Guerre en Ukraine

Les frappes s’intensifient dans l’est

L’Ukraine a accusé lundi la Russie d’intensifier encore ses bombardements meurtriers dans l’Est, où ses troupes résistent avec acharnement. Selon Moscou, Kyiv a frappé en retour des plateformes de forage en mer Noire au large de la Crimée.

Encore Plus de bombes

La présidence ukrainienne a indiqué lundi que les bombardements russes augmentaient dans la région de Kharkiv, deuxième ville du pays. Dans la région de Donetsk, dans l’Est, l’intensité des bombardements « s’accroît tout au long de la ligne de front », a ajouté la présidence, faisant état d’un mort et de sept blessés, dont un enfant. À Sievierodonetsk, « les Russes contrôlent la plupart des quartiers résidentiels », mais « plus du tiers de la ville reste contrôlé par nos forces armées », selon le chef de l’administration locale, Oleksandr Striouk. Les combats font rage autour de cette agglomération clé pour contrôler l’ensemble du Donbass, bassin industriel de l’Est ukrainien partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes prorusses soutenus par Moscou. Serguiï Gaïdaï, le gouverneur régional, a confirmé la chute du village de Metolkine, en périphérie sud-est de Sievierodonetsk, dont le ministre russe de la Défense avait annoncé dimanche la prise.

Frappes contre des plateformes pétrolières

Les Russes ont accusé les Ukrainiens d’avoir frappé lundi matin trois plateformes de forage de leur complexe gazier et pétrolier au large de la Crimée. « Il y a trois blessés et sept personnes portées disparues », a déclaré sur Telegram le gouverneur installé par Moscou après l’annexion en 2014 de la péninsule, Sergueï Aksionov. Selon lui, 94 personnes ont été évacuées. Il s’agit de la première frappe rapportée contre une infrastructure d’hydrocarbures au large en Crimée depuis le début de l’invasion russe le 24 février. La Russie garde cependant le contrôle de cette zone de la mer Noire, et son blocus a pour conséquence d’empêcher l’exportation par cargo de millions de tonnes de céréales dont l’Ukraine est un des principaux producteurs mondiaux.

Céréales : « une arme de guerre »

Moscou a soutenu lundi que la hausse du prix des céréales était « la faute des régimes occidentaux, qui agissent comme des provocateurs et des destructeurs », selon la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. Le président ukrainien, dans un discours en vidéoconférence aux membres de l’Union africaine, a de son côté estimé que les Russes « ont besoin de cette crise » et « l’aggravent de façon délibérée ». Volodymyr Zelensky a indiqué que des « négociations difficiles » étaient en cours pour débloquer les ports ukrainiens, sans progrès pour l’instant. L’Union européenne, par la voix du chef de sa diplomatie, a accusé Moscou de commettre « un véritable crime de guerre » en bloquant ces exportations. « Vingt millions de tonnes de blé restent bloquées en Ukraine. Cela crée la faim, voire la famine. Il s’agit d’une tentative délibérée d’utiliser l’alimentation comme une arme de guerre », a dénoncé Josep Borrell. Le gouvernement allemand organise vendredi à Berlin une conférence internationale sur la crise alimentaire liée à cette guerre, a annoncé lundi l’exécutif allemand.

Une reconstruction « longue et complexe »

La Suisse, qui accueillera les 4 et 5 juillet la première conférence de reconstruction de l’Ukraine, s’attend à ce que remettre le pays en état prenne du temps et nécessite des réformes. « La guerre est encore en cours, mais nous savons aussi que le temps viendra d’une reconstruction qui sera longue et complexe », a déclaré le président Ignazio Cassis, lors de la présentation de la conférence de Lugano. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a par ailleurs indiqué qu’il allait inviter cette semaine les 27 pays de l’Union européenne (UE) à accorder à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat, conformément à ce que recommande la Commission européenne.

