Henri Chassé

Les heureux fruits du hasard

Dans Ciels parallèles, premier roman du comédien Henri Chassé, les personnages se cherchent. Ils semblent attendre quelque chose de la vie. Le hasard fera bien les choses dans la plupart des cas. Une bonne étoile accompagne également le romancier, poète à ses heures, qui fait son entrée en fiction sur la pointe des pieds et avec grâce.

Au début des années 2000, Henri Chassé a publié deux recueils de poésie aux éditions Écrits des Forges, dont Morceaux de tempête, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général de 2008. Son premier roman a exigé un tout autre état d’esprit de la part de ce comédien chevronné.

« Quand tu es interprète au théâtre, si tu ne fais pas partie d’une troupe, tu es un peu en flottement, selon le désir des autres. Un peu comme le personnage de Thomas dans le livre. »

« Le roman est arrivé lentement. J’écrivais des poèmes, des phrases, de petites histoires à partir de thèmes que me donnait ma compagne. Puis certains personnages sont devenus récurrents. »

— Henri Chassé

Quand il a appris que ses amis, les poètes Corinne Chevarier et Stéphane Despatie, allaient lancer une nouvelle maison d’édition, Mains libres, il leur a proposé, presque timidement, ce qu’il avait accumulé au fil du temps.

« L’échéancier qu’ils m’ont donné m’a permis de structurer mon travail. On fonctionne ainsi au théâtre, avec des dates précises. Je savais où je m’en allais à partir de ce moment-là. Mais je crois beaucoup aux hasards dans la vie. Après, on essaie de trouver toutes sortes de raisons pour expliquer ce qui nous arrive. »

difficulté à vivre

Les réelles motivations des personnages de Ciels parallèles n’arrivent d’ailleurs qu’à la fin d’un périple effectué surtout en solitaire : à la mort de sa mère, Thomas décide d’abandonner son commerce afin d’écrire ; Élisabeth prend la fuite à la suite de la disparition de son frère jumeau dans une avalanche ; Geneviève est une jeune femme désœuvrée, délaissée par sa mère et ayant peur de l’engagement.

« Il y a une difficulté à vivre chez beaucoup d’entre eux », note Henri Chassé.

« Ils tournent autour du pot sans jamais l’ouvrir. Ils nagent dans le fond de l’eau autour d’un trésor sans être capables d’y toucher. Thomas est un peu comme ça, il reste à côté de sa vie. »

— Henri Chassé

Ce personnage accumule ses écrits épars dans une boîte, mais la ressemblance avec l’auteur s’arrête là. Ce n’est pas tout à fait son alter ego.

« À moitié seulement. C’est quelqu’un de beaucoup plus solitaire que moi. Il n’a pas de famille ni frères ni sœurs. Son trajet a quelque chose de très linéaire. Mais il y a aussi une partie de moi dans plusieurs autres personnages. Je me suis senti libre en écrivant ce livre. Il n’y a pas moins de liberté dans la fiction que dans la poésie. »

Henri Chassé se reconnaît aussi dans les yeux du pygargue, l’oiseau qui vole au-dessus du Saint-Laurent et apparaît à quelques reprises dans le récit. Ce volatile omniscient et la musique, le jazz surtout, lient tous les personnages qui nous apparaissent au départ totalement inconnus les uns des autres.

L’importance de la musique

En fait, la musique traverse le livre de la première à l’après-dernière page du récit. Le romancier en énumère les titres à la toute fin, environ une trentaine de pièces de toutes sortes, dont certaines paroles de chansons qui se glissent dans le livre.

« C’est important pour moi. Je voulais montrer un peu de tout. J’ai une culture musicale bien ouverte, mais c’est certain que le jazz est devenu très important dans ma vie. Plus ça va, plus j’en écoute. »

Jazz, mélancolie, sourire en coin, solitude, légèreté… des mots qu’on retrouve dans plusieurs titres du grand Gilles Archambault.

« J’ai lu ses livres. Il y a quelque chose qui m’impressionne chez lui. Ce n’est jamais très grave, ce qu’il écrit. Ce n’est pas une mélancolie qui est lourde, mais un rapport au monde lucide. Mes personnages, comme les siens, n’ont pas besoin de se divertir constamment. »

— Henri Chassé

Le roman se construit habilement pour que l’on sente que les personnages finiront bien par se croiser pour une raison ou une autre. Les ciels ne resteront pas éternellement parallèles.

L’auteur continuera d’ailleurs à explorer d’autres firmaments. Il a commencé à prendre des notes en vue d’un prochain livre à la suggestion de ses éditeurs. Et le théâtre continue de faire beaucoup appel à lui.

« On va refaire Neuf de Mani Soleymanlou en janvier en tournée. Elle avait débuté en mars 2020 et a été arrêtée en raison de la pandémie. Je serai de la distribution de Cher Tchekhov de Michel Tremblay au TNM en mai prochain. Je ferai aussi une pièce d’été. Dans le métier, en ce moment, il y a un embouteillage incroyable. »

Henri Chassé sera au Salon du livre du jeudi 25 au dimanche 28 novembre pour des dédicaces (jeudi à 16 h et 18 h 30, vendredi à 15 h et 18 h 30, samedi à 11 h et 15 h et dimanche à 14 h).

Ciels parallèles

Henri Chassé

Éditions Mains libres

180 pages

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