Dilemmes devant le filet

Les camps d’entraînement ont beau être terminés, le portrait des gardiens de but partants à travers la LNH est encore très imprécis, et une majorité d’équipes pourraient attendre à la toute dernière minute pour faire leur choix en vue de la série de qualification. Et encore, les choses pourraient changer très rapidement, parfois au détriment de gardiens établis. Portrait des luttes qui se déroulent aux quatre coins de la ligue.

LES ÉVIDENCES

Que ce soit en raison de la grande qualité de leur premier gardien ou faute d’un plan B valable, cinq équipes n’auront aucune question à se poser avant de choisir leur gardien de confiance. À Montréal et à Winnipeg, Carey Price et Connor Hellebuyck sont les seules options sûres. À Vancouver, Jacob Markstrom a été un roc. À Chicago, les Blackhawks ne pensaient pas aux séries lorsqu’ils ont échangé Robin Lehner aux Golden Knights de Vegas : le filet échoit donc au vétéran Corey Crawford. Le Québécois a toutefois rejoint l’équipe sur le tard après avoir contracté la COVID-19 ; s’il n’est pas en mesure de jouer, on s’en remettra sans doute à Malcolm Subban. Les options sont plus nombreuses en Arizona, alors que les Coyotes présentent l’un des meilleurs tandems du circuit, mais Darcy Kuemper, qui reluquait le trophée Vézina en première moitié de saison avant de se blesser lui aussi, devrait d’emblée avoir le dessus sur Antti Raanta.

LES TIRAILLEMENTS

Hurricanes de la Caroline

L’effort défensif des Hurricanes est exceptionnel. Les Ouragans sont parmi les équipes de la LNH qui concèdent le moins de tirs au but et le moins de chances de marquer. Or, en 2019-2020, leurs gardiens Petr Mrazek et James Reimer ont présenté des statistiques extrêmement… moyennes. La logique voudra que Mrazek reçoive l’appel de son entraîneur : c’est lui qui a obtenu le plus de départs pendant la saison et c’est aussi lui qui a contribué à amener les Hurricanes en finale de conférence l’an dernier. Par contre, comme l’écart est mince entre les performances des deux hommes, Reimer pourrait rapidement être appelé en renfort en cas de faux départ contre les Rangers de New York.

Islanders de New York

On pourrait presque copier-coller le paragraphe des Hurricanes et l’appliquer aux Islanders : en 68 matchs de saison, les deux équipes ont accordé le même nombre de buts et se talonnaient au classement de la division Métropolitaine. Or, la brigade défensive de Barry Trotz est autrement plus poreuse que la saison précédente. Comme l’an dernier, l’adjoint Thomas Greiss a vu beaucoup d’action, mais Semyon Varlamov s’est installé comme numéro 1 et on peut présumer qu’il amorcera la série de qualification. À noter, toutefois : aucun des deux membres du duo n’a un CV imposant en séries. Trotz n’a jamais hésité à alterner entre ses gardiens en saison, et ça pourrait continuer de bouger.

Wild du Minnesota

A priori, le choix ne devrait pas être complexe, car Devan Dubnyk a été l’un des pires gardiens de la LNH en 2019-2020, avec notamment un taux d’arrêts de ,890 et une moyenne de buts accordés de 3,35. Envoyer Alex Stalock pour affronter les Canucks de Vancouver devrait donc être une formalité. Or, à 32 ans, cet adjoint de carrière n’est apparu que dans quatre petites rencontres en séries d’après-saison. Il a bien paru en saison derrière une défense étanche, championne du circuit pour le nombre de chances de marquer accordées à cinq contre cinq. Mais saura-t-il maintenir la cadence en séries ?

Flames de Calgary

La situation de Calgary est intrigante. Qui donc sera désigné pour racheter la saison décevante des Flames ? Avec respectivement 48 et 22 départs, David Rittich et Cam Talbot avaient chacun un rôle défini. Or, l’entraîneur-chef Geoff Ward a encore répété la semaine dernière que sa décision n’était pas prise pour le retour au jeu, ce qui trahit la confiance fragile à l’égard de Rittich. L’histoire se répète pour le Tchèque : la saison dernière, ses performances avaient largement éclipsé celles de Mike Smith, mais c’est néanmoins ce dernier qui avait affronté l’Avalanche du Colorado au premier tour. Qui sait si Talbot ne lui jouera pas le même tour, lui qui a remporté une série avec les Oilers d’Edmonton en 2017 ?

Maple Leafs de Toronto

De l’avis général, les Leafs auraient dû être bien plus dominants qu’ils l’ont été cette saison, et l’instabilité devant le filet a sa part de blâme. Frederik Andersen n’a pas été atroce, et à sa défense, les Leafs sont l’une des équipes de la ligue qui accordent le plus de chances de marquer dites à « haut danger ». Mais rarement est-il capable de sortir du pétrin ses coéquipiers résolument axés sur l’attaque. Surtout, le Danois traîne le lourd passif d’avoir été incapable de transporter son équipe au deuxième tour depuis son arrivée à Toronto en 2016. Avec la présence d’un adjoint solide en Jack Campbell, le tapis pourrait vite glisser sous les pieds d’Andersen en cas de départ raté.

