Voyage / Québec

Qu’est-ce qu’un paysage culturel patrimonial ?

Depuis 2012, au Québec, un « paysage culturel patrimonial » peut obtenir une désignation en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Rivière-Ouelle est à ce jour la seule municipalité à avoir fait les démarches pour l’obtenir. Zoom sur ce statut légal encore largement méconnu.

Rivière-Ouelle est devenue le 30 août 2021 la toute première municipalité à obtenir la désignation de paysage culturel patrimonial pour une partie de son territoire. Mais qu’est-ce que cela implique exactement ?

Pour espérer obtenir cette désignation, une municipalité ou un regroupement de municipalités doit passer par un long processus, à ses frais. Il faut effectuer un diagnostic paysager et concerter résidants et autres acteurs du milieu, puis créer une charte du paysage présentant les principes et engagements pris par le milieu pour la protection et la mise en valeur dudit paysage.

Pour mener à bien cette démarche, la municipalité de Rivière-Ouelle a fait appel à Ruralys. Le centre, aujourd’hui disparu, avait acquis une expertise en paysage et avait déjà ciblé le secteur de la pointe, à Rivière-Ouelle, comme potentiel « paysage remarquable ».

Alors qu’est-ce qui fait un paysage remarquable ?

« Ce n’est pas juste un paysage qu’on regarde, il y a tout l’aspect du paysage humanisé, habité, le patrimoine, le bâti, le savoir-faire, l’occupation et l’aménagement du territoire… »

— Dominique Lalande, ex-directrice de Ruralys, archéologue et consultante en patrimoine

Pour Louis-Georges Simard, maire de Rivière-Ouelle, l’intérêt de cette désignation est notamment « de faire réaliser collectivement aux citoyens l’importance de la préservation de ce territoire ».

83 %

Proportion des gens consultés qui se sont dits en accord ou tout à fait en accord avec la démarche de désignation.

Source : Municipalité de Rivière-Ouelle

Pour ce faire, la municipalité s’est dotée d’un plan de conservation déclinant certaines mesures existantes ou à mettre en place, allant de la préservation de la végétation indigène (dont les pétales de rosiers sauvages, recherchés par les cueilleurs) à la valorisation des accès publics existants aux rives et aux berges. « Pour nous, la préservation passe plus par un incitatif collectif que par des contraintes, pour entretenir la fierté que les gens ont pour leur milieu, leur paysage », ajoute-t-il.

Une désignation remise en question

C’est en 2012 qu’il est devenu possible de présenter une demande de désignation de paysage culturel patrimonial, mais le ministère de la Culture et des Communications a confirmé à La Presse n’avoir reçu aucune autre demande de désignation de paysage culturel patrimonial à ce jour.

Il faut dire que le processus est long – huit ans dans le cas de Rivière-Ouelle –, et que les coûts associés peuvent en décourager plusieurs. « Il faut que ça vienne du milieu, que les élus, les citoyens, embarquent. Que le fruit soit mûr, bref ! », remarque Mme Lalande.

Philippe Dubé est historien et professeur associé à l’Université Laval. Il réside aussi aujourd’hui à Rivière-Ouelle, où sa famille a des racines depuis la fondation du village. Bien sûr, il apprécie la beauté des lieux. Mais il se dit très critique par rapport au territoire désigné. Selon lui, il aurait fallu considérer tout le littoral de la Côte-du-Sud, un des plus anciens territoires colonisés, pour que le projet ait une tenue.

« Une des choses qui m’agacent profondément, c’est pourquoi Rivière-Ouelle seulement ? Accorder ce statut de désignation de paysage culturel à une municipalité, si belle soit-elle, m’apparaît être un non-sens puisqu’un territoire, en tant que paysage géographique, ne peut être contenu dans des limites administratives. D’autant plus que la Côte-du-Sud comme entité culturelle me semble indivisible, puisque chaque élément de son patrimoine sur son territoire est interrelié. »

— Philippe Dubé, historien et professeur associé à l’Université Laval

Il aurait été encore plus logique de se concerter, avance-t-il, car cette désignation « engage la municipalité à être à la hauteur des attentes ». « Cela nécessite des moyens qu’une municipalité de moins de 1000 résidants n’a pas. Ce coup de publicité est à double tranchant puisqu’il faut pouvoir l’assumer pleinement, c’est-à-dire connaître en profondeur ce paysage transformé par la présence humaine et savoir le communiquer au public. Sans quoi, cette désignation reste du vent, comme il y en a tant dans ce coin de pays. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.