Confinement prolongé

« Un grand manque de respect »

Toujours dans l’attente d’un retour malgré l’envoi de plusieurs protocoles sanitaires, le président de Judo Québec, Patrick Kearney, dit déplorer le « manque de cohérence » de la Santé publique et craindre pour l’avenir des sports de combat dans la province. « On s’en va dans le mur, lance-t-il. On n’est même pas écoutés. »

La Fédération de judo compte un peu plus de 10 000 membres, selon son plus récent rapport annuel. Dans ses revendications, Patrick Kearney inclut les autres sports de combat du Québec, qui, eux aussi, ne reçoivent aucune « explication logique et scientifique » quant aux raisons d’un confinement prolongé. Il juge le silence de son interlocuteur comme « un manque de respect important ».

« On attend sur le bout du banc pour être interpellés. Tous les sports ont eu leur chance. Il y a aussi les restaurants, les bars, mais M. [Horacio] Arruda [le directeur national de santé publique] ne veut même pas nous parler. Peut-être qu’on ne sera pas contents des réponses qu’ils vont nous donner, mais on veut simplement un dialogue. »

Le 22 juin, le judo est entré dans la deuxième phase – « Dojo – 2 mètres » – de son plan. Outre les précautions sanitaires (lavage du judogi avant et après l’entraînement, lavage des pieds et des mains, désinfection du tatami entre les entraînements notamment), chaque élève doit demeurer dans un carré de 4 ou 9 m2 en fonction de son âge.

« Je ne pourrais pas maintenir l’intérêt des adultes et des jeunes en ne faisant que des exercices de mise en forme dans un carré. Ça ne marchera pas. Il y a un grand risque de décrochage. »

— Patrick Kearney, président de Judo Québec

Le protocole de retour, qu’il juge « béton », soumis à la Santé publique se base sur le concept de bulles de quatre personnes. Durant cette phase, les quatre mêmes judokas se retrouveraient ensemble lors de toutes les séances.

« Ça limite les possibilités de contamination, et tu peux facilement isoler un cas problématique. Si le dojo permet d’accueillir 16 athlètes, il y aurait quatre bulles de quatre. Cela permet de faire des combats.

« L’épidémie de COVID-19 ne repartira pas au Québec à cause des sports de combat, ajoute-t-il. En judo, en lutte, en boxe, est-ce qu’il y aura des cas si on recommençait ? Oui, comme il y en aura au soccer ou au hockey. »

Les sports de combat déjà permis ailleurs

Tous les pays ou toutes les provinces canadiennes n’ont pas adopté la même réponse quant au retour des sports de combat. L’équipe nationale de judo, dont le centre d’entraînement se trouve à l’Institut national du sport du Québec, doit ainsi se rendre à Lethbridge, en Alberta, pour y disputer des camps.

« Les sports de combat sont permis en Alberta. Le Manitoba et la Nouvelle-Écosse viennent d’autoriser les bulles à deux. Tu choisis un partenaire d’entraînement et tu restes avec lui, précise M. Kearney. Le déconfinement des sports de combat, sans restrictions, a aussi été fait dans des pays comme l’Allemagne, la Suisse, le Portugal, l’Italie ou la France.

La France a été durement touchée par la COVID-19, et il y a, là-bas, des M. Arruda, des gens intelligents, qui ont accepté la reprise des sports de combat. »

— Patrick Kearney, président de Judo Québec

Dans les dernières semaines, il s’est dit que les sports de combat ne reprendraient pas avant qu’un vaccin ne soit découvert. Que cela se vérifie ou pas, il reste qu’une pause prolongée serait catastrophique pour la discipline. En plus des contrecoups financiers, il y aurait le découragement chez des membres dont la progression serait stoppée.

« Peu importe le sport et à qui tu demandes de prendre une pause de deux ans, ça ne fonctionne pas. J’ai des parents qui m’écrivent et des athlètes totalement en détresse. On ne parle pas juste de combattants, ce sont des humains. Les jeunes en sport-études, ils vont faire quoi ? De la préparation physique ? On me demande quand on va faire du judo. Je ne sais pas. »

Une rencontre avec un attaché politique du ministère de la Santé et des Services sociaux est prévue à la mi-août. Du côté de la boxe, Eye of the Tiger Management a indiqué à La Presse canadienne, la semaine dernière, qu’une rencontre avec la direction de la Santé publique aurait lieu dans la semaine du 10 août.

Même en cas de règlement positif, Patrick Kearney redoute des répercussions après cet épisode.

« Même si la Santé publique nous permettait de recommencer demain matin, c’est sûr qu’il y aurait une grande crainte. Je ne pense pas que tous les parents vont se garrocher sur les sports de combat. Ça va prendre du temps à récupérer. »

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