Sortie de zone saison 2, Épisode 43

Y a-t-il eu un héros ?

Dans cet épisode de la balado Sortie de zone, une collaboration entre le 98,5 FM et La Presse, l’animateur Jeremy Filosa reçoit Alexandre Pratt, Jérémie Rainville et Guillaume Lefrançois. De Carey Price à Tyler Toffoli en passant par Shea Weber, plusieurs joueurs ont eu leur mot à dire dans l’étonnant balayage réalisé par le Canadien contre les Jets de Winnipeg. Nos invités se posent donc la question : qui a été le joueur le plus utile au Canadien dans cette série ? Et si c’était Mark Scheifele, le « héros » de cette série, lui qui s’en est exclu dès le premier match ? Sans être un des héros, Cole Caufield semble parfaitement à sa place au sein d’un trio offensif, à un point tel qu’il rend de fiers services au Canadien même s’il n’a toujours pas fait ce qu’il fait de mieux, soit marquer des buts. La deuxième partie de l’épisode plaira aux nostalgiques. Peut-on faire des parallèles entre cette équipe du Canadien et celles de 1993, de 2010 ou de 2014 ? Enfin, on se penche sur les histoires potentielles à suivre au tour suivant pour le Canadien. Un indice : il n’en manquera pas !

Le Canadien en demi-finale

Quand la patience est récompensée

La scène en était presque burlesque, mais éminemment sympathique.

Marc Bergevin, vêtu de son veston d’un rouge spectaculaire, attendait ses joueurs à la sortie de la glace, euphorique. Le petit nouveau, Cole Caufield, encore plus exubérant, s’est même permis de lui sauter au cou !

Il faut remonter à avril 2018 pour mieux comprendre le soulagement du directeur général du Canadien, lundi soir, après la victoire de son équipe au deuxième tour.

Le Canadien venait de conclure une affreuse saison, au 28rang du classement général, avec un club bourré de vétérans dont c’était la deuxième exclusion des séries éliminatoires en trois ans, avec entre les deux une défaite sans équivoque au premier tour contre les Rangers de New York, en 2017.

Bergevin a réussi à convaincre son patron Geoff Molson de lui permettre d’entamer une opération de réinitialisation. Le directeur général du Canadien avait sans doute un pied dans la porte, mais le propriétaire de l’équipe, un apôtre de la stabilité, a choisi de lui faire confiance.

Une réinitialisation demeure une opération délicate, nettement moins radicale que la reconstruction. Celle-ci aurait signifié une liquidation totale, y compris Carey Price, Shea Weber, probablement Brendan Gallagher et Jeff Petry.

Une réinitialisation permet de garder intact le noyau dur du club, de non seulement le maintenir au sein du club, mais aussi de convaincre les vétérans auxquels on tient qu’ils n’auront pas à attendre cinq ou six ans avant d’espérer gagner à nouveau.

Un tel plan demandait une restructuration sur le plan du secteur de développement de l’équipe. L’entraîneur-chef du club-école, Sylvain Lefebvre, en poste depuis six ans, a été congédié. On a embauché des hommes de hockey de la nouvelle vague : Joël Bouchard en remplacement de Lefebvre, Dominique Ducharme derrière le banc avec Claude Julien. Les deux venaient de mener le Canada à la médaille d’or au Championnat du monde junior.

Le Canadien avait une lacune au centre depuis de nombreuses années. L’équipe a repêché Jesperi Kotkaniemi au troisième rang quelques semaines plus tard. Kotkaniemi était l’un, sinon le plus jeune de sa cuvée. On allait être patients, sa sélection s’inscrivait dans un processus qui allait durer au moins trois ans. Mais le jeune Finlandais a surpris les observateurs en obtenant un poste à Montréal dès son premier camp d’entraînement, à 18 ans.

Le capitaine Max Pacioretty a été échangé pour un autre jeune joueur de centre, Nick Suzuki. Une fois de plus, on était prêts à sacrifier le succès à court terme pour s’assurer une éventuelle pérennité.

Il faut être patient, mais surtout très fort, pour maintenir le cap. Surtout quand l’homme derrière la réinitialisation est en poste depuis six ans. Parce que les gens veulent des résultats plus rapidement.

