Banc d'essai RAM TRX 2021

Éloge de la démesure

Manifestation d’orgueil ou ultime caprice ? Grande curiosité de la rentrée automobile 2021, la sortie du RAM TRX déconcerte beaucoup de monde. UN DOSSIER DE NOTRE COLLABORATEUR ÉRIC LEFRANÇOIS

Banc d'essai RAM TRX 2021

Hypertrophie à outrance

RAM TRX
Fourchette de prix
De 93 995 $ à 98 990 $
Visible dans les concessions
Prochaines semaines
On aime
Les prestations dignes d’un char d’assaut
Les avancées qui rejailliront sur l’ensemble de la gamme
Le comportement plus civilisé qu’il ne paraît
On aime moins
L’idée de le « sortir en ville »
L’impression que le réservoir de carburant fuit
La formule rétrograde utilisée
Notre verdict
Une dernière folie de trop...

Prince Edward County, Ontario — À l’occasion de la sortie du RAM TRX, les stratèges de la marque ont mis de l’avant, avec beaucoup d’insistance, la puissance, l’accélération, la robustesse, les aptitudes tout-terrain, mais pas un mot sur la consommation et les émissions de CO2. Auraient-ils mauvaise conscience ?

L’ego de marque existe. Chez RAM, il pèse pratiquement 3 tonnes, mesure 6 mètres de long, répond à l’appellation de TRX et sera offert cet hiver pour la coquette somme d’environ 100 000 $.

Certes, l’amour-propre des firmes automobiles comme celui des simples mortels est souvent mal placé, mais dans le cas présent, il serait injuste d’y voir un manque de modestie et une prétention exagérée. En fait, il s’agit plutôt d’une réaction à l’offre lancée, il y a quelques années déjà, par Ford et son Raptor, une camionnette tout aussi démesurée.

La direction de RAM se garde bien de justifier la présence du TRX au seul Raptor et rappelle qu’elle n’en est pas à sa première incursion dans le créneau de niche de la camionnette dopée aux stéroïdes. Bien avant le TRX, le groupe a conçu, il y a plus de 50 ans, le Custom Sports Special. Il a ensuite donné naissance au Li’l Red Express puis au RAM SR-T 10 et à son moteur V10 de 8,3 litres. Le TRX poursuit seulement la lignée et représentera sans doute, pour nous, le dernier hourra du moteur à combustion interne ou comme un objet de fierté pour nos voisins de l’Ouest et du Sud que l’on sait ô combien sensibles à la symbolique du « gros pick-up ».

Incidemment, ils ne sont pas les seuls. À l’échelle du pays, les prévisions de l’industrie démontrent clairement que les ventes de camionnettes surpasseront celles des automobiles (toutes catégories confondues) au cours de la prochaine année. C’est dire le pouvoir d’attraction qu’elles exercent.

Recette éprouvée

La méthode est connue – beaucoup de chevaux, air menaçant, stature imposante – et le TRX ne saurait y déroger. Ample, le TRX en impose. Par rapport à un RAM « régulier », il impressionne surtout par sa largeur imposante qui ne manquera pas, au premier contact, d’en troubler plus d’un et d’appréhender les manœuvres dans les rues étroites et les espaces de stationnement.

Pour porter haut les couleurs d’Auburn Hills dans le Michigan (fief de la marque) dans la course vertigineuse à la puissance engagée par les constructeurs américains, RAM ne prend aucun détour et fait du TRX « la camionnette de série la plus rapide au monde », rien de moins.

Pour se faire, le TRX retient les services du V8 de 6,2 litres suralimenté par compresseur affichant une puissance de 702 chevaux et, les connaisseurs apprécieront, un couple de 650 livres-pied dès 4800 tours-minute.

Des chiffres impressionnants qui ne le seront pas ou plus très longtemps pour deux raisons. La première est que, faute de satisfaire à des normes gouvernementales qui entreront en vigueur dans les prochains mois, cette mécanique est condamnée, dans sa forme actuelle, à disparaître sur plusieurs produits de FCA. Jordan Wasylyk, porte-parole de l’entreprise, soutient cependant que le TRX respectera « les normes [EVAP] pour l’année-modèle 2022 et au-delà », sans préciser toutefois d’échéance. La seconde est que les performances d’un propulseur entièrement électrique promettent non seulement des résultats plus grisants encore, mais aussi une empreinte écologique plus douce. Dès lors, était-il indispensable d’augmenter encore la puissance de moteurs déjà notoirement surdimensionnés par rapport aux conditions de circulation ? À Detroit, on est écolo, mais pas trop...

En dépit de ses dimensions extraordinaires, sur les voies rapides, les presque trois tonnes du TRX s’évanouissent miraculeusement. La boîte de vitesses automatique, doublée d’une paire de palettes, est une merveille de douceur, alors que le freinage se montre ferme et progressif.