Kaliningrad : trains bloqués

La tension est aussi montée brusquement plus au nord, entre la Russie et la Lituanie, qui a restreint le transit de fret russe par rail vers l’enclave russe de Kaliningrad. La Russie a dénoncé un acte « hostile ». Si le transit « n’est pas rétabli en totalité, alors la Russie se réserve le droit d’agir pour défendre ses intérêts nationaux », a menacé le ministère russe des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a ensuite déclaré que la Lituanie appliquait les sanctions européennes sur le transit de certains types d’exportations entre la Russie et Kaliningrad, mais n’imposait aucun blocus à l’enclave russe. « La Lituanie n’a adopté aucune restriction unilatérale ni nationale. C’est faux. Elle applique les sanctions de l’UE », a-t-il insisté, ajoutant qu’« il faut être inquiet quand la Russie annonce des mesures de rétorsion ».

Deux Américains accusés de « crimes » par Moscou

Deux Américains, capturés en Ukraine alors qu’ils combattaient avec les forces armées de Kyiv, « mettaient en danger » des soldats russes et doivent être « tenus responsables de ces crimes », a déclaré lundi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, lors d’une entrevue avec la chaîne américaine NBC News. Il s’agit du premier commentaire du Kremlin sur le cas de ces deux anciens militaires américains, Alexander Drueke et Andy Huynh, selon NBC. « Ce sont des mercenaires et ils étaient impliqués dans des activités illégales sur le territoire de l’Ukraine », a affirmé Dmitri Peskov. « Ces crimes doivent faire l’objet d’une enquête. » Les circonstances dans lesquelles les deux anciens militaires sont retenus ne sont pas claires. M. Peskov s’est contenté de dire qu’ils étaient aux mains des « autorités ». Le président américain Joe Biden avait dit vendredi ignorer où étaient les deux hommes, qui auraient rejoint d’autres combattants volontaires étrangers aux côtés de l’armée ukrainienne.

— Avec Lila Dussault, La Presse

« Vous êtes mon héros »

L’acteur Ben Stiller a confié son admiration pour le président Volodymyr Zelensky lors d’une visite à Kyiv

Kyiv — L’acteur américain Ben Stiller a rencontré lundi à Kyiv le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, à qui il a exprimé son admiration pour son action depuis l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février.

« C’est un grand honneur pour moi […]. Vous êtes mon héros », a déclaré M. Stiller, ambassadeur de bonne volonté pour les Nations unies, lors de sa rencontre avec M. Zelensky, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

« Ce que vous avez fait, la façon dont vous avez mobilisé le pays, le monde, c’est vraiment une source d’inspiration », a ajouté l’Américain de 56 ans, en référence aux innombrables discours de M. Zelensky destinés à des auditoires à travers le monde pour obtenir de l’aide pour son pays.

Plus tôt dans la journée, Ben Stiller avait visité Irpin, en banlieue de Kyiv, où ont eu lieu de féroces combats au début de l’invasion. C’est aussi le point le plus proche de la capitale jamais atteint par l’armée russe.

« J’ai l’impression que c’est difficile de comprendre ce qui se passe vraiment ici sans y venir, a-t-il dit au président. J’étais à Irpin ce matin […] et le niveau réel de destruction, vous le voyez à la télé, vous le voyez sur les réseaux sociaux, mais c’est autre chose de le voir vraiment, de le ressentir et puis de parler aux gens. »

S’exprimant en anglais, Volodymyr Zelensky a remercié Ben Stiller de sa visite et lui a dit qu’il était « très important » pour lui de rappeler au monde ce qui se déroule en Ukraine.

« Il est essentiel pour nous que les gens n’oublient pas. Ce n’est pas intéressant de parler de la guerre tous les jours […], mais pour nous, c’est très important. »

— Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Les deux hommes ont également discuté en riant de leur intérêt commun pour la comédie.  

« Vous avez abandonné une grande carrière d’acteur », a lancé M. Stiller, célèbre pour des films humoristiques comme Une nuit au musée ou La belle-famille. « Pas autant que la vôtre », a rétorqué M. Zelensky, qui, avant d’être élu en 2019, a joué dans Serviteur du peuple, une série satirique sur un professeur de lycée devenant par accident président de l’Ukraine.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.