Faillite de Bel-Habitat

Le syndic doit interroger un « ami » de Luc Perrier qui doit 567 000 $

Le syndic qui supervise la faillite de Bel-Habitat passe à une étape cruciale de son enquête vendredi. Raymond Chabot doit interroger non seulement son propriétaire Luc Perrier, mais aussi un « ami » dont l’entreprise de produits automobiles doit plus d’un demi-million au constructeur déchu.

En 2017, Bel-Habitat a avancé 800 000 $ à Itekt Canada. Propriété de l’homme d’affaires Dean Martin, l’entreprise commercialise un produit liquide censé protéger les pare-brise des véhicules. Quatre ans plus tard, il lui reste toujours 567 000 $ à rembourser. Autant d’argent qui n’est pas disponible pour les consommateurs dépossédés des centaines de milliers de dollars qu’ils ont confiés à Bel-Habitat.

Le chèque ne viendra pas de sitôt, car Itekt en arrache, selon Dean Martin. « On n’a pas les fonds pour ça, c’est sûr que non ! dit-il. Tu sais, la compagnie n’est pas bonne, là ! La compagnie n’est pas forte ! »

Il dit être « vraiment désolé » de la tournure de la situation.

« On ne peut pas donner 500 000 $ quand on ne l’a pas là ! Malheureusement ! Si on avait cinq millions sur un compte de banque, je serais juste bien content d’aider ces personnes-là. »

— Dean Martin

Dean Martin n’avait pas d’explications à donner quant à la raison qui a poussé Bel-Habitat, un constructeur d’habitations, à prêter 800 000 $ à son entreprise de produits pour pare-brise. « Une compagnie a le droit d’investir dans un projet qui semble bon, dit-il. Une compagnie qui investit dans une autre compagnie, je pense que c’est normal, c’est comme ça que ça fonctionne ! »

« Ça ne tient pas la route »

L’associé responsable du dossier chez Raymond Chabot, Jean Gagnon, n’est pas de cet avis. Pour lui, un prêt d’un promoteur immobilier à un distributeur de produits pour voitures n’a rien de régulier. « Ça ne tient pas la route, surtout quand tu collectes des dépôts de clients », dit-il.

Bel-Habitat a encaissé des millions de dollars en acomptes des consommateurs s’étant engagés à lui acheter des maisons. Ses clients lui ont confié des sommes allant jusqu’à 777 000 $ avant qu’elle ne fasse faillite.

Selon Dean Martin, Luc Perrier était un ami « depuis quelques années ». Il assure toutefois qu’il ignorait tout des problèmes financiers de l’entreprise avant d’en prendre connaissance dans les journaux en juin.

« Bien plate »

L’homme d’affaires dit compatir avec les clients que Bel-Habitat a laissés pour compte en faisant faillite. « On trouve ça bien plate, c’est pour ça qu’on est super ouverts avec le syndic, à travers ça. »

Dans le cadre de son enquête et de ses interrogatoires, Raymond Chabot doit déterminer si la faillite du constructeur est susceptible de cacher une fraude. Si c’est le cas, le syndic doit faire part du cas au surintendant des faillites, qui se servira de ses informations pour sa propre enquête.

Joint par téléphone, Luc Perrier a raccroché avant d’entendre les questions de La Presse et n’a pas rappelé malgré un message laissé dans sa boîte vocale.

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