Mort de George Floyd

La justice fait le procès d’un policier, pas celui de la police

Minneapolis — Malgré l’intensité des débats sur la police américaine et ses méthodes, tous les acteurs du procès du meurtre de l’Afro-Américain George Floyd semblent déterminés à ce qu’il soit celui d’un homme et non pas d’une institution.

Ce n’est « pas le procès de la police ou des méthodes policières », avait déclaré le procureur Jerry Blackwell, dès l’ouverture des débats consacrés à l’examen de la culpabilité de Derek Chauvin.

« Il n’y a pas de cause politique ou sociale dans la salle d’audience », avait renchéri l’avocat de la défense Eric Nelson.

M. Chauvin, un policier blanc de 45 ans, est accusé d’avoir tué le quadragénaire noir le 25 mai à Minneapolis, en maintenant son genou sur son cou pendant près de 10 minutes, alors que George Floyd était allongé sur le ventre et menotté.

Le drame a conduit des millions de personnes à manifester dans le monde entier contre le racisme et les violences policières, et a ouvert un débat de fond aux États-Unis sur la nécessité de réformer les forces de l’ordre.

Certaines voix ont réclamé de réduire le budget de la police, afin de rediriger les fonds vers d’autres actions sociales, certaines villes ont pris de premières mesures, et la Chambre des représentants s’est attaquée à la vaste immunité dont bénéficient les forces de l’ordre.

Opposés à ces réformes, les policiers et leurs défenseurs ont vite pris soin de présenter Derek Chauvin comme une brebis galeuse, qui ne reflète en rien les valeurs de la profession. Et ce discours a résonné cette semaine dans la salle d’audience.

Derek Chauvin a « violé les règles », « la formation » et « l’éthique » de la police, a assuré lundi Medaria Arradondo, un Afro-Américain qui dirige les forces de l’ordre de Minneapolis.

« Je ne sais pas quel genre de position il a improvisée, mais ce n’est pas quelque chose que nous enseignons », a également asséné Katie Blackwell, l’ancienne responsable de l’Académie de police de Minneapolis, elle aussi en uniforme.

La force « mortelle » utilisée par Derek Chauvin n’était « absolument pas nécessaire », avait déjà estimé vendredi le policier le plus expérimenté de la ville, Richard Zimmerman.

« Pomme pourrie »

Cette avalanche de témoignages est exceptionnelle. Aux États-Unis, il est en effet très rare que des policiers témoignent à charge contre un collègue. Une formule, « le mur bleu du silence », existe même pour décrire le code tacite qui pousse les policiers à se taire si un confrère commet un abus.

Ce mur avait commencé à se fissurer bien avant le procès. Medaria Arradondo avait déjà déclaré que Derek Chauvin a commis « un meurtre », son syndicat avait estimé son licenciement « justifié » et la mairie de Minneapolis, son employeur, avait accepté de verser 27 millions de dollars à la famille Floyd sans attendre le verdict.

Aujourd’hui, les frais de justice de l’accusé sont couverts par une association de policiers, mais elle assure être obligée de le faire pour l’ensemble de ses adhérents.

Lors de précédentes affaires impliquant des policiers, des confrères ont pris leur défense « soit en soulevant des points valides, soit juste par réaction instinctive », souligne Ashley Heiberger, ancien policier devenu consultant. « Cela n’a pas eu lieu cette fois-ci : chaque fois qu’on a vu un commentaire, il était négatif. »

Pour Kate Levine, professeure à la faculté de droit Cardozo à New York, cela relève peut-être d’une stratégie.

« Mon inquiétude est que, si Derek Chauvin est condamné, les services de police qui l’employaient puissent dire : ce gars était une pomme pourrie, on n’a pas de problème. »

— Kate Levine, professeure à la faculté de droit Cardozo à New York

« Peut-être que dans ce dossier, on a effectivement affaire à un sociopathe, mais le plus souvent, les agents font ce qu’ils ont été entraînés à faire », ajoute cette experte.

Militant pour des réformes à Minneapolis, D. A. Bullock est lui aussi resté sceptique sur le témoignage de Medaria Arradondo. « J’encourage les gens à regarder ses politiques et pas sa prestation » au tribunal, a-t-il dit au New York Times.

Alors que le chef de la police de la ville a vanté les « changements » survenus dans ses services qui, selon lui, placent la « compassion et la dignité » au cœur de leur action, M. Bullock a dit « ne pas avoir confiance dans son témoignage sur de réelles réformes ».

Chauvin avait suivi une formation sur l’intervention en cas de crise

Quatre ans avant la mort de George Floyd, l’agent Derek Chauvin avait suivi une formation de 40 heures sur l’intervention en cas de crise, notamment sur la façon de reconnaître les personnes en crise et sur l’utilisation des techniques de désescalade pour les calmer, a-t-on appris mardi au procès pour meurtre du policier. Le sergent Ker Yang, responsable de la formation des agents sur la gestion de crise à la Police de Minneapolis, est le plus récent membre du corps policier à témoigner au procès, alors que les procureurs tentent de convaincre les jurés que l’agent Chauvin n’a pas suivi les procédures apprises lorsqu’il a mis son genou sur le cou de George Floyd, le 25 mai 2020. Au septième jour du procès pour meurtre, le sergent Yang a déclaré que les policiers apprennent à prendre des décisions critiques face aux personnes en crise – y compris celles qui souffrent de problèmes mentaux ou qui sont intoxiquées –, puis à désamorcer la situation. « Lorsque nous parlons de situations qui évoluent rapidement […] nous avons souvent le temps de ralentir les choses, de réévaluer et de passer par ce modèle », a déclaré le sergent Yang.

