La planète économique

Le printemps Vatican

Preuve que la pandémie n’épargne personne, le Vatican a lui aussi dû prendre des mesures pour en atténuer l’impact sur ses activités.

Les plus hauts responsables de l’Église subiront des réductions salariales, a fait savoir le pape François dans un communiqué publié le 24 mars. Les baisses de salaire varient de 10 % pour les cardinaux, qui gagnent de 4000 à 5000 euros par mois, à 3 % pour les religieux et religieuses.

Ces réductions sont nécessaires « pour assurer un avenir économique durable », a justifié le Vatican en annonçant ces mesures d’austérité, une première pour l’institution.

On ne pense pas souvent à l’Église comme à une entreprise, mais c’en est une tout de même. L’État du Vatican, dont l’existence légale remonte à 1929, est le plus petit État du monde, mais son influence va au-delà de celle qu’il exerce auprès des 1,3 milliard de catholiques. Le Saint-Siège a un statut d’observateur à l’ONU, une armée et, avant de passer à l’euro au tournant des années 2000, il avait sa propre monnaie, la lire vaticane.

Peu peuplé (moins d’un millier d’habitants), l’État du Vatican emploie plus de 5000 personnes, pour la plupart laïques. C’est donc une entreprise importante qui se préoccupe de l’au-delà, mais qui doit aussi composer avec ce qui se passe ici-bas.

Après une année de pandémie, les finances du Vatican se portent plutôt mal. Ses sources de revenus se sont taries, notamment celles générées par les millions de touristes qui visitent habituellement ses riches musées. Le manque à gagner à ce chapitre serait supérieur à 100 millions d’euros, selon des chiffres publiés par l’AFP.

Grand propriétaire foncier, le Vatican a dû accorder des réductions de loyer et des reports de paiement qui l’ont privé de 5 millions d’euros. Les églises fermées n’ont pas récolté autant de dons, et la quête annuelle consacrée au Vatican a rapporté beaucoup moins d’argent.

Bref, l’année 2020 s’est terminée avec un déficit budgétaire de 90 millions d’euros.

Un budget minceur

C’est la première fois que l’Église annonce publiquement des réductions de dépenses. Le Vatican a aussi fait connaître ses prévisions budgétaires pour 2021, qui font état de dépenses réduites à 260 millions, soit moins qu’en 2019, avant la pandémie, et d’un déficit prévu de 50 millions.

Depuis quelques années, le Saint-Siège fait preuve d’une transparence inédite en ce qui a trait à ses finances. Depuis l’élection du pape François, des efforts considérables ont été faits pour rendre les finances du Vatican conformes aux règles internationales.

Le nouveau ministre des Finances nommé en 2020, le jésuite espagnol Juan Antonio Guerrero Alves, ne se fait pas prier pour aborder franchement les questions financières. Et il est inquiet, a-t-il dit à Vatican News, le site internet papal.

L’Église catholique est assise sur une richesse considérable. Mais les cathédrales et les œuvres d’art et autres biens qu’elle possède ne peuvent pas payer les dépenses courantes.

Son budget de fonctionnement pour 2021 s’élève à 260 millions d’euros, dont la moitié pour les salaires. Malgré les réductions salariales, le déficit prévu cette année est de 50 millions.

La pandémie a forcé le pape à réduire les dépenses de l’organisation, mais les difficultés financières du Vatican ne datent pas d’hier. Ses revenus, qui proviennent essentiellement de dons, ne suffisent plus à payer ses dépenses courantes.

De l’aveu même de son ministre des Finances, le budget de fonctionnement du Vatican est dans le rouge depuis au moins quatre ans. Contrairement aux autres gouvernements, l’État du Vatican n’emprunte pas sur les marchés financiers pour éponger ses déficits. Il ne peut pas augmenter les impôts non plus. Il doit puiser dans ses réserves, qui sont considérables, mais dont on ignore l’ampleur.

Le grand argentier du Vatican a commencé à évoquer publiquement la possibilité d’un épuisement de ces réserves et la nécessité d’une gestion plus serrée des dépenses. Des décisions difficiles pourraient devoir s’imposer.

L’Église pourrait par exemple communiquer dans un nombre réduit de langues, a-t-il illustré. Actuellement, son message est traduit dans 40 langues à travers plusieurs canaux comme le quotidien L’Osservatore Romano, Radio Vatican ou Vatican News, ce qui coûte 45 millions d’euros par année.

La présence internationale du Vatican, qui a des représentations diplomatiques dans 125 pays, pourrait être restreinte, a aussi avancé le père Guerrero.

En somme, l’austérité imposée par la pandémie pourrait devenir la norme à Rome.

Il n’est pas encore question de vendre la chapelle Sixtine ou de se départir de quelques-uns des chefs-d’œuvre des musées du Vatican, loin de là. Mais le fait que ces questions soient discutées publiquement est en soi une petite révolution pour une institution qui a toujours été très opaque.

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