« Les gens creusent tombe après tombe »

Au moins 1000 morts dans le plus puissant tremblement de terre au pays en plus de 20 ans

Sharan — Au moins un millier de personnes ont été tuées et 1500 blessées dans un puissant séisme qui a frappé une zone frontalière isolée du sud-est de l’Afghanistan dans la nuit de mardi à mercredi, selon les autorités, qui craignent que le bilan ne s’élève encore.

« Les gens creusent tombe après tombe », a déclaré le chef du service de l’Information et de la Culture de la province de Paktika, Mohammad Amin Huzaifa, dans un message à la presse.

Dans sa seule province, la plus affectée avec celle de Khost, le bilan « a atteint les 1000 morts et ce chiffre augmente », a-t-il précisé.  

Selon lui, quelque 1500 personnes ont aussi été blessées à Paktika, dans ce qui est d’ores et déjà le séisme le plus meurtrier qu’ait connu l’Afghanistan en plus de deux décennies.

« Il pleut aussi et toutes les maisons sont détruites. Il n’y a ni tentes ni nourriture. Des gens sont encore piégés sous les décombres. […] Nous avons besoin d’une aide immédiate », a décrit M. Huzaifa.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a assuré que l’ONU était « pleinement mobilisée » pour aider l’Afghanistan, avec le déploiement en cours d’équipes de premier secours et l’envoi de médicaments et nourriture vers la zone touchée.

Réponse humanitaire sous examen

Les États-Unis, « profondément attristés », ont affirmé mercredi examiner leur possible « réponse » humanitaire, sans exclure d’en discuter directement avec les talibans au pouvoir à Kaboul dont ils n’ont pas reconnu le gouvernement.

Pour sa part, « l’Union européenne suit la situation […] et se tient prête à coordonner et fournir une aide d’urgence », a tweeté son envoyé spécial en Afghanistan, Tomas Niklasson.

Le séisme, d’une magnitude de 5,9, est survenu à une profondeur de 10 km vers 1 h 30 mercredi, tout près de la frontière avec le Pakistan, selon l’Institut sismologique américain (USGS).

« Nous avons deux morts et cinq blessés dans notre famille », a raconté à l’AFP Arup Khan, un survivant croisé à l’hôpital de Sharan, la capitale de la province de Paktika.

« Quand je me suis relevé, j’étais couvert de poussière. Des personnes sont arrivées et nous ont sortis de là. La situation était horrible. […] Il y avait des cris partout, les enfants et toute ma famille étaient sous la boue. »

— Arup Khan, un survivant croisé à l’hôpital de Sharan

Aide internationale espérée

Des photos et vidéos postées sur les réseaux sociaux font apparaître d’innombrables maisons effondrées, dans cette région rurale pauvre et difficile d’accès.

« Nous pensons que près de 2000 maisons sont détruites », a déclaré à la presse le coordinateur humanitaire pour l’Afghanistan, Ramiz Alakbarov.

Une image publiée par les talibans montre des habitants creusant une longue tranchée de tombes pour enterrer les morts.

Limités depuis longtemps en nombre et en capacité, les services de secours sont inadaptés en Afghanistan pour faire face seuls à une catastrophe naturelle majeure. Et l’aide internationale est difficile à mobiliser, les ONG et agences onusiennes étant moins présentes que par le passé depuis la prise du pouvoir par les talibans en août.  

« Le gouvernement fait au mieux de ses capacités », a twitté Anas Haqqani, un autre haut responsable taliban. « Nous espérons que la communauté internationale et les organisations humanitaires aideront aussi les gens dans cette situation terrible. »

Ressenti au Pakistan

Le séisme a été ressenti dans plusieurs provinces de la région et aussi dans la capitale Kaboul, située à environ 200 km au nord de son épicentre.

Il l’a également été au Pakistan voisin où une personne a été tuée et quelques maisons ont été endommagées. Islamabad a commencé à envoyer de l’aide, notamment de la nourriture, des tentes et des couvertures.

« Compte tenu des pluies abondantes et du froid, inhabituels en cette saison, les abris d’urgence sont une priorité immédiate », a indiqué le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU.

La population a également besoin de soins d’urgence, d’aide alimentaire et non alimentaire, et d’une assistance en services d’eau, hygiène et assainissement, a précisé OCHA.

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