— Associated Press

« mon nom valait de l’or »

Le fil de Joe Biden reconnaît que son nom lui a permis d’obtenir un poste au conseil d’administration d’une entreprise gazière ukrainienne

Washington — Le fils de Joe Biden a admis dans un entretien diffusé mardi par la BBC que son nom lui avait permis d’obtenir une place au conseil d’administration du groupe gazier ukrainien Burisma, une nomination décriée par Donald Trump et figurant au cœur de la première procédure en destitution de ce dernier.

« Je pense qu’ils ont vu que, pour eux, mon nom valait de l’or », a confié Hunter Biden lors d’un entretien à l’émission radio de la BBC Today, diffusé pour la sortie de son autobiographie Beautiful Things.

L’avocat de 51 ans explique que le groupe ukrainien espérait se diversifier à l’étranger et « dans d’autres secteurs afin de se protéger » contre Moscou après l’annexion de la Crimée en 2014.

Il assure qu’il n’a pas utilisé ses relations familiales pour tenter d’influencer la politique étrangère américaine : « J’ai limité à 100 % ce que j’ai fait pour eux à mon rôle au conseil d’administration. »

« Le nom Biden est synonyme de démocratie et de transparence et c’est pour cela que j’ai dit que cela valait de l’or pour eux. »

— Hunter Biden

Sans expérience particulière dans le secteur énergétique européen, Hunter Biden avait été nommé au conseil d’administration de Burisma en 2014, lorsque son père était vice-président de Barack Obama.

Il était payé quelque 50 000 $ par mois, selon les républicains, jusqu’à son départ en avril 2019.

Les pressions sur l’Ukraine en cause

Son siège au conseil de Burisma a été au centre de la première procédure de destitution historique contre Donald Trump.

En 2019, les démocrates avaient accusé le républicain d’avoir abusé de sa fonction présidentielle en faisant pression sur l’Ukraine afin que Kiev enquête sur Joe Biden et les activités commerciales de son fils.

Le milliardaire avait été acquitté début 2020. Puis avait évoqué de manière répétée des soupçons de « corruption », non démontrés, contre les Biden pendant toute sa campagne présidentielle.

« Où est Hunter ? » est resté un cri de ralliement des trumpistes.

Après une enquête parlementaire, des sénateurs républicains avaient conclu en septembre 2020 que les relations de Hunter Biden avec Burisma étaient « gênantes » pour le gouvernement américain.

Mais ils n’avaient pas démontré que Joe Biden avait influencé la politique étrangère américaine ou agi pour aider son fils.

Dans son livre, publié par Gallery Books, filiale de la maison d’édition Simon & Schuster, Hunter Biden explique néanmoins qu’il refuserait ce mandat si c’était à refaire.

L’ouvrage sera publié en français à la rentrée par Albin Michel.

Nucléaire iranien

Des discussions « fructueuses »

Les discussions pour tenter de sauver l’accord international sur le nucléaire iranien ont démarré mardi à Vienne d’un bon pied, les États-Unis étant indirectement conviés pour la première fois depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. « La réunion de la commission mixte a été fructueuse », a annoncé l’ambassadeur de la Russie auprès des organisations internationales, Mikhaïl Oulianov, à l’issue d’une entrevue de près de deux heures des signataires du JCPOA (Plan d’action global commun) : Iran, Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, le tout sous l’égide de l’Union européenne. « Je peux dire que, dans l’ensemble, la réunion était constructive », a renchéri Abbas Araghchi, chef de la délégation iranienne, dans une vidéo diffusée sur Irinn, la chaîne d’information publique. — Agence France-Presse

Droits de la personne

Cuba dénonce le rapport de Washington

Le ministère cubain des Affaires étrangères a convoqué lundi le chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Timothy Zuñiga-Brown, afin de lui signifier son rejet du rapport annuel du département d’État sur les droits de la personne et dénoncer Washington pour ses propres abus aux États-Unis et à l’étranger. Le directeur général des États-Unis au ministère, Carlos Fernandez de Cossio, a fait part à M. Zuñiga-Brown de son « rejet des allégations trompeuses et politisées concernant Cuba dans le rapport du département d’État » sur les droits de l’homme en 2020, a indiqué un communiqué du ministère cubain des Affaires étrangères. Dans le rapport publié la semaine dernière, le département d’État a déploré la persistance des « restrictions » à la liberté d’expression à Cuba, et a dénoncé des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des cas de torture dans cet État « autoritaire ».

— Agence France-Presse

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