CF Montréal 0 — New York City FC 0

Pour Jason

« Pour honorer Jason aujourd’hui, c’était tout simplement d’avoir la mentalité de la grinta. D’être positif. D’être passionné. D’être brave, courageux. Comme Jason l’était. Je pense qu’on l’a été ce soir. »

Samuel Piette ne ment pas : la performance du CF Montréal samedi soir a été tout à fait à l’image de l’identité de Jason Di Tullio. L’entraîneur adjoint du CF Montréal s’est éteint jeudi soir des suites d’un cancer du cerveau. Il avait 38 ans. Sa mort a ému la communauté du soccer à Montréal, au Québec, et même ailleurs au pays.

Et le club qu’il chérissait tant lui a rendu hommage au stade Saputo avec l’une de ses prestations des beaux jours. Le CF Montréal n’a toutefois pu aller chercher les trois points : il a dû se contenter d’un match nul de 0-0 contre le New York City FC devant une salle comble, la deuxième de suite dans l’enceinte montréalaise.

« Je ne vous cache pas que ce n’était pas facile, a avoué Wilfried Nancy, encore ému après la rencontre. Mais j’étais très content du match. C’était un bon match de foot. J’ai pris du plaisir sur le banc. Bravo aux gars, ils ont été très bons. »

Il est rare que l’entraîneur-chef se permette des remarques aussi dithyrambiques sur ses hommes. C’est que malgré l’émotion en début de match, le CF Montréal s’est offert une de ses belles partitions sous l’ère Nancy.

Aucun tir cadré de la part de l’adversaire – c’est seulement la cinquième fois que Montréal parvient à éteindre complètement son rival de la sorte en MLS. Une possession de près de 60 % pour les locaux. À l’œil nu, une domination totale du CFM. Contre la deuxième équipe dans l’Est, qui plus est.

Visiblement, la philosophie de la grinta – que Di Tullio a incarnée comme joueur de l’Impact, comme formateur à son académie, puis comme adjoint en MLS –, les Montréalais l’avaient dans les tripes samedi.

« C’était le message de ma part avant le match, a affirmé Piette. Je l’ai dit aux gars. »

« Ce sont des valeurs qui sont au cœur de notre jeu. […] Ça doit être les valeurs du club, de la première équipe jusqu’en bas, dans les équipes plus jeunes. »

« La meilleure performance défensive de la saison »

Il est vrai que le New York City FC s’amenait à Montréal sans Taty Castellanos, le meilleur marqueur de la MLS. L’Argentin venait tout juste de partir en prêt pour le Girona Futbol Club, en Liga espagnole. Mais les visiteurs n’ont vraiment rien montré de bien convaincant au stade Saputo.

Le Bleu et noir a encore une fois offert un jeu de possession offensif, continu et asphyxiant pour l’adversaire. Outre un bel arrêt de Sean Johnson à bout portant face à Djordje Mihailovic en fin de première période, la seule véritable occasion montréalaise s’est soldée par un échec qui fera faire des cauchemars à Mason Toye.

Lui et Romell Quioto s’amenaient en deux contre un, à la 55e. Le Hondurien avait le ballon à gauche. Il remettait finalement à Toye, qui n’avait plus que le gardien Sean Johnson à battre dans la surface… mais il a complètement raté son tir, au-dessus de la barre transversale.

« Je pense que tout le monde dans le stade croyait que Mason allait marquer, a lancé Kamal Miller, l’auteur de la passe vers Quioto en début d’action. […] Mais c’est un marqueur, il va se reprendre. »

Le défenseur canadien a été un des principaux artisans de la domination montréalaise. Ses replis défensifs étaient efficaces et propres, tandis que ses montées créaient des problèmes pour New York. Un peu à l’image de Di Tullio, encore une fois.

« Je pense que ç’a été notre meilleure performance défensive de la saison. Mason, Romell et Djordje ont tous fait des tacles en glissant. C’était impressionnant. »

— Kamal Miller

« On sait que ce n’était pas une équipe de New York complète offensivement, mais leur schéma offensif en fait encore une des meilleures équipes de la ligue. C’est une grosse déclaration que d’avoir réussi à garder le jeu blanc devant une telle formation. »

Lassi Lappalainen aussi a joué un de ses bons matchs sous l’uniforme montréalais. Le Finlandais s’est démarqué par sa vivacité à gauche, tant dans le couloir que pour reprendre possession dans sa zone. Il ne lui manque qu’un peu plus de réalisme près de la surface pour devenir un vrai joueur d’impact dans cette ligue.

Solennel

L’émotion était à son comble tout juste avant le coup d’envoi. Une vidéo hommage à Jason Di Tullio a été diffusée à l’écran géant, tandis que les joueurs s’étaient rassemblés au milieu du terrain. Sur les lignes de côté, entouré des membres de son personnel, Nancy a paru le plus ému. Il a été capté par la caméra de TVA Sports pleurant à chaudes larmes. L’entraîneur-chef a longtemps travaillé avec Di Tullio. Il portait d’ailleurs ses initiales sur la manche de son chandail.

« Jason, depuis 2010 et même avant avec les équipes du Québec, on était ensemble, a expliqué Nancy. Jusqu’à [l’époque de Mauro Biello], on était en chambre ensemble. Ça veut tout dire. »

« Il s’est battu jusqu’au bout, à son image. Il a eu un regain d’énergie pour remercier ses proches. Après, il a décidé de partir parce qu’il souffrait. Il est parti en gentleman, comme d’habitude. »

Samuel Piette a rappelé que « le stade était l’endroit préféré de Jason ».

« Les émotions étaient présentes. Ç’a été spécial. Cet hommage et cette vidéo nous ont donné encore plus de motivation et un boost de confiance. »

« Je retenais mes larmes, a dit Kamal Miller. J’ai pleuré un peu. Quand je suis arrivé ici, il a été l’un des premiers à entrer en contact avec moi. On a beaucoup travaillé ensemble. […] Je suis certain qu’il ne voudrait pas que je sois négatif. Je suis certain qu’il souriait. J’ai essayé de sourire et de garder le fort moi aussi. »

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