Relations publiques

Le blanc de la transparence

La couleur des vêtements a son importance quand on prend publiquement la parole lors d’une gestion de crise ou d’image. Dimanche, à Tout le monde en parle, Maripier Morin et son entourage ont fait bon usage du blanc.

Pour son passage à l’émission dominicale de Radio-Canada, Maripier Morin n’a pas enfilé une robe des grands soirs de gala télévisé ni de talons hauts compensés comme dans ses publicités de Buick. Encore moins une blouse mauve laissant paraître son soutien-gorge, comme celle portée en 2017 sur le même plateau, alors qu’elle avait dénoncé les agissements de l’animateur Éric Salvail.

Les mots, dans les circonstances, allant être tout autant scrutés que l’apparence physique, l’animatrice, disparue des radars pendant quelques mois à la suite d’allégations d’agression, de gestes déplacés et de propos racistes, est réapparue devant les caméras sobrement avec un chandail de laine blanc.

« La couleur, ce n’est jamais anodin, explique Martine St-Victor, stratège en communication et fondatrice de Milagro Atelier de relations publiques. Tout est calculé, car il y a un effet. »

Contrairement à son passage en 2017, le maquillage de Maripier Morin était minimal et le choix de bijoux, modeste pour cette entrevue où elle a souligné avoir des dépendances et vouloir s’excuser auprès des personnes blessées par son comportement. « Ce look a été choisi comme pour dire : "je suis dénudée devant vous, voici ma vraie nature", résume Martine St-Victor. Le blanc évoque la propreté, l’ordre, la transparence et un côté : "Je suis une fille simple, comme vous. J’ai moi aussi des imperfections, vous le voyez dans mon visage. Je n’essaie pas de les cacher". »

« Maripier Morin essaie de se refaire une virginité. Elle a pris le blâme. Elle veut faire page blanche. Elle aurait aussi pu arriver en noir, comme pour symboliser le deuil ou le retrait de sa nomination au gala Artis, annoncé par elle dimanche. »

– Mylène Forget, présidente de la firme Massy Forget Langlois relations publiques

L’automne dernier, Verushka Lieutenant-Duval, la professeure de l’Université d’Ottawa plongée dans une tempête après avoir prononcé le mot qui commence par N dans un cours, s’est aussi présentée sur le plateau de Guy A. Lepage vêtue d’un chandail blanc. En 2002, lors d’une entrevue avec Diane Sawyer, la chanteuse Whitney Houston a parlé de sa dépendance à la drogue et de ses années de galère tout de blanc vêtue.

« En 2012, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, s’est rendue au Bangladesh et, lors de sa première sortie, on l’a vue sans maquillage, à part un peu de rouge à lèvres, se remémore Martine St-Victor. C’était surprenant, même rafraîchissant. Ce geste a montré une certaine humanité et adouci l’image de Mme Clinton. Cette humanité est certes aussi ce que Mme Morin voulait vendre. »

Travailler le non-verbal

En gestion de crise et d’image, le choix de couleur a son importance, comme le style de vêtements et les accessoires, car ils complètent le message verbal, selon les spécialistes interviewés par La Presse. « Le non-verbal est tout aussi important », dit Mylène Forget.

Leurs clients sont guidés en ce sens. « Ça fait partie de l’arsenal des outils en communications, explique Mylène Forget. Cela dit, il faut toujours respecter le style de la personne. Si elle est excentrique, on ne la changera pas fondamentalement. On ne veut pas une transformation artificielle. »

La couleur a son importance depuis longtemps, que le client évolue dans le milieu culturel, politique ou des affaires. « C’est dans nos recommandations, indique Mylène Forget. Au même titre aujourd’hui que le fond d’écran lors d’une conférence virtuelle. Une bibliothèque peut accompagner un message très sérieux, par exemple. Il y a une certaine mise en scène. On veut passer le message le plus efficacement possible. »

Choisi au départ parce qu’il faisait froid, le col roulé blanc d’André Caillé porté ensuite de point de presse en point de presse, lors de la crise du verglas de 1998, reste dans la mémoire collective.

« Le col roulé symbolise : on est au travail. Un veston-cravate aurait sous-entendu un patron déconnecté de la réalité. »

– Mylène Forget, présidente de la firme Massy Forget Langlois relations publiques

Dans de tels cas, c’est souvent l’inconscient du téléspectateur qui est interpellé. « En imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF), on voit qu’une couleur n’active pas les mêmes zones du cerveau qu’une autre », note Jean-Gabriel Causse, auteur du livre L’étonnant pouvoir des couleurs.

Le designer et spécialiste des couleurs estime que le vert est la meilleure couleur pour la gestion de crise. « C’est celle de l’équilibre, qui se situe dans le milieu du spectre de couleurs, dit-il. Le vert a une belle perception. Il véhicule tout ce côté zen et serein. C’est aussi le feu vert, le symbole qu’on avance, de la confiance. Chez le notaire, on a longtemps signé sur un couvert vert. Dans les casinos, les tapis de jeux sont verts. Même si le joueur perd beaucoup d’argent, il aura l’impression qu’il pourra se refaire. »

M. Causse rappelle que la politique s’est bâtie sur la couleur. « La première chose qu’on explique est l’importance de celle de la cravate, dit-il. Le rouge indique une volonté d’action, et le bleu, une volonté d’apaiser les choses. Les politiciens le savent. »

De leur côté, les femmes en politique ont intérêt à porter une couleur forte des pieds à la tête, comme Angela Merkel, selon le spécialiste. « Ainsi, quand elles sont prises en photo entourées d’hommes, elles ressortent du lot, remarque-t-il. Elles peuvent aussi de cette façon afficher leur charisme et leur assurance. »

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