Julie Perreault et Marc-André Grondin dans Doute raisonnable

Quand le courant passe

Julie Perreault et Marc-André Grondin jouent un redoutable duo d’enquêteurs dans Doute raisonnable, la nouvelle série policière de Radio-Canada. En entrevue, nous avons constaté qu’ils formaient également un tandem de feu loin des projecteurs.

Est-ce qu’on se trompe en disant que vous avez acquis une belle complicité sur Doute raisonnable ?

Julie Perreault : Oui… Ça s’est très mal passé ! [Rires]

Vous étiez-vous déjà rencontrés avant ?

Marc-André Grondin : On s’était parlé une fois. On s’était croisés peut-être deux fois.

Comment expliquez-vous cette chimie entre vous deux ?

Julie Perreault : Sous sa casquette et son air mystérieux, Marc-André, c’est quelqu’un de vraiment drôle. Quand on tourne, les journées sont denses. C’est important de rire. C’est vraiment son humour qui m’a… charmée. Est-ce qu’on peut dire ça ?

Marc-André Grondin : On peut dire « charmée amicalement ».

Julie Perreault : OK !

Marc-André Grondin : Ça fait peut-être téteux, mais c’est réciproque. Julie a beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle est aussi très bon public. Et j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi préparé en tournage. Elle aurait pu remplacer la scripte tellement elle connaissait tout par cœur. Ça faisait en sorte qu’on avait le temps de parler d’autres choses, de niaiser, de faire des jokes. Ça peut avoir l’air niaiseux, mais c’est important, parce que quand t’es moins bien préparé et que t’as tout le temps le nez dans ton texte, tu capotes… Et ça crée plus de tensions, plus de frustrations. Ça donne moins de temps pour bâtir une complicité.

Julie Perreault : Autre chose sur Marc-André, dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi détendu en tournage. Je parle d’une vraie détente. Pas celle d’un gars juste relax. Une détente qui amène une grande liberté, une grande ouverture.

Marc-André Grondin : Ça vient sûrement du fait que j’ai grandi sur des plateaux. C’est l’endroit où je me sens le mieux. Quand je suis ailleurs, je suis plus anxieux.

Les séries policières continuent d’avoir la cote. Comment expliquez-vous cette popularité ?

Marc-André Grondin : Les criminels ont toujours fasciné le public. C’est des personnages riches, qui sont l’fun à défendre, l’fun à regarder. Dans une série policière, tu peux aussi avoir plein d’histoires différentes, avec beaucoup de cliffhangers. Ça crée des séries addictives qu’on peut binge-watcher.

Julie Perreault : Ça sollicite le téléspectateur. Quand tu regardes une enquête policière, tu veux trouver le coupable. C’est très participatif.

Marc-André Grondin : Avant, les gens jouaient à Clue. Astheure, ils regardent District 31 !

Est-ce que vous êtes des amateurs du genre policier ?

Julie Perreault : J’adore ça ! C’est ce que je lis en vacances. Et Marc-André est devenu mon pusher de podcasts de true crime. J’en ai tellement écouté pendant qu’on tournait. Je baignais là-dedans.

Marc-André Grondin : J’ai toujours été un grand fan de documentaires policiers. Dans ma vingtaine, j’en regardais plein sur YouTube. S’il avait fallu qu’on m’arrête et qu’on saisisse mon ordinateur, les gens auraient pensé que mon but, c’était d’apprendre à devenir un tueur en série !

Doute raisonnable n’est pas votre première incursion dans l’univers policier : Julie l’a fait dans 19-2, et Marc-André, dans L’imposteur. Est-ce qu’il y a une façon de jouer un policier ?

Julie Perreault : Son moteur, c’est son cerveau. Sa façon de réfléchir est différente.

Marc-André Grondin : Je pense qu’on joue l’humain d’abord et avant tout. Pas nécessairement le métier. Dans la façon dont Julie aborde Alice [dans Doute raisonnable], on sent son background, la psychologie du personnage. Le mien est vraiment by the book. Il est prêt à dénoncer ses collègues s’ils font quelque chose d’illégal. Bref, ce n’est pas quelqu’un qui fait des jokes avec tout le monde.

Vous avez déjà joué, chacun de votre côté, des textes de Danielle Dansereau : Julie dans 19-2, et Marc-André dans L’affaire Dumont. Qu’est-ce que vous aimez dans son écriture ?

Marc-André Grondin : J’aime d’abord la femme. Elle est douce, intelligente et cultivée. Avec elle, les histoires complexes deviennent accessibles. L’affaire Dumont, c’était compliqué d’un point de vue juridique, mais quand on lisait son scénario, on comprenait facilement les enjeux. Et pourtant, elle n’avait pas écrit une version simplette ou dénaturée.

Julie Perreault : Elle laisse beaucoup de place aux acteurs. Son écriture est précise, subtile... Tout n’est pas souligné. Dans Doute raisonnable, et même dans 19-2, j’avais la chance de pouvoir installer des choses tranquillement. Il n’y avait pas une scène qui expliquait toutes les facettes du personnage.

Vous exercez tous deux un autre métier : Julie est photographe, et Marc-André, producteur au contenu. Quel vide est-ce que ça vient combler ?

Julie Perreault : Aucun. C’est complémentaire. Pour moi, la photographie, c’est parti d’une vraie curiosité. Et j’avais besoin de prendre un pas de recul sur mon métier. J’avais besoin de regarder quelqu’un d’autre que moi. Quand je fais des projets photo, j’ai une équipe à gérer. Je dois donner des indications précises aux gens. Quand je reviens comme actrice, j’ai beaucoup moins de responsabilités, mais je suis consciente des directions qu’il faut suivre. Je suis très attentive.

Marc-André Grondin : La production, ça stimule mon côté créatif. J’aime réunir des gens talentueux, former des équipes. C’est un feeling très grisant. Je peux toucher à plein d’affaires. Présentement, je prépare une série documentaire, une série de fiction, une émission de variétés… Ça fait travailler mon cerveau d’une autre façon. Durant la pandémie, je n’ai pas tourné, mais j’ai été occupé tous les jours. Je suis avec une super belle équipe chez Groupe Fair-Play. Je suis vraiment chanceux.

Julie Perreault : Je vais parler comme s’il n’était pas là, mais ça ne m’étonne pas que Marc-André soit capable d’apprivoiser le métier de producteur. Je suis certaine qu’il est bon, parce qu’en tournage, chaque fois qu’on faisait du debriefing, il avait toujours un point de vue sur l’ensemble du projet ; pas juste sur son rôle. Il était au service de l’histoire. C’est un discours que j’entends très rarement. Pour moi, c’est le réflexe de quelqu’un qui a un œil extérieur, quelqu’un qui s’approche du producteur.

Marc-André Grondin : Ça me touche beaucoup d’entendre ça. Ça valait 18 piastres de parking !

La première saison de Doute raisonnable atterrit sur l’Extra d’ICI Tou.tv jeudi.

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