Alliance de la gauche en France

Quelles leçons pour les progressistes québécois ?

En remportant plus de 130 sièges lors des élections législatives, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) a réussi un tour de force inédit dans la politique française contemporaine.

Depuis 2002, année où le scrutin législatif a commencé à suivre systématiquement l’élection présidentielle, les Français ont toujours donné une majorité absolue au parti du chef d’État après sa victoire. Pour plusieurs observateurs, ce deuxième passage aux urnes n’était ainsi qu’une formalité après le gain d’Emmanuel Macron en avril.

L’alliance insoupçonnée des partis de gauche, notamment La France insoumise, le Parti communiste, le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts, est cependant venue chambouler l’échiquier politique du pays.

Les résultats sont inédits : plusieurs piliers de la coalition présidentielle furent renversés par la NUPES dans ce que plusieurs appellent un « séisme politique ».

Le président de l’Assemblée nationale et plusieurs ministres figurent d’ailleurs au nombre.

Les forces du président Macron ont non seulement perdu leur majorité absolue, elles devront également faire de réels compromis pour attirer les dizaines de députés nécessaires pour l’atteindre. Dans cette nouvelle configuration, la gauche s’est établie comme la réelle opposition.

Il y a de quoi se surprendre de cette conclusion, notamment lorsqu’on se rappelle que les formations de la gauche se livraient une lutte serrée, et parfois vitriolique, à peine quelques semaines plus tôt pour faire élire leur candidat à la tête de l’État.

Rapide genèse de la NUPES

Après des résultats décevants à l’élection présidentielle, où ultimement le centre et l’extrême droite se sont affrontés au deuxième tour, un électrochoc était nécessaire chez les forces progressistes qui devaient éviter à tout prix de perdre à nouveau la face, cette fois-ci dans le renouvellement de l’Assemblée nationale.

C’est dans ce contexte que le chef de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a entrepris de rallier ses adversaires à une cause commune. À la surprise générale, les négociations ont abouti une par une, des terrains d’entente étant atteints après des débats épineux à l’interne. Pour des partis ayant une longue histoire (et ayant déjà goûté au pouvoir dans le cas du Parti socialiste), la pilule fut difficile à avaler, mais leur position de faiblesse exigeait un coup de barre.

Parallèles québécois

En tant qu’écologiste, souverainiste ou sympathisant des causes sociales, il y a de quoi être déprimé par les temps qui courent au Québec.

Prévisions électorales accablantes. Sentiment d’un résultat décidé à l’avance. Existence de voies de passage entre certains partis. Difficile de ne pas tisser de liens avec l’actualité politique de notre côté de l’Atlantique.

Selon toute vraisemblance, Québec solidaire et le Parti québécois, qui portent présentement ces enjeux, devront se battre pour ne serait-ce que maintenir leurs sièges le 3 octobre prochain.

Périodiquement, des démarches de rapprochement ont lieu entre les deux groupes, mais, jusqu’à maintenant, elles ont toujours avorté. Les désaccords entre les deux formations sont bien connus.

On se doute que les questions liées à la laïcité ou au multiculturalisme rendent n’importe quelle convergence difficile pour les membres de certains noyaux durs péquistes ou solidaires.

Force est néanmoins de constater que des tiraillements tout aussi importants, par exemple sur le positionnement de la France en Europe, n’ont pas empêché la conception de la NUPES.

À la vue des causes communes défendues dans les quatre dernières années, il faut reconnaître que beaucoup rassemble les partis de Paul St-Pierre Plamondon et de Gabriel Nadeau-Dubois : transition écologique, renforcement du tissu social, réformes démocratiques, etc. Les deux chefs qui vantaient récemment l’héritage de René Lévesque devraient s’en inspirer.

Le politicien le plus apprécié des Québécois est parvenu à remplir ses objectifs non pas seulement par idéalisme, mais aussi en sachant mettre de l’eau dans son vin. Le regroupement du Mouvement Souveraineté-Association, du Ralliement national et du Rassemblement pour l’indépendance nationale sous une plateforme de compromis en est l’illustration la plus évocatrice. Aujourd’hui, l’exemple français trace la voie vers une démarche similaire.

L’urgence climatique, la crise du logement et les limites imposées à un Québec dans la fédération canadienne exigent amplement une telle réinvention.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.