À la condition de garder le pied très léger, il est facile de maintenir la consommation sous les 20 litres sur route et autoroute. En revanche, si l’on se met en tête de laisser libre cours à l’impressionnante cavalerie qui piaffe sous le capot ou de manière plus prosaïque, si l’on ne peut s’extraire de la circulation urbaine, il faut alors s’attendre à voir l’aiguille de la jauge d’essence décliner extrêmement rapidement.

Une expérience hors du commun

L’essentiel pour les amateurs de cette camionnette hypertrophiée est que la conduite du nouveau modèle ne pâtisse point des efforts consentis pour le rendre rapide, robuste, presque indestructible. Et, même à faible allure, tenir les commandes d’un TRX représente une expérience hors du commun en raison notamment de l’espace qu’il occupe dans la rue. La présence d’un compresseur ne nuit pas à la majesté du ronron caverneux, caractéristique de la mécanique maison, qui se mue en un grognement rauque à la moindre pression exercée sur l’accélérateur.

La précision du train avant impressionne, considérant la nature « tout terrain » des pneumatiques, alors que le freinage surprend un tantinet par son apparent manque de mordant qui, pourtant, ne nuit pas à son efficacité dans le cadre d’une utilisation quotidienne.

Doté d’un châssis considérablement renforcé et d’éléments suspenseurs retravaillés, le TRX se dit prêt à affronter les dunes, les gués, les marais. La route aussi. À ce sujet, la capacité de remorquage du TRX est inférieure aux autres modèles de la gamme, mais inaugure une aide à la conduite appelée Trailer Steering Assist. Cette dernière fonctionne comme un dispositif de conduite semi-autonome. En fonction, elle se charge de « prendre le volant » afin de vous venir en aide pour stationner une remorque ou seulement pour la positionner correctement avant son arrimage. Les néophytes salueront l’initiative.

Hormis les nombreuses retouches esthétiques apportées à l’extérieur de cette camionnette, l’intérieur ne cause aucune véritable surprise. À l’exception des incontournables décalques et de la plaque commémorative, la garde-robe du TRX est identique à celle de la version Limited du RAM 1500. Connectivité sans reproche, ergonomie efficace, sièges confortables : un environnement où il fait bon patienter pendant que le TRX fait le plein.

Faites part de votre expérience

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : Genesis G80, Hyundai Elantra, Kia Optima (K5), Land Rover Defender, Lexus IS, Mazda 3, Mercedes CLA, Mini Cooper et Countryman, Toyota Sienna. Si vous possédez l’un de ces véhicules, nous aimerions bien vous lire.

Banc d'essai RAM TRX 2021

Fiche technique

Moteur

V8 ACC 6,2 litres suralimenté par compresseur

702 chevaux à 6100 tr/min

650 lb-pi à 4800 tr/min

Performances

Poids : 2880 kg

Rapport poids/puissance : 4,1 kg/ch

Capacité maximale de remorquage : 3674 kg

Boîte de vitesses

De série : automatique 8 rapports

Optionnelle : aucune

Mode d’entraînement : 4 x 4

Pneus

325/65R18

Capacité du réservoir et essence recommandée

125 litres

Super

Consommation

22,4 L/100 km (moyenne obtenue au cours de l’essai)

Dimensions

Empattement : 3685,5 mm / Longueur : 5916 mm / Hauteur : 2054 mm / Largeur : 2235,2 mm

Mon TRX à moi

Fournisseur de pièces détachées attitré et intégré au groupe depuis plus de 80 ans, Mopar fabrique plus d’une centaine d’accessoires destinés au TRX. Ceux-ci décorent un catalogue regroupant déjà pas moins de 600 accessoires déjà offerts sur l’ensemble des produits de la marque RAM. Parmi cette pléiade « d’enrichissements », on note – accrochez-vous, la phrase est longue – des marchepieds, des tapis protecteurs, un arceau décoré de projecteurs hors route, un socle pour exhiber la roue de secours au beau milieu de la benne et cet ingénieux dispositif qui permet d’arrimer les petits objets au dos des sièges avant.

Dunes et marais

Se visualiser aux commandes du RAM TRX, filant sur une plage de sable gris et dur. Ou encore à foncer à vive allure dans les croissants de dunes blondes dans l’espoir de bondir aussi haut et aussi loin que Ken Block ou qu’Evel Knievel. Des images qui relèvent du fantasme au même titre que celui de plusieurs propriétaires de Ferrari, Porsche et autres McLaren, qui se visualisent sur un circuit fermé, et excitent tout autant l’imagination. Une certaine idée du rêve automobile où l’important, c’est l’image que l’on renvoie aux autres et, accessoirement, à soi-même.

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