Thetford Mines

Mines et nature

Quand on pense à Thetford Mines et à sa région, l’amiante et les mines viennent en tête. On ne pense pas nécessairement à la doradille ébène et à la sabline à grandes feuilles, des plantes rares de la réserve écologique de la Serpentine-de-Coleraine. On ne pense pas non plus à un concert de huards à la brunante alors qu’on campe dans une île déserte du parc national de Frontenac.

Il s’agit pourtant de diverses facettes de la région de Thetford Mines, dans Chaudière-Appalaches.

Pour la connaître et l’apprécier, il faut quand même commencer par l’amiante et les mines. Nous entamons donc notre virée au musée de Thetford, Minéro. Difficile de le manquer : un énorme camion vert pomme, de près de quatre mètres de haut, campe sur le parterre de l’institution.

En entrant, notre regard est attiré par une exposition temporaire sur les ours noirs, bruns et blancs, réalisée par le Musée du Fjord. On y trouve toutes sortes de renseignements sur les différents types d’ours au Canada et sur leur comportement. Heureusement, dans les forêts de la région, on ne risque pas de se retrouver nez à nez avec un ours polaire ou un grizzly. C’est déjà ça de pris.

L’exposition permanente Mémoires de pierre met en vedette une belle collection de minéraux, mais elle porte aussi sur l’histoire de Thetford Mines, intimement liée à la découverte d’amiante chrysotile dans la région à la fin du XIXe siècle. On aborde les deux grandes grèves de 1949 et de 1975, puis le déclin de l’industrie après le bannissement de l’amiante dans plusieurs pays dans les années 1980. La dernière mine de la région a fermé en 2011 et Thetford Mines a dû se réinventer.

Que reste-t-il de cette industrie ? Des trous et des collines ! Plus précisément, les mines à ciel ouvert se sont peu à peu remplies d’une eau turquoise, digne des Caraïbes. Plusieurs sont interdites au public, mais au musée Minéro, des postes de réalité virtuelle permettent de les survoler. L’expérience peut être tellement vertigineuse qu’il faut absolument s’asseoir sur un fauteuil avant de mettre les lunettes.

Des collines de résidus à l’aspect stérile, les haldes, parsèment également la région. On peut les trouver hideuses ou fascinantes, au choix.

Il reste aussi des bâtiments industriels. Les gens de Thetford ont fait du beau boulot avec le Centre historique de la mine King, KB3, première mine souterraine de la région. Qui dit mine souterraine dit chevalet, cette grande structure en hauteur qui abritait les ascenseurs et les monte-charges de la mine. L’extérieur du chevalet de KB3 a été rénové, mais l’intérieur a gardé son aspect d’époque, avec notamment d’immenses poulies, des outils et même une étagère où l’on rechargeait les lampes des mineurs. Au sommet du chevalet, un observatoire permet de réaliser à quel point la ville était bordée de mines.

Les galeries originales de la mine KB3 ont été inondées par la nappe phréatique, mais le Centre historique a créé une nouvelle galerie souterraine pour exposer des équipements d’extraction minière, comme des locomotives et des wagons pour évacuer le minerai.

À l’extérieur, le terrain de KB3 se prête bien aux pique-niques. On trouve ici aussi un énorme camion à benne, jaune celui-ci. Les enfants adorent (les adultes aussi).

Avant de quitter la ville, un arrêt s’impose au belvédère de la mine British-Canadian, dans le secteur Black Lake, rue du Lac-Noir. Il suffit de monter quelques marches pour s’offrir une vue en plongée sur l’ancienne mine à ciel ouvert et son lac turquoise – et non pas noir, comme on pourrait le penser.

Les merveilles de la réserve écologique

Après avoir fait le plein de géologie et d’histoire, c’est le temps de se diriger vers la réserve écologique de la Serpentine-de-Coleraine, une des rares réserves écologiques du Québec accessibles au public, à quelques minutes de route de Thetford Mines.

Un organisme à but non lucratif, Les Sentiers pédestres des trois monts de Coleraine, s’occupe d’une vingtaine de kilomètres de sentiers dans la réserve et dans une zone de préservation adjacente entre Coleraine et Vimy Ridge. Elle offre aussi de l’hébergement dans des yourtes, un chalet et un tout petit camping rustique. Ne reculant devant rien, nous choisissons cette dernière option. Les sites sont situés à 600 m du stationnement. Heureusement, l’organisme nous prête un petit chariot pour transporter les bagages. Lorsqu’on arrive au site, on a vraiment l’impression d’être au cœur de la forêt.

La route 112 n’est quand même pas très loin et on entend un peu la circulation. Les oiseaux se font cependant un devoir de couvrir ce bruit en chantant à tue-tête, surtout au petit matin. Debout là-dedans, les sentiers de rando attendent !

