Québec ajoute 100 millions dans les soins à domicile

Une somme supplémentaire de 100 millions sera accordée chaque année pour bonifier l’offre de services de soutien à domicile, ont annoncé dimanche matin les ministres Christian Dubé et Marguerite Blais. Une nouvelle en général bien accueillie, mais qui laisse des proches aidants insatisfaits.

De cette somme, 65 millions de dollars iront aux centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS et CIUSSS) pour augmenter le volume et l’intensité des services de soutien à domicile selon les besoins.

Québec estime que ce financement permettra à 1152 personnes de plus de recevoir des services à la maison.

« Déjà, avant la pandémie, la demande pour le soutien à domicile avait commencé à augmenter. Comme dans d’autres domaines, la demande a été augmentée par la pandémie. Les Québécois veulent rester chez eux entourés de leurs proches, et c’est un choix que notre gouvernement a à cœur », a annoncé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en point de presse.

« C’est un service tout à fait essentiel, les gens veulent vivre à domicile le plus longtemps possible, et on veut leur offrir le choix entre un hébergement de qualité et demeurer à la maison le plus longtemps possible », a souligné pour sa part la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais. L’initiative offrira un répit aux proches aidants, ajoute-t-elle.

Au cours de la dernière année, 370 000 personnes ont eu accès à des soins à domicile, selon la ministre, alors qu’environ 1,5 million de personnes âgées de 65 ans et plus vivront au Québec dans 10 ans.

Environ 10 millions viseront à bonifier les conditions de travail des travailleurs engagés. Le taux horaire minimum de 14,25 $ l’heure passera ainsi à 16 $, soit une augmentation de 1,75 $ l’heure.

Questionnés sur les enjeux de recrutement liés à la demande pour les services à domicile, les ministres ont réitéré qu’une partie de la somme était réservée à l’augmentation salariale. Cette enveloppe vise à encourager la rétention du personnel, a expliqué Mme Blais.

« On pense que cet effort-là, en plus des primes COVID, ça fait des salaires qui sont beaucoup plus intéressants que ceux qu’on donnait dans l’ancienne administration, où on ne faisait qu’augmenter à raison de 2 % par année », a ajouté M. Dubé.

Les aînés, les personnes ayant une déficience physique, une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, celles atteintes de maladies chroniques ou toute personne requérant des soins palliatifs à domicile pourront en bénéficier. Cette somme servira également à combler des besoins de courte durée pour des patients en post-hospitalisation, peu importe leur âge.

En 2018, la Coalition avenir Québec avait promis 200 millions de dollars par année, a précisé le ministre. On annonçait une somme de 80 millions l’année d’après. Les 100 millions annoncés dimanche s’ajoutent à ces sommes. L’investissement porte à 380 millions de dollars par an les sommes accordées aux soins à domicile.

« Après quatre ans, c’est un budget de 1,4 milliard qui aura été investi pour les services de soutien à domicile », a expliqué Christian Dubé.

Les proches aidants réclament plus d’aide

L’argent consacré à l’amélioration des conditions de travail des préposées d’aide à domicile constitue « un pas dans la bonne direction », selon le Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EESAD).

« Nous sommes heureux de constater que le gouvernement du Québec reconnaît enfin l’importance de leur travail », écrit dans un communiqué J. Benoit Caron, directeur général du réseau.

Il ajoute que les EESAD ont besoin de plus de 2500 préposées d’aide à domicile par année afin de répondre aux besoins croissants de la population. L’annonce de dimanche facilitera, selon lui, l’embauche et la rétention de la main-d’œuvre.

Le Réseau FADOQ – plus grande organisation d’aînés au pays – salue l’investissement de Québec.

« Nos membres ont constaté une baisse considérable de leurs offres de services à domicile. Dans le contexte actuel, ces sommes récurrentes que le gouvernement du Québec va accorder viendront mettre un baume sur le cauchemar vécu par de nombreux aînés », a déclaré sa présidente, Gisèle Tassé-Goodman.

La nouvelle est accueillie plus tièdement par les proches aidants, alors que plusieurs peinent à se sortir la tête de l’eau en pleine pandémie. Selon Caroline Vadeboncœur, qui a été proche aidante pendant plus de 10 ans et coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels du comté de L’Assomption (RANCA), l’annonce du gouvernement est une excellente nouvelle. Mais les proches aidants ont besoin de plus de soutien psychologique et d’une aide financière plus soutenue.

« On les aide, mais par ricochet. Quand tu te retrouves dans la pauvreté et l’épuisement, car tu t’occupes d’un proche malade, il te faut plus que du répit. »

— Caroline Vadeboncœur, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels du comté de L’Assomption

Même avec une augmentation de salaire, elle craint le manque de main-d’œuvre pour fournir tous ces soins à domicile. « Dans la réalité, est-ce que les gens vont se précipiter pour aller faire ce travail difficile d’une grande noblesse à 16 $ de l’heure ? Je ne sais pas. »

Il y a deux ans et demi, la mère d’Anne-Marie Vinet s’est écroulée sur le plancher, dans la cuisine de la maison familiale de Repentigny. Elle est devenue très malade et incapable de s’occuper d’elle-même à 90 ans, avec un conjoint atteint de la maladie d’Alzheimer. Mme Vinet s’est absentée du travail pendant plusieurs semaines, avant de perdre son emploi.

Elle déplore le manque de ressources pour les nombreux proches aidants dans l’ombre qui ne peuvent plus aller travailler et « ne reçoivent pas un sou à la fin du mois ». Autrefois architecte, ses revenus ont fondu comme neige au soleil. Les sommes supplémentaires demeurent une bonne nouvelle. « J’étais contente, mais je me garde une réserve. C’est bien beau d’avoir un répit, mais j’ai besoin d’une aide directe. Les mesures annoncées dimanche ne me touchent pas directement. »

Même son de cloche chez Karine Gingras, de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui s’occupe de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer en travaillant à temps plein. « Je vais paraître négative, mais cette annonce n’améliorera pas ma situation actuelle. Je ne reçois aucune allocation, et c’est une aide financière directe qu’il me faudrait. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.