Un guide contre la discrimination des femmes en génie

Même si la majorité des femmes ingénieures affirment qu’elles aiment leur métier et le recommanderaient sans hésitation à leur fille, ce milieu d’hommes les discrimine encore trop souvent. Pour changer la situation dès maintenant, l’Ordre des ingénieurs du Québec lance ce mercredi un guide avec des solutions concrètes pour les employeurs.

Évitez de demander aux candidates leur salaire actuel pour déterminer l’offre que vous leur ferez, indique le guide. « Il y a déjà un écart salarial de 11 % entre les hommes et les femmes. Si chaque fois le nouvel employeur part de l’ancien salaire, les femmes partent toujours avec ce retard-là », affirme Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, au cours d’un entretien en vidéoconférence.

Lors de l’affichage d’un poste, le guide conseille aussi d’éviter de prendre automatiquement pour critère le profil de la personne qui l’occupait précédemment, puisqu’il y a fort à parier que c’était un homme et que ce même modèle masculin sera réengagé. « On va vouloir le même profil, parce que ça fonctionnait, mais il y en a d’autres, explique Kathy Baig. Il faut éliminer nos biais inconscients et repartir avec une page blanche. »

Tel est le type de conseils pratiques qu’on propose aux employeurs dans le document Femmes en génie : Guide de l’employeur pour un milieu de travail plus diversifié, inclusif et équitable.

Avec seulement 15 % d’ingénieures, l’Ordre tente depuis de nombreuses années d’attirer les filles en génie. Pour une entreprise, la gent féminine apporte son lot d’avantages, comme la diversité en général, notamment sur le plan de la performance. L’objectif est d’atteindre 30 % d’ingénieures en 2030.

La moitié a subi de la discrimination

Mais pour y arriver, la route est longue et parsemée d’embûches. Tout d’abord, parce qu’il n’y a pas de modèle féminin auquel les jeunes femmes peuvent s’identifier et parce qu’une fois dans la profession, 45 % des ingénieures affirment avoir subi de la discrimination au cours de leur carrière en raison de leur genre, selon un nouveau sondage de l’Ordre. Une ingénieure sur quatre (26 %) soutient en vivre dans son emploi actuel.

« La nouvelle génération vit un peu moins de discrimination, mais il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, il y en a encore plus que dans la population en général. »

— Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Les employeurs confient moins de responsabilités aux femmes, leur donnent moins de promotions, moins de responsabilités, moins de primes et d’occasions d’embauche, toujours d’après ce nouveau sondage de l’Ordre. « Quand on a vu ces données-là, ç’a été une déception, confie Kathy Baig. Étant moi-même une ingénieure qui travaille dans le milieu, je sais comment ça se passe, et on a voulu être un acteur de solutions. »

Autre preuve que le milieu a encore du chemin à faire, l’École de technologie supérieure (ETS) n’avait invité que 2 femmes parmi les 20 conférenciers pour sa série de conférences Agir dans un Québec mondialisé. Un évènement qui vise à réfléchir au Québec de demain. L’ETS a dû s’en excuser après l’intervention médiatique de la fiscaliste Brigitte Alepin.

Les employeurs ont le pouvoir

Tous les acteurs du milieu de l’ingénierie peuvent changer la donne, mais les employeurs ont un pouvoir décisionnel beaucoup plus grand sur le climat de travail, l’ambiance et les conditions, soulève la présidente de l’Ordre. « C’est pour cette raison qu’on a fait le choix de s’adresser directement à eux », dit-elle.

Il s’agit de reconnaître la situation, de sensibiliser ses équipes, de fixer des cibles, un plan d’action, et de mesurer la progression des cibles. « Le but du guide n’est pas seulement d’intégrer plus de femmes, mais de faire en sorte qu’elles se sentent traitées plus équitablement au sein de l’entreprise », souligne Mme Baig.

La culture d’entreprise actuelle est plus masculine, dit-elle, ce qui devient un enjeu majeur pour la conciliation travail-famille. « Ce n’est pas aux femmes de s’adapter et de dire “je vais être moins présente auprès de mes enfants”, mais aux modèles d’entreprise de changer pour qu’une femme qui veut être présidente et proche de ses enfants puisse le faire. »

Si, dans certaines entreprises, les ingénieures qui partent en congé parental ne sont pas pénalisées, cette culture n’est pas priorisée partout. « J’ai été dans d’autres organisations où, quand je suis partie en congé de maternité, je n’existais plus. J’ai dû refaire ma place. »

Bien que la situation générale des femmes en génie ait grandement évolué depuis 1989, Kathy Baig souhaite que, dans 20 ans, la question de l’équité homme-femme au sein de la profession ne soit plus d’actualité.

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