À chacun son toit

Petites maisons et grandes ambitions

Cet été, l’équipe éditoriale de La Presse vous propose une série de textes sur la densification urbaine comme clé pour venir à bout de la crise du logement, un enjeu répandu dans l’ensemble du Québec qui sera certainement au cœur de la prochaine campagne électorale.

De combien d’espace avez-vous besoin dans votre maison unifamiliale ?

Une cuisine ? Deux salons ? Trois chambres ? Quatre salles de bain ?

Au fil des décennies, nous sommes devenus de plus en plus gourmands en mètres carrés de surface habitable. En 1975, la taille moyenne d’une maison unifamiliale détachée était d’environ 100 m2 (1050 pieds carrés). En 2010, les nouvelles maisons en construction mesuraient en moyenne 180 m2 (1950 pieds carrés). Des maisons près de deux fois plus grosses… alors que leur nombre d’occupants, lui, diminuait, passant de 3,5 personnes à 2,5 personnes.

La densification nous force à nous questionner sur la taille des maisons que l’on occupe. Entre les néo-manoirs de banlieue et le « p’tit 2 et demie » coincé dans une tour, les nouveaux acheteurs, et les jeunes familles en particulier, sont ouverts à d’autres propositions.

Les maisons unifamiliales d’après-guerre étaient de taille modeste — environ 80 m2 (850 pi2). Elles n’ont cessé de croître avec les années, devenant un marqueur de réussite de génération en génération. Aujourd’hui, la maison unifamiliale moyenne au Canada mesure environ 165 m2 (1790 pi2).

Une pandémie plus tard, le prix des terrains et des maisons a explosé partout au pays. Dans bien des cas, les nouveaux acheteurs doivent réévaluer leurs besoins et leurs moyens.

Diminuer la taille des maisons peut être une façon de rendre le prix de ces propriétés plus abordable, tout en réduisant leur empreinte écologique.

Aux États-Unis, le concept de pocket neighborhood, imaginé par l’architecte Ross Chapin, consiste à planter des maisons, généralement de très petite taille, autour d’un espace vert commun. Le projet emblématique du concept, situé à Langley dans l’État de Washington, rassemble huit maisons installées sur un terrain qui n’en aurait normalement accueilli que quatre. Chacune des maisons de Langley compte une superficie habitable d’au plus 90 m2 (975 pi2), suffisante pour une personne ou un couple. Les résidants ont accès à plusieurs infrastructures communes, comme une salle communautaire, un cabanon à outils, un grand jardin et des lieux d’entreposage. Les voitures sont garées à l’écart des propriétés.

La vie en communauté et la simplicité volontaire qu’implique ce genre d’aménagement ne sont certainement pas faites pour tout le monde… Mais le concept fait des petits aux États-Unis.

L’idée de créer des quartiers de petites maisons suscite également de l’intérêt au Québec. Des projets domiciliaires de petites maisons sont en cours de développement, mais peu sont encore sortis de terre. Ils ne sont pas nécessairement conçus dans l’esprit communautaire et urbain des pocket neighborhoods et rassemblent souvent à des résidences secondaires qui pourront être mises en location — on pourrait alors parler d’une densification de chalets…

Plusieurs éléments refroidissent néanmoins l’enthousiasme des municipalités à aménager des quartiers de ces toutes petites maisons. La crainte de voir se répéter le schéma des parcs de maisons mobiles — des habitations très abordables, mais de qualité très moyenne et peu esthétiques — inquiète non seulement les municipalités, mais aussi les prêteurs hypothécaires.

La valeur de ces maisons augmentera-t-elle au même rythme que le reste du marché ? Surtout si elles ont été construites avec des matériaux bon marché ?

D’autres soulignent que les revenus de la taxe foncière de ces petites maisons sont moins intéressants que pour les plus grandes. Pour compenser la perte de ces revenus alors que le coût de raccordement aux services publics (égouts, alimentation en eau, voirie…) reste élevé, ces petites maisons doivent donc être très rapprochées les unes des autres. Elles non plus n’échappent pas à la densification.

Il y a néanmoins matière à réfléchir sur la taille des maisons unifamiliales proposées dans un développement immobilier densifié. Juste à voir la quantité d’émissions de télé consacrées aux minimaisons ou à l’autocaravane, on comprend qu’il existe un grand intérêt pour un mode de vie à la fois indépendant et simple. Il ne reste plus qu’à lui trouver une (petite) place.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.