Nous nous mettons donc en route pour explorer la réserve. Même en pleine forêt, la géologie n’est jamais bien loin. C’est ainsi que des panneaux disposés le long de la boucle du mont Oak nous apprennent que la formation géologique qui explique la présence d’amiante dans la région est aussi associée à une flore unique. On trouve donc ici des espèces comme l’adiante des aléoutiennes, la fétuque de l’Altaï, l’aspidote touffue, la verge d’or de la serpentine, la doradille ébène et la sabline à grandes feuilles.

Il faudrait toutefois avoir son botaniste avec soi pour repérer ces plantes. Nous nous contentons donc d’admirer des fleurs plus communes et les peuplements de pins rouges et blancs et de chênes. Le sommet de la colline Kerr offre un panorama particulièrement intéressant sur la région. La perspective ne nous permet pas de voir le mont Caribou – le plus élevé des trois monts de Coleraine –, mais on peut quand même apercevoir une mine à ciel ouvert (avec l’habituel lac turquoise au fond) et quelques haldes. Des urubus à tête rouge patrouillent autour du sommet, possiblement à la recherche d’un repas. Ils ne nous portent pas attention, ce qui est plutôt une bonne nouvelle – les urubus sont des vautours.

Un sentier permet de se rendre jusqu’au mont Caribou, dans le secteur Vimy Ridge du territoire des Trois monts de Coleraine, mais le temps nous manque un peu. Nous décidons de pousser quand même un peu vers le lac Johnston. La carte des sentiers fait état d’un « vestige minier » le long du sentier. Notre imagination s’emballe : une grosse pièce d’équipement ? Une simple chaudière noyée dans la végétation ? Finalement, c’est un trou. Ou, plus précisément, l’entrée d’une galerie qui s’enfonce sous la terre. Nous sommes sur le site d’une petite mine de chromite (Woolsey Chrome) qui a été en production pendant la Première Guerre mondiale. Une grille nous empêche d’explorer davantage la galerie souterraine, mais comme cette dernière est totalement inondée, nous n’avions pas vraiment cette intention.

Charmant parc Frontenac

Nous retournons au stationnement pour nous diriger vers la troisième étape de notre virée, le parc national de Frontenac, à 25 minutes de route. Et là, c’est l’aventure qui commence.

Nous avons réservé un site de camping rustique dans une île au cœur de la baie Sauvage, dans le sud du Grand lac Saint-François. Il vente pas mal en cette fin d’après-midi, mais nous sommes obligés de prendre un canot pour découvrir notre nouveau chez-nous. Dès que nous sortons de la baie qui abrite le centre de services, le vent nous frappe fort, de face, les vagues sont plus imposantes.

À moins d’un kilomètre du départ, nous passons un premier site de camping, l’Ours. Nous le regardons avec un peu d’envie : le site que nous avons réservé, le Balbuzard, se trouve encore à plus de quatre kilomètres. Il faut pagayer fort pour avancer, le vent prend de la force, des rafales dépassent 35 km/h. Parfois, on n’avance plus du tout.

Nous décidons d’accoster au quai d’un autre centre de service, L’Escale, pour nous reposer, manger un petit quelque chose et attendre que le vent se calme. Ce qu’il fait, heureusement.

Nous reprenons la route et parcourons rapidement les derniers kilomètres. Un gros huard, placide, nous regarde alors que nous approchons de notre île.

Une belle petite plage nous accueille, de même qu’un certain nombre de moustiques. Après deux heures de pagayage intensif (et une randonnée pédestre d’une douzaine de kilomètres en début de journée, ne l’oublions pas !), nous avons une petite faim. Nous prenons quand même le temps de monter les tentes sur de vastes plateformes de bois avant de préparer le souper.

Le vent n’est maintenant qu’un souvenir et nous remontons à bord du canot pour faire le tour de l’île. Ici et là, d’énormes souches pointent la tête hors de l’eau. C’est que le Grand lac Saint-François est un réservoir et le niveau de l’eau a déjà été beaucoup plus bas. Des portions de vieilles forêts ont donc été inondées.

La soirée est incroyablement paisible dans notre île, loin de tout. Un léger pout pout pout annonce le passage d’un canot de pêcheurs, plus intéressés par le lancer de la ligne que le bavardage.

Ce n’est qu’après le coucher de soleil que deux huards interrompent la quiétude en entamant un dialogue assourdissant fait de trémolos, de yodles et de hurlements. Ils finissent par se calmer, nous permettant ainsi de sombrer dans le sommeil.

Au petit matin, ce sont des écureuils roux qui marquent le réveil avec une bonne séance de chamaillage. Pout pout pout, les pêcheurs sont de retour. Le vent aussi, mais plus mesuré qu’hier. Et surtout, c’est un vent de dos, qui nous ramène gentiment à notre point de départ. En chemin, nous explorons quelques baies en faisant du slalom entre des rochers qui affleurent. Ce n’est pas toujours un succès et nous laissons un peu de peinture rouge sur des roches dissimulées tout juste sous la surface. Chut. Ni vus ni connus. Seules quelques perchaudes sont au courant.

6

On ne trouve l’aspidote touffue, une petite fougère très rare, qu’à six endroits en Amérique du Nord, dont trois dans la région de Coleraine.

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