Si un nouveau directeur général avait réalisé ce plan de réinitialisation, l’exclusion des séries en 2019 et la saison difficile de 2020 (avant d’entrer en séries grâce à la pandémie) auraient été acceptées beaucoup plus facilement ; on aurait eu l’impression de vivre les premières années d’un plan de relance.

Mais comme Bergevin était aux commandes de la réinitialisation après quelques saisons difficiles, on pouvait avoir l’impression que le cycle d’insuccès se poursuivait. Or, il n’en était rien, le club progressait lentement, mais sûrement.

Résister à la tentation

Le rôle de Molson est important dans cette opération. Sa patience a permis à Bergevin d’éviter les raccourcis.

Bergevin a résisté à la tentation d’échanger ses meilleurs espoirs pour calmer la grogne. Il a conservé tous ses choix de premier et de deuxième tour. Il a même accumulé des choix. Le Canadien a repêché 13 fois parmi les trois premiers tours depuis la mise en place de son plan de relance, en 2018.

Ses deux jeunes centres, Kotkaniemi et Suzuki, ont acquis une précieuse expérience en séries l’été dernier. Alexander Romanov et Jake Evans ont été intégrés à l’équipe au cours de la même période.

Après trois ans, on a sans doute fait comprendre à Bergevin, ou sans doute l’a-t-il compris lui-même, qu’il fallait des résultats. Une réinitialisation n’est pas une reconstruction, après tout.

Il a entouré ses jeunes de joueurs plus aguerris, sans pour autant sacrifier l’avenir de l’organisation. Jake Allen, Joel Edmundson, Tyler Toffoli, Josh Anderson, Corey Perry, Eric Staal, Erik Gustafsson et Jon Merrill ont coûté Max Domi, deux choix de troisième tour, trois choix de cinquième tour, un choix de septième tour et plusieurs millions.

Malgré l’impact de l’arrivée d’Allen, Edmundson, Perry, Toffoli et Anderson, le Canadien a connu une saison en dents de scie. Bergevin a compris qu’il devait présenter des résultats positifs à son patron cette année. Claude Julien, Kirk Muller et Stéphane Waite ont perdu leur poste. Staal, Gustafsson et Merrill sont arrivés en renfort plus tardivement.

Le Tricolore a néanmoins pris des décisions discutables avant le début des séries. Laisser dans les gradins deux des plus beaux joyaux de l’organisation, Kotkaniemi et Caufield, lors des premiers matchs contre les Maple Leafs a semé l’étonnement et la consternation.

La défense était composée presque exclusivement de joueurs costauds et moins habiles. On a eu le mérite de s’ajuster.

Kotkaniemi et Caufield ont été intégrés en cours de route et ils ont probablement sauvé le poste des membres de la direction. Caufield a préparé le but gagnant de Suzuki en prolongation lors du cinquième match contre Toronto et évité une élimination. Kotkaniemi a marqué en prolongation lors de la rencontre suivante, le troisième de ses quatre buts en séries ce printemps.

Devant le manque d’attaque générée par les défenseurs de l’équipe, on a finalement fait une place permanente à Gustafsson. Celui-ci a trois points en sept matchs depuis le début des séries et il a contribué à relancer l’avantage numérique.

Il faut du cœur, de l’expérience et de la résilience pour gagner en séries éliminatoires. Mais il faut du talent aussi. Le jeu réalisé par Caufield sur le but gagnant de Toffoli lundi soir exige du talent. Un joueur ordinaire n’aurait jamais eu le flair, l’instinct du tueur et la rapidité d’exécution nécessaires pour réaliser un tel jeu.

Et Carey Price, la pièce maîtresse du plan de réinitialisation de Bergevin, fait le reste.

Mine de rien, le Canadien atteint la demi-finale des séries éliminatoires de la Coupe Stanley pour la troisième fois depuis 2010.

Seuls six autres clubs ont réussi l’exploit : les Bruins de Boston, les Blackhawks de Chicago, les Kings de Los Angeles, les Penguins de Pittsburgh et les Sharks de San Jose. Les Golden Knights de Vegas pourraient être les prochains s’ils battent l’Avalanche du Colorado.

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