Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Les gestionnaires sont-ils des boucs émissaires ?

Concernant le conflit qui sévit à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), il semble que l’on ait encore une fois pansé la plaie avec un diachylon et simplement tassé la gestionnaire en guise de règlement.

C’est à croire que les enjeux auxquels le réseau de la santé et des services sociaux doit faire face, c’est-à-dire la pénurie de main-d’œuvre, le cloisonnement des ordres professionnels, l’image négative projetée par les médias, le manque de collaboration des syndicats, l’innombrable personnel en absence maladie, le volet politique omniprésent, pour ne nommer que ceux-là, reposent principalement sur le dos des gestionnaires. En tout cas, c’est le message qui a été envoyé haut et fort, et c’est celui, malheureusement, que les gestionnaires ont reçu.

Une cote défavorable injustifiée  

Les gestionnaires, eux, n’ont pas la cote populaire favorable, et cela s’avère bien pratique pour plusieurs. Leur réalité est cependant importante à connaître. Ils sont présents et concernés par les soins et services à offrir à la population, engagés, collaboratifs, dévoués à leur organisation et sensibles à l’évolution de leurs équipes.

Ils sont ceux qui font rouler l’affaire tout en travaillant dans l’ombre. Cependant, ils ne constituent pas le département des miracles.

L’attrait pour cette fonction diminue significativement et dangereusement avec le temps. Pourquoi ? Parce que les conditions de travail des gestionnaires s’effritent de plus en plus, surtout depuis la dernière décennie, parce qu’on leur demande de faire plus avec toujours moins, parce qu’on casse du sucre sur leur dos et que la reconnaissance à leur égard est plus que laconique. Tout cela contribuant au maintien du climat malsain du réseau.

Une réelle volonté politique ?

Nous faisons toujours la même chose en espérant un changement. On trouve des solutions superficielles sans jamais aborder un questionnement sérieux sur les façons de faire autrement et en omettant de débattre socialement des questions de fond que nous sommes en droit de nous poser devant autant de crises qui sévissent dans le réseau.

Or, faire autrement implique une volonté politique concernant, notamment, une véritable décentralisation des pouvoirs décisionnels, un déplacement de l’influence vers les organisations et leurs gestionnaires, de même qu’un réel désir de collaboration des parties prenantes.

Il importe, par ailleurs, de mettre à jour les conditions de travail et d’exercice du personnel, dont les gestionnaires, afin d’attirer la relève et la main-d’œuvre et pour garder nos ressources humaines en santé. Oui, le réseau est en grande souffrance et il faut y poser un regard neuf, sinon on fonce dans le mur. Cela est urgent.

Un nécessaire questionnement collectif  

En tant que citoyens, contribuables et utilisateurs, nous devons nous demander si nos organisations sociosanitaires ont encore les moyens de nos ambitions. Doit-on réviser l’offre de service ? Jusqu’où la population est-elle prête à aller pour « renoncer à » ou modifier quelques soins et services pour lesquels nous n’avons plus les moyens ? Comment peut-on faire autrement pour que la population reçoive des soins de qualité et sûrs ? Comment préserver le système public et quels sont les compromis que notre société doit faire pour en assurer la pérennité ?

Ainsi, je soumets que nous sommes encore bien loin de ce qui est nécessaire pour gérer la crise à HMR. Une prise de conscience autour de la situation globale est la première étape menant vers des actions concrètes et des solutions durables. Autrement, nous sommes à l’aube d’une longue série potentielle de « déplacements de gestionnaires » qui continueront de servir de boucs émissaires…  

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