La violence conjugale ne prend pas de vacances

Si les vacances estivales sont synonymes de répit pour bon nombre de personnes, elles riment plutôt avec angoisse pour des victimes de violence conjugale, qui doivent composer avec la présence de leur conjoint à la maison. Une situation qui préoccupe des organismes de lutte contre cette forme de violence.

« Toute période de l’année où la femme se retrouve toute seule pendant une période prolongée avec son agresseur, c’est terrible pour elle », affirme la directrice générale de la Maison Simonne-Monet-Chartrand (MSMC), Hélène Langevin, en entrevue avec La Presse.

À la présence plus fréquente du conjoint au domicile s’ajoute le contexte du déconfinement, évoque Mme Langevin. « Le confinement, ç’a été comme le nirvana pour l’agresseur, parce que ça fait que la conjointe, la victime de violence, reste à la maison », déclare-t-elle.

Ainsi, le retour au bureau et l’augmentation des activités sociales entraînés par l’assouplissement des mesures sanitaires peuvent donner l’impression à l’auteur de violence conjugale qu’il « perd prise sur sa victime, explique la directrice de la MSMC. Souvent, le travail, c’est une source de répit [pour la victime]. »

Certaines femmes sont d’ailleurs forcées de rester à la maison, car elles n’ont pu trouver de garderie ou de camp de jour pour leurs enfants, qui sont eux aussi en congé, renchérit Hélène Langevin.

Des gestes calculés

Toutefois, ce n’est pas dans tous les contextes de violence conjugale que les vacances font augmenter l’intensité de l’agressivité, nuance Geneviève Landry, directrice générale d’Entraide pour hommes, organisme venant en aide aux hommes violents situé sur la Rive-Sud, et présidente de l’association À cœur d’homme, réseau d’aide aux hommes.

Mais « dans le terrorisme intime, effectivement, ça peut être dangereux, ça peut être beaucoup plus difficile pour la conjointe », précise Mme Landry.

C’est dans ce type de violence conjugale que l’homme « installe un climat de terreur à la maison, [qu’il] utilise le contrôle coercitif, que ses gestes de violence sont calculés, et qu’il a l’objectif de contrôler sa partenaire », explique la directrice générale d’Entraide pour hommes.

Au sein d’un scénario de violence situationnelle, « au contraire, la période de vacances peut être un répit pour le couple et la famille, parce qu’on élimine dans la plupart des cas des sources de stress », précise Geneviève Landry.

Il s’agit alors d’« une violence qui arrive parce qu’il y a des tensions au sein du couple qui augmentent et qui amènent une escalade de violence conjugale », détaille-t-elle. Mme Landry ajoute que la période des vacances correspond parfois au moment de « lune de miel » dans le cycle de la violence conjugale.

La recherche de logement : un autre obstacle

« Ce qui m’inquiète le plus actuellement, c’est la pénurie de logements », affirme pour sa part Annick Brazeau, directrice générale de la maison d’hébergement Pour Elles des Deux Vallées et porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Mme Brazeau craint que des victimes de violence conjugale ne quittent pas un milieu violent, car elles ont peur de ne pas avoir les moyens financiers de le faire, ou de ne pas trouver un nouveau logement.

« Chaque femme est différente avec son vécu de violence », rappelle Annick Brazeau, en disant que la violence conjugale se déroule toute l’année. Elle croit cependant que le déconfinement permet aux femmes de sortir davantage de chez elles, et ainsi d’aller chercher de l’aide.

Toutefois, la diminution de la virulence de la pandémie ne signifie pas une réduction de la violence conjugale, selon Geneviève Landry.

« La pandémie a exacerbé la détresse, des problématiques qui existaient déjà. La fin de la pandémie, ça ne veut pas dire la fin d’une dépression ou la fin d’un comportement violent », énonce la présidente d’À cœur d’homme.

Un nombre de demandes croissant

Les besoins sont décidément criants pour venir en aide aux victimes de violence conjugale et à ceux qui la perpétuent.

« D’année en année, les demandes d’aide ne cessent d’exploser. On voit à peu près 1000 hommes par année, puis on a des listes d’attente faramineuses. En mars dernier, on avait 125 hommes sur la liste d’attente », évoque Geneviève Landry.

Elle précise que le nombre de requêtes a augmenté pendant la pandémie.

Des hommes qui n’avaient jamais eu de comportements violents ont commencé à en adopter lors de cette période, alors que le niveau de stress a atteint de nouveaux sommets.

« On a énormément de demandes d’aide, la maison est pratiquement pleine », constate également la directrice générale de la Maison Simonne-Monet-Chartrand.

Les organismes lancent tous un appel à la prévention. « Je pense qu’on aurait intérêt, au Québec, si on veut vraiment endiguer le problème de violence conjugale, à faire de la sensibilisation qui porte un petit peu plus sur la violence dite ordinaire. Ça veut dire la violence verbale et psychologique étalée sur le temps », plaide Mme Landry.

« Il ne faut pas qu’on attende qu’il y ait un autre féminicide », lance Hélène Langevin.

50 %

des hommes qui viennent chercher de l’aide auprès de l’organisme Entraide pour hommes le font en raison d’une ordonnance de la Cour.

7000

Nombre d’appels supplémentaires qu’estime avoir reçus l’organisme SOS violence conjugale lors de la période 2020-2021, comparativement à 2019-2020.

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