Le popcorn de la discorde

Rappelez-vous, il y aura bientôt un an, c’était le début du film catastrophe. The pandémie. Sortie mondiale. Partout. De la Chine à l’Abitibi. En passant par l’Italie et les États-Unis. Mettant en vedette nos dirigeants. Omniprésents. Rôles de soutien, les scientifiques, les médecins et les travailleurs de la santé. Rôles muets, nous, le peuple. Au scénario, notre seule action était de ne rien faire. Pour ne pas attraper le virus. Pas de dialogue. Pas un mot. Bouche masquée. Des malheureux l’ont quand même eu. Certains ont guéri, d’autres pas. C’est là que la vue est devenue un épouvantable drame.

Et nous voilà, 110 262 590 cas d’infection plus tard, 2 441 926 décès plus tard. La COVID-19 court toujours. Elle a même des compagnons de course : quelques variants. Et nous, on ne bouge toujours pas, on attend sagement notre vaccin. Au moins la première dose. La courbe s’aplatit. Mais on craint une troisième vague.

On a traversé toute la gamme des émotions : la peur, la peine, la révolte, la résignation. Quel est notre état d’esprit aujourd’hui ? Dur à cerner. Un mélange de plein de sentiments. Dans lequel revient un ingrédient qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. La futilité. Ça fait 12 mois qu’on ne parle que de trucs importants. Que de sujets vitaux. Et tout à coup, cette semaine, éclate sur nos écrans : le popcorn ! Oui, le popcorn !

Pour aider les parents à occuper leurs enfants, durant la semaine de relâche, le gouvernement autorise les salles de cinéma à ouvrir leurs portes. Youpi ! Mais leurs comptoirs à friandises devront rester fermés. Chou ! C’est plate pour les kids. Mais c’est surtout plate pour les propriétaires. Le profit de leur entreprise étant dans la vente des goûters sucrés, salés ou beurrés.

Certains ont donc posé un ultimatum : No popcorn, no movie. Et le Québec s’est enflammé. S’est mis à bouillonner. Comme une machine à popcorn. Ça pétait de partout.

« Les salles de cinéma devraient comprendre qu’on est en temps de pandémie et ouvrir pour la santé mentale de nos jeunes, en oubliant les ventes de popcorn. »

« La Santé publique devrait permettre que l’on puisse manger du popcorn, en regardant le film, puisque durant son parcours, entre la chaudière et notre bouche, le grain de maïs soufflé ne risque pas de rencontrer qui que ce soit à contaminer. »

« Et si on plaçait les clients directement devant la machine à popcorn, gobant chaque morceau, avant même qu’il ait touché à quoi que ce soit ? »

Tout le monde a son opinion sur la question. C’est tout juste si le magazine Découverte ne prépare pas une édition spéciale : le popcorn est-il un vecteur de transmission ? Les experts de l’OMS se prononcent.

Le débat a pris une ampleur nationale. Comme celui de la couleur de la margarine, naguère. Faut dire qu’on était en temps normal, en temps tranquille. Tandis que là, on est en temps de crise. En pleine pandémie ! Ça vous décourage ? Moi pas. Au contraire. Ça prouve que malgré 12 mois de torpeur, nos réflexes reviennent peu à peu.

Déchirer sa chemise pour du popcorn, c’est signe que soit la menace s’amenuise et que notre instinct de survie se remet sur veille, soit qu’on est une gang d’innocents et que l’on va regretter d’être allés aux vues, si la troisième vague ressemble à un tsunami.

Au fond, le popcorn de la discorde, c’est aussi le popcorn de l’insouciance. C’est distrayant. Des heures et des heures à entendre parler, en point de presse, de morts, de soins intensifs, de dépressions, et soudain pop, le popcorn ! Comme signe d’espoir, c’est plus fort que l’arc-en-ciel.

Quand cet interminable cauchemar sera fini, quand on pourra se réunir à nouveau, en gang, quand toutes les bulles seront crevées, on sait avec quoi on voudra fêter. Une grosse liqueur extralarge et un immense bol de popcorn. Dans lequel on va tous piger. À mains que veux-tu !

Quoique… Faut quand même pas exagérer.

Bon week-end ! Il va faire beau. Allez jouer dehors. En dedans, c’est encore un peu compliqué à gérer. Le film catastrophe n’est pas terminé. Mais le générique s’en vient. À la vitesse du vaccin.

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