Traitements-chocs et tartelettes

Les ravages d’une gestion de crise populiste

En décembre 2020, François Legault s’est accordé une « note parfaite » pour sa gestion de la pandémie. Une affirmation qui a fait bondir tous ceux qui ont vécu, pensé et commenté la crise sanitaire. Ce livre se veut une réponse à l’auto-flagornerie de la CAQ, une trace de ce qu’il ne faudra pas oublier.

Comme il est grand, le mystère de la Sainte-Flanelle, François Legault a jugé bon de demander à la Santé publique des assouplissements aux règles sanitaires pour galvaniser les partisan·es du Canadien pendant les séries 2021. Une mesure qui a été mal reçue par le milieu culturel en surnage, souvent premier à fermer et dernier à rouvrir, mais qui a aussi découragé la Dre Marie-Pierre Larrivée, pédopsychiatre au CHU Sainte-Justine. « Parle-moi de rouvrir le Centre Bell aux fans de hockey quand je vois toutes les semaines des ados qui veulent se tuer, privés de tout ce qui est essentiel pour eux », ironisait-elle à La Presse. « [L]’école à temps plein en présentiel pour tous les jeunes – y compris ceux au cégep – aurait dû être LA priorité. » Pour peu et François Legault ramenait les Nordiques pour son électorat de Québec…

Trêve de cynisme, la pandémie a consolidé les pratiques populistes de notre premier ministre, qui se plaît à se poser en bon père de famille. Les sondages et sa page Facebook sont devenus son gouvernail, primant souvent sur les avis des spécialistes, comme cela avait été le cas dans le dossier du prolongement des autoroutes 13 et 19.

« On remplace ainsi les experts, les études et les données par le gros bon sens, version Legault », écrivait l’éditorialiste François Cardinal en 2019.

Plus le temps a passé, plus la machine de communication du gouvernement a laissé fuiter des informations avant les conférences de presse pour évaluer la réception du public. Alors que la transparence et l’éducation auraient pu gagner l’adhésion de la population à des mesures éprouvées par la science, les bribes lancées à l’emporte-pièce ont souvent fait reculer le gouvernement – et compromis la lutte au virus. Un « yoyo » qui a fatigué le peuple, las d’attendre ce « retour à la normale » maintes et maintes fois promis, mais jamais atteint.

Dans les communications du gouvernement, la sortie de pandémie, l’approche « tout-à-la-vaccination » et le recours à la nostalgie apparaissent ainsi intimement liés.

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On nous a ainsi vendu le vaccin comme un réconfortant « passeport pour la liberté », qui permettra un « retour à la normale » : celle du monde d’avant. Le gouvernement a investi toutes ses énergies dans le déploiement d’une campagne de vaccination fort réussie, mais notre directeur de santé publique a peu expliqué l’efficacité et l’innocuité des vaccins (les tergiversations entourant celui d’AstraZeneca n’ont sans doute pas aidé), et les zones grises se sont multipliées, créant autant de brèches discursives dans lesquelles les « complotistes » ont mis le bras pour s’y enfoncer. Pourtant, dès le développement des vaccins, les limites de leur utilité étaient limpides et claironnées dans nombre de médias grand public (The Atlantic, The New York Times, Radio-Canada, Le Devoir) : ils allaient diminuer le risque de développer les formes graves de la maladie, mais pas empêcher la transmission. Les mesures barrières allaient donc devoir perdurer. Mais pour stimuler l’intérêt pour la vaccination, le gouvernement Legault a préféré l’associer à l’abandon du port du masque, faisant notamment miroiter une rentrée scolaire « normale » et un « été des rapprochements » ; allant même jusqu’à crier « liberté » partout, surtout dans les « moyens partys ». Et quand l’effort vaccinal s’est essoufflé, le trio Legault-Arruda-Dubé a préféré la Loto-COVID à l’éducation et à la transparence. « Approchez, approchez, deux doses avant le 1er octobre pourraient vous faire gagner gros ! Des bourses d’études, de l’argent et même une motomarine ! Oh ! Vous habitez en ville ? Tant pis ! Vous n’avez pas voté pour nous. »

— Josiane Cossette

Traitements-chocs et tartelettes – Bilan critique de la gestion de la COVID-19 au Québec

Collectif sous la direction de Josiane Cossette et de Julien Simard

Éditions Somme toute

Avril 2022

296 pages

Qui sont les auteurs ?

Différents auteurs, sous la direction de Josiane Cossette, rédactrice indépendante, et de Julien Simard, gérontologue social, ont collaboré à cet ouvrage collectif : André Noël, Alexandra Pierre, Camille Robert, Aaron Derfel, Michel Seymour, Virginie Larivière, Olivier Drouin, Jean-Sébastien Fallu, Nancy Delagrave, Emma Jean, Patrick Déry, Anne Plourde, Violaine Cousineau et Joanne Liu. Les textes rassemblés correspondent aux différentes prises de parole médiatiques des autrices et auteurs au cours de la pandémie.

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