Inclusion et diversité

Une génération plus sensible

Les enjeux sociaux touchant l’inclusion et la diversité sont beaucoup plus discutés et médiatisés depuis quelques années : les préadolescents d’aujourd’hui, exposés depuis leur enfance, forment une génération particulièrement sensible et ouverte à ces questions. Bien souvent, ce sont eux qui éduquent leurs parents.

Mère de trois enfants, Larance Piché constate que ses deux aînés, un garçon de 10 ans et une fille de 13 ans, ont intégré les valeurs de diversité et d’inclusion de façon très naturelle.

« Je pense que nous prônons ces valeurs comme parents, mais ils sont aussi très influencés par les réseaux sociaux comme TikTok, par leur milieu scolaire, leurs amis, leurs proches », explique cette éducatrice spécialisée de 35 ans de Joliette.

« Pour eux, tous les humains peuvent être ce qu’ils souhaitent être, tous les choix sont valides. »

— Larance Piché, mère de trois enfants

Cette vision globale des gens, sans préjugé ni a priori, est partagée par les enfants de Mathieu Pelletier, deux préadolescentes de 10 et 11 ans.

« Elles en savent pas mal plus sur la situation des personnes trans, non binaires, homosexuelles ou bisexuelles que ma conjointe et moi, dit le chargé de projet de 40 ans. Ça me fascine parce qu’elles ne sont pas rendues là dans leur parcours amoureux… mais ça les intéresse. »

Cela se traduit parfois de façon anecdotique, dans la vie de tous les jours, comme en témoigne Lucie Arsenault, d’Amqui : « Ma fille de 10 ans était choquée que dans un restaurant de Rimouski, les portes des toilettes étaient identifiées par une silhouette aux cheveux courts pour désigner les toilettes des hommes et une silhouette aux cheveux longs pour celles des femmes. Elle m’a demandé où allaient les personnes trans. »

Une autre maman, Myriam Dupont, raconte que son fils Charles-Antoine, 12 ans, s’est questionné quant à l’absence de toilettes mixtes à son école secondaire, à Québec. « On a eu une discussion sur le malaise que doivent gérer les gens qui sont non binaires ou ambivalents quant à leur genre, dit-elle. Et il a même pensé au fait que les garçons trans n’avaient pas accès à des produits hygiéniques dans les toilettes désignées pour garçons… alors qu’il y en a du côté des filles ! »

Charles-Antoine ne se sent pas « particulièrement informé » sur les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle : il mentionne que cela lui vient naturellement, tout comme à ses amis, dit-il. « C’est plutôt l’inverse qu’on ne comprend pas, laisse-t-il tomber. En quoi cela dérange qu’une personne soit qui elle veut ? Et pourquoi cela dérange ? »

Chez Josée Leduc, une mère de famille de 43 ans de la Rive-Sud de Montréal, l’ouverture d’esprit de ses deux adolescents a beaucoup apporté à la famille ces dernières années. « Ma fille connaît particulièrement bien ces sujets depuis ses 11-12 ans, indique-t-elle. On a écouté les séries Heartstopper et Euphoria ensemble… Ça apporte plein de sujets de discussion à la maison. Elle sait défendre son opinion sur ces sujets avec conviction. »

À l’organisme GRIS-Montréal, année après année, plus de 30 000 jeunes sont rencontrés et sensibilisés aux questions qui touchent la communauté LGBTQ+ à travers des ateliers tenus en milieu scolaire. Il s’agit d’élèves du troisième cycle du primaire et du secondaire.

Selon Marie Houzeau, directrice générale, il est vrai que la génération des 10-12 ans a été exposée plus tôt à la différence, qu’elle soit culturelle, corporelle ou sexuelle – et donc, qu’elle est particulièrement ouverte.

« On constate qu’ils ont plus de connaissances, qu’ils comprennent mieux les enjeux, on voit une amélioration nette. Cependant, il faut souligner que c’est relatif au milieu scolaire et au milieu familial. Ce n’est pas pareil d’un élève à l’autre, d’un groupe à l’autre, ni d’une école à l’autre. »

— Marie Houzeau, directrice générale de l’organisme GRIS-Montréal

Du chemin à parcourir

Mais si les choses vont mieux, Marie Houzeau réitère qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre « une vraie équité sociale ». Elle cite une enquête de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres, publiée plus tôt cette année, qui révèle que 43 % des jeunes membres de la communauté LGBTQ+ ont exprimé s’être sentis malheureux ou déprimés à l’école dans l’année ayant précédé l’enquête.

« Dans chaque classe, il y a des jeunes qui peuvent être en questionnement, souligne-t-elle, et qui prennent le pouls de leurs camarades pendant la tenue des ateliers. Ils essaient de voir vers qui se tourner le moment venu, qui sera prêt à les écouter et les soutenir. Ceux-là sont les leaders positifs, qui sont curieux et ouverts. »

Et évidemment, l’inverse existe : des jeunes aux forts préjugés défavorables à la communauté LGBTQ+. « L’effet des ateliers, des témoignages et des informations n’est alors pas suffisant pour renverser l’opinion qu’ils se sont construite », laisse tomber Mme Houzeau.

Heureusement, pour Carrie Poirier, maman d’une fille trans de 10 ans, l’ouverture d’esprit et le soutien indéfectible des amis de son enfant et du personnel scolaire ont permis une transition en douceur.

« Elle a vécu des obstacles, mais somme toute, elle a un beau parcours, glisse la mère de 39 ans de Blainville. Je pense que dans la société en général, on parle de plus en plus de diversité et d’inclusion. Les préadolescents sont particulièrement informés et ouverts, et c’est exactement à cette période de sa vie que Béatrice a pu commencer à être elle-même. »

Mme Poirier dit avoir beaucoup appris à travers le cheminement de sa fille ; Josée Leduc est du même avis. « On a beaucoup à apprendre de cette génération, conclut-elle. Je trouve ça beau et je leur lève mon chapeau ».

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