insatisfaction de citoyens se manifeste d’ailleurs de plus en plus à différents endroits de la province.

Qu’adviendra-t-il des revendications des peuples autochtones ? Comment parler de prévisibilité sans prévoir des avancées significatives dans les négociations avec ces derniers ? Y aura-t-il des provisions de bois ? Une accélération des négociations ? Ou est-ce que la prévisibilité deviendra un obstacle à la négociation d’ententes équitables ?

En période d’incertitude liée aux changements climatiques et à leurs effets sur la forêt, la prévisibilité à moyen et à long terme passe par le déploiement de mesures d’adaptation et par le maintien d’écosystèmes diversifiés et résilients. Il en va de l’avenir des communautés forestières qui doivent envisager la vitalité économique non seulement à court terme, mais aussi dans un horizon qui concerne leurs enfants et leurs petits-enfants. La précaution environnementale n’a jamais autant pris une valeur tangible.

Ce n’est pas vrai que la lutte contre les changements climatiques se limite à couper plus pour planter plus. Il s’agit là d’une distorsion dangereuse des connaissances scientifiques actuelles.

La question est beaucoup plus complexe et les mesures d’adaptation et de précaution environnementale sont cruciales. Est-ce qu’au nom de la prévisibilité, toute nouvelle mesure serait repoussée ? Y aura-t-il des reculs sur ce terrain ?

Nous voulons faire confiance au ministre et ne pas présumer de ses intentions. Mais celui-ci devra rapidement apporter des réponses aux préoccupations que nous avons succinctement soulevées ici. Nous invitons aussi tous les acteurs du milieu forestier à faire part de leurs préoccupations. Il n’est peut-être pas trop tard pour que cette révision du régime se fasse en plein jour et donne l’impression de prendre en compte tous les éléments de la gestion forestière moderne.

Il faut donc espérer que le pas vers l’avant visé par une amélioration des modalités d’approvisionnement en bois pour l’industrie de la transformation ne se traduira pas par un recul sur les autres valeurs de l’aménagement durable des forêts.

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