De Hockey Canada au Tricolore : faites connaissance avec Ben Shutron

Le nouveau dépisteur des Canadiens sait ce qu’il faut pour pouvoir gagner ; il n’a fait que cela dans sa carrière dans le hockey.

Après avoir remporté une Coupe Memorial, deux championnats nationaux universitaires et une Coupe Hlinka Gretzky, Ben Shutron a accroché ses patins et fait le saut avec Hockey Canada sur la scène internationale, où il a récemment occupé les fonctions de directeur général de l’équipe canadienne au Championnat du monde junior 2021.

Son temps passé avec Hockey Canada lui a permis de développer son style de recrutement, son approche face au hockey et à la vie ainsi que ses goûts en matière de caractéristiques recherchées chez un espoir.

« Je n’oublierai jamais la première chose que [le vice-président des opérations de Hockey Canada] Scott Salmond m’a dite lorsqu’il m’a embauché. Il m’a dit : « Assure-toi d’être le plus travaillant dans la pièce » », partage Shutron, qui était dépisteur à temps partiel pour les Canadiens avant de se joindre sur une base régulière pour couvrir l’Ouest canadien. « Avec l’équipe nationale, c’est comme dans la Ligue nationale alors que tu travailles de longues heures. Tu fais plus que ce qui t’est demandé afin de remporter des médailles d’or et d’offrir une expérience enrichissante à tous les participants. L’autre élément auquel il a accordé beaucoup d’importance est de traiter les gens de la manière dont tu voudrais être traité, c’est-à-dire avec respect.

« Tu as beau être très compétitif et très motivé, et il y aura des hauts comme des bas, la chose la plus importante que j’ai apprise de Scott, c’est l’importance de bien traiter les gens. Ils ne l’oublieront jamais, poursuit Shutron. Je crois que c’est ce qui rend Hockey Canada si spécial. C’est une organisation de première classe où l’on retrouve des gens incroyables. Il y a plusieurs ressemblances entre Hockey Canada et les Canadiens de Montréal : l’éthique de travail, le caractère et la façon de traiter les gens. C’est bien plus que du hockey. »

Âgé de 32 ans, Shutron a eu la chance de faire partie de plusieurs grandes équipes, dont la formation canadienne qui a remporté la Coupe Spengler en 2019 et l’équipe médaillée d’argent au Mondial junior de 2021. Il a ainsi eu la chance de suivre de près l’un des espoirs les plus prometteurs des Canadiens.

« J’ai eu la chance de voir jouer Kaiden Guhle depuis son arrivée dans le programme des moins de 17 ans. Le premier élément qui ressort chez Kaiden est le fait qu’il est une bonne personne », confie Shutron au sujet du plus récent choix de première ronde de l’équipe. « Sa maturité et son professionnalisme nous donnent l’impression qu’il est plus vieux que son âge. Il fait tout de la bonne façon : il est bien préparé, il a une bonne routine, il prend soin de son corps et il est un vrai professionnel. Le meilleur dans tout ça, c’est qu’il n’a que 18 ans.

« Il s’améliore encore, il progresse encore en tant que joueur, il est facile à diriger, affirme Shutron. Les entraîneurs n’ont pas besoin d’être constamment sur son cas. Il est juste un individu que l’on aime avoir dans un vestiaire et dans son équipe. »

Shutron ajoute aussi qu’il y a plusieurs choses à aimer chez Guhle au-delà des intangibles.

« Lorsque nous avons pu le repêcher, on se félicitait en coulisses parce que nous connaissions son potentiel, nous savions ce dont il était capable et que ça n’allait aller qu’en s’améliorant, pour lui, explique l’ancien défenseur. C’est un patineur exceptionnel, un formidable athlète, son bas du corps est très solide. Ajoutez à cela ses enjambées, sa glisse, sa chaîne musculaire postérieure, sa force, sa compétitivité… et je crois qu’il pourrait éclore offensivement. C’est un joueur incroyable, mais surtout, il s’agit d’une formidable personne et nous sommes d’avis qu’il va bien s’intégrer aux Canadiens de Montréal. »

Repêché en quatrième ronde par les Blackhawks en 2006, Shutron admet que ses goûts en matière d’attributs ont évolué quand vient le temps pour lui d’évaluer un joueur.

« J’étais un grand amateur de bons patineurs et pensait qu’il fallait être rapide afin de jouer rapidement, mais, au fil des ans, j’ai appris que le sens du jeu, le caractère et le niveau de compétition figurent au sommet des éléments les plus importants chez un espoir et un joueur, précise Shutron. Si tu ne vois pas bien le jeu, si tu ne compétitionnes pas et que tu n’es pas une bonne personne avec un bon caractère, tu ne pourras jamais jouer dans la LNH. »

« Le sens du jeu se traduit par la prise de décision : prendre les bonnes décisions au bon moment, prioriser les succès de l’équipe et faire tout ce qu’il faut pour gagner, élabore Shutron. Lorsque je vais dans un aréna pour observer le sens du jeu d’un joueur, je veux voir comment il se comporte en possession de la rondelle. Je veux voir quelles décisions il prend en zone défensive. Se replie-t-il bien ? Repère-t-il un coéquipier ? Se positionne-t-il correctement ? Peut-il jouer dans un système et une structure ? Peut-il recevoir de l’information de ses entraîneurs et s’adapter ? Ça se résume à tous ces petits détails et au fait d’avoir un bon sens du jeu, mais je crois que tout débute par l’amour d’un joueur envers son sport, et c’est quelque chose qui se développe à un jeune âge. »

Les valeurs sur la glace et à l’extérieur de Shutron ont grandement été influencées par la mentalité de Hockey Canada, mais il a aussi eu la chance de se développer, alors qu’il jouait encore, au sein d’une autre entreprise canadienne qui possède une culture imposante et de bonnes valeurs. Le nouveau poste du natif d’Orleans avec le Tricolore lui permettra par ailleurs de renouer avec d’anciens liens.

« Lorsque j’étais à l’université, j’ai travaillé comme représentant étudiant chez Molson Coors, dans la région d’Ottawa. Ç’a été une belle manière non seulement d’apprendre la mentalité de Molson, mais aussi d’apprendre à bien traiter les gens. J’ai pu voir les façons de faire de la famille Molson, comment elle traite les gens et les valeurs que l’on se doit d’avoir pour réussir dans la vie, dit Shutron. J’imagine que la boucle est en quelque sorte bouclée. Lorsque l’on se retrouve dans l’univers de la famille des Canadiens de Montréal et de toute l’organisation, on comprend pourquoi elle est l’une des plus fructueuses dans le monde du sport et pourquoi Molson est l’une des marques qui connait le plus de succès au monde. C’est de cette manière que j’ai eu un avant-goût, sans vouloir faire de jeu de mots. »

Un texte de Shauna Denis, traduit par François Lafleur

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