La famille Poulin

Une bonne joueuse, un bon coach

Marie-Philip Poulin fait tourner les têtes au hockey depuis plus de 10 ans. C’est maintenant au tour de son grand frère de le faire, à sa façon.

Pier-Alexandre Poulin a été nommé cette semaine entraîneur de l’année dans la Ligue canadienne de hockey junior (CJHL).

Poulin est entraîneur-chef et directeur général des Condors du cégep Beauce-Appalaches. L’équipe a disputé très exactement quatre matchs cette saison, tous en septembre. Alors, ce titre d’entraîneur de l’année, ça sort d’où ?

« Ce n’est pas pour notre fiche de victoires-défaites ! », lance-t-il au bout du fil.

Quelques précisions. La CJHL est la ligue qui chapeaute tous les circuits junior AAA au Canada. Des neuf ligues, la BCHL (Colombie-Britannique) est probablement la plus connue ; c’est par là que transitent bien des jeunes Canadiens qui aspirent à jouer dans la NCAA. Par ici, c’est la Ligue de hockey junior AAA du Québec (LHJAAAQ), dans laquelle les Condors faisaient leurs débuts en 2020-2021.

La LHJAAAQ a été victime de la pandémie et sa saison a pris fin en septembre. Les paramètres de la saison étant variables d’une province à l’autre, il était impossible de déterminer qui était l’entraîneur de l’année à partir de simples critères de hockey. On a donc opté pour les critères suivants :

• apporter une contribution au sein de son équipe dans un rôle non relié au hockey ;

• impliquer les joueurs dans une initiative communautaire ;

• avoir un impact sur le développement des joueurs, sur la patinoire et à l’extérieur ;

• connaître du succès sur la patinoire, si applicable.

Pour Pier-Alexandre Poulin, la principale initiative hors glace a été une activité avec Moisson Beauce, une banque alimentaire locale.

« On avait une dizaine de joueurs, avec des joueurs de l’équipe de football du cégep, pour préparer des paniers de Noël pour des familles défavorisées. C’est une belle activité que j’aimerais refaire. »

— Pier-Alexandre Poulin

Du côté du hockey, Poulin dit avoir été « à la limite de ce qui était permis ». « Quand on avait droit à un joueur sur la glace, on faisait des blocs de deux heures, on passait huit joueurs. Quand on pouvait s’entraîner à huit dehors, on le faisait. On essayait de tout faire. On a aussi fait des rencontres individuelles sur Zoom avec chaque joueur pour s’assurer que le cheminement scolaire se passait bien. »

Un joueur catégorisé…

Poulin était promis à un bel avenir au hockey. Sa petite sœur aussi. « Les deux, on était passionnés par le hockey. On jouait avec les Élites de Beauce-Amiante. Elle est devenue très rapidement ma partenaire d’entraînement. Il n’y a pas beaucoup de jeunes de Beauceville qui pouvaient aspirer à LHJMQ. On repoussait nos limites l’un et l’autre », résume-t-il.

Assez vite, il se rend compte que sa sœur possède un beau potentiel « Elle avait joué contre l’Action de Montréal, qui avait Caroline Ouellette et Sarah Vaillancourt. Elle avait 15 ans et elle était super bonne. Je me doutais qu’elle se rendrait à Équipe Canada, mais je n’aurais pas prédit qu’elle marquerait d’aussi gros buts ! »

Pier-Alexandre Poulin a été réclamé au 5rang du repêchage de la LHJMQ de 2004, par les Olympiques de Gatineau, puis au 20rang l’année suivante par les Fog Devils de St. John’s. Les attaquants format géant font toujours rêver les équipes, et lui mesure aujourd’hui 6 pi 4 po.

Mais ça venait aussi avec des attentes… Sauf qu’à 17 ans, il a été limité à 13 points en 70 matchs. L’année suivante : 6 points en 23 rencontres.

« Comme tous les jeunes, j’y ai cru, mais j’ai vite réalisé que si je voulais être pro, il aurait fallu que je me batte, parce que j’étais gros et que je n’avais pas assez de talent pour jouer dans les deux premiers trios. J’ai préféré aller jouer junior A et m’amuser. Ça allait bien à l’école, et je savais que j’allais pouvoir m’en tirer dans la vie sans jouer dans le professionnel. »

La vie l’a donc ramené sur les bancs d’école. À l’Université de Moncton, il a décroché un baccalauréat en éducation physique et une maîtrise en administration scolaire. De là, un poste de responsable des programmes scolaires pour Hockey Canada l’attendait, pendant six ans. Poste qu’il occupait de Calgary, où il s’est impliqué dans le hockey mineur et avec les Dinos, au niveau universitaire.

C’est là qu’il dit s’être rendu compte que « coacher à temps plein, c’est [sa] passion ». Au même moment, le cégep Beauce-Appalaches, à 20 minutes de son village natal, lançait son programme de hockey et cherchait un dirigeant.

« À force d’analyser les programmes scolaires, je me disais que je pourrais bâtir un programme. Ça a juste adonné que c’était le cégep de mon coin ! »

— Pier-Alexandre Poulin

L'entraîneur espère maintenant vivre une saison « normale » l’an prochain. À 33 ans, il souhaite que ce soit le début d’une longue carrière. Vise-t-il la LNH ? « Je mentirais si je disais que ce n’est pas dans mes pensées. Mais je rêve surtout de progresser. Je sais que je dois faire mes preuves. »

Il a aussi des plans pour impliquer son illustre sœur avec ses joueurs-cégépiens.

« On veut l’amener sur la glace, qu’elle donne de petits trucs aux gars. Elle est rendue pas mal plus agile que moi sur la glace ! C’est une fierté. Je suis fier de dire qu’elle est ma petite sœur. »

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