Panthers de la Floride

Imaginez le coup d’éclat : Sergei Bobrovsky, le gardien de 10 millions, cloué au banc pour le grand retour des Panthers en séries. Farfelu ? Pas vraiment. Le Russe a connu des débuts désastreux à Sunrise. Son taux d’arrêts ronflant de ,900 et sa moyenne de buts accordés monstrueuse de 3,23 sont, de loin, ses pires statistiques depuis qu’il s’est établi comme numéro 1 dans la LNH il y a bientôt 10 ans. Ajoutez à cela ses insuccès répétés en séries au cours de sa carrière, et le portrait est soudain bien peu reluisant. L’entraîneur-chef Joel Quenneville a vu neiger, et sa patience ne sera pas infinie, surtout dans une série trois de cinq. Il a déjà eu de bons mots au minicamp pour le jeune Chris Driedger, qui a brillé lorsqu’on a fait appel à lui pendant l’hiver.

LES VRAIS MAUX DE TÊTE

Blue Jackets de Columbus

John Tortorella a un heureux problème entre les mains. À l’instar de toute l’équipe, ses gardiens lui en ont donné amplement pour son argent cette saison. Les attentes étaient modérées à l’endroit de Joonas Korpisalo, après quatre saisons passées dans l’ombre de Sergei Bobrovsky, mais le Finlandais a répondu de belle manière à une charge de travail augmentée. La surprise, c’est qu’à ses débuts nord-américains, le Letton Elvis Merzlikins a fait encore mieux que lui ! Résultat : le duo a été l’un des plus chiches de la LNH en 70 rencontres. Deux nuances s’imposent toutefois. D’abord, les Jackets alignent l’une des meilleures défenses du circuit. Leur total de chances de marquer à « haut danger » accordées est au troisième rang des plus faibles du circuit. Ensuite, ni Korpisalo ni Merzlikins n’ont disputé ne serait-ce qu’une minute en séries dans la LNH. Comment réagiront-ils dans un contexte de haute pression ? Cela reste à voir.

Oilers d’Edmonton

Le problème est essentiellement l’inverse à Edmonton. Aussi bien mettre une chose au clair tout de suite : Mike Smith n’a plus l’étoffe d’un gardien partant dans la LNH. C’est pourtant lui qui a obtenu le plus de départs à Edmonton (37), même si Mikko Koskinen semblait donner plus de chances à son équipe de gagner. Dans tous les cas, rappelons-nous que c’est l’attaque dévastatrice des Oilers et leur avantage numérique à faire frémir qui ont fait leur succès, alors que leur défense moyenne et leurs gardiens moyens offraient des performances… moyennes. À l’amorce d’une courte série de qualification, Koskinen semble un choix plus sexy : même s’il n’a jamais joué en séries dans la LNH, ses deux coupes Gagarin dans la KHL donnent du poids à sa candidature. Mais ne comptez pas Smith pour battu.

Penguins de Pittsburgh

Comment deux Coupes Stanley remportées depuis quatre ans peuvent-elles ne pas garantir un poste en séries à un gardien de but ? En connaissant une saison misérable et en regardant un jeune coéquipier faire sa place, tout simplement. Même s’il n’a que 26 ans, on sait de Matt Murray que ce n’est pas pendant la saison qu’on assiste à son meilleur travail. Mais la patience a ses limites quand le gardien d’avenir d’une franchise voit son taux d’arrêts baisser sous la barre symbolique des ,900. Et il ne faut pas oublier non plus que la dernière expérience de Murray et des Penguins en séries s’est conclue par un balayage au printemps 2019. Il ne faudra donc pas se surprendre s’il se fait damer le pion par Tristan Jarry, artisan méritant de la belle saison des Penguins.

Predators de Nashville

Infatigable bourreau de travail et exemple de constance, Pekka Rinne arrive à la fin de son parcours. À 37 ans, il vient de connaître une saison très pénible, la pire de sa longue carrière. Mais il demeure celui qui a amené les Predators à deux victoires de la Coupe Stanley en 2017. L’entraîneur John Hynes se laissera-t-il attendrir par l’expérience de son vétéran, ou donnera-t-il plutôt le filet à Juuse Saros ? Cette dernière décision tomberait sous le sens, puisque Saros, sans être statistiquement transcendant, a éclipsé son compatriote cette année. Or, malgré l’écart manifeste entre les deux Finlandais, Rinne a tout de même obtenu un départ de plus que son coéquipier. Comme quoi son règne n’est peut-être pas encore terminé à Nashville.

Rangers de New York

La ritournelle de la jeunesse contre l’expérience commence à être usée. Mais à Manhattan, le dilemme est complexifié du fait que deux élèves ont dépassé le maître. Déjà, en début de saison, Alexandar Georgiev avait fait bonne impression, ce qui arrivait à point nommé alors que l’étoile d’Henrik Lundqvist continuait à pâlir. Or, au début de l’année 2020, Igor Shesterkin a tout bousculé en s’invitant dans un improbable ménage à trois. Dire que Shesterkin a réussi sa rentrée tient de l’euphémisme : ses 10 victoires en 12 départs et son taux d’arrêts de ,932 en feraient un choix évident pour amorcer les séries. Mais comme les Rangers y sont entrés de manière inespérée, la tentation pourrait être grande de laisser un dernier tour de piste à Lundqvist en hommage aux précieux services qu’il a rendus aux Rangers au cours des 15 dernières années.

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