Une journée dans la vie d’un…

Camion de cuisine de rue

Incursion dans le quotidien d’un professionnel au métier pas banal. 

Un vendredi ensoleillé en plein cœur du Vieux-Montréal. Tous les ingrédients étaient réunis pour que la journée de la Boîte à fromages, un camion de cuisine de rue qui se spécialise dans la raclette, soit fort chargée. Notre journaliste est montée à bord de la petite cuisine mobile, sans trop marcher sur les pieds des cuisiniers.

9 h 45

Alexandra Bonnet, propriétaire de la Boîte à fromages, et James Loye, son mari, sont prêts à prendre la route. Le camion part de leur maison unifamiliale à Greenfield Park en route vers l’emplacement du jour : la basilique Notre-Dame. Avec le beau temps et l’approche du week-end, James s’attend à servir au moins 80 clients. Alexandra souhaite un minimum de 90 clients.

10 h 15

Le camion arrive devant la place d’Armes. « James, recule un peu ! C’est bon quand les gens nous voient de la rue Notre-Dame et de la basilique », s’exclame Alexandra. Daphnée Clément et Julien Martel, deux cuisiniers de la Boîte à fromages, sont à l’heure. Ils attendent que le camion s’immobilise pour y monter et commencer leur mise en place.

10 h 17

Tout a été réfléchi lors de la transformation de cet ancien véhicule d’Hydro-Québec en camion de cuisine de rue. Lorsqu’il est en mouvement, tout doit tenir en place, comme dans un avion. Mais maintenant que le camion est garé, Alexandra et son équipe sont prêtes à défaire ce qu’elles appellent « le Tetris ».

10 h 30

Alexandra attribue quelques tâches à Daphnée et Julien. Comme tout le monde sait ce qu’il a à faire, les trois cuisiniers travaillent dans l’espace confiné sans se marcher sur les pieds. « On doit s’aimer dans le camion, sinon ça va mal », nous dit Alexandra. Pendant ce temps, un pan du tableau sur lequel est affiché le menu se brise. James trouve du ruban adhésif. « Dans un food truck, le Duck Tape, c’est toujours utile ! », déclare-t-il.

10 h 45

Julien fait sauter les pommes de terre. Daphnée prépare les salades de pastèque et de feta. Alexandra réchauffe le bœuf effiloché, les champignons et les pommes caramélisées. Un touriste s’approche du camion et demande : « What’s raclette ? » Cette question, les touristes seront nombreux à la poser durant la journée.

11 h 00

À l’aide de son téléphone intelligent, Alexandra indique le positionnement de la Boîte à fromages et publie une photo du camion sur Facebook, Twitter et Instagram.

11 h 15

Une première cliente passe sa commande. James entre son choix sur une tablette et la commande est envoyée directement aux cuisiniers, à l’arrière. Or, la fondue au fromage, un nouveau plat à l’essai, n’est pas tout à fait prête. Alexandra propose une solution à la cliente.

11 h 30

Une file d’attente commence à se former devant le camion. Alexandra avait prévu vendre environ 10 fondues au fromage, mais elle révise le compte à la hausse. Pour réchauffer la fondue au fromage dans le four à micro-ondes, elle doit débrancher le réchaud quelques minutes, sans quoi la génératrice risque de sauter.

11 h 35

La première cliente du jour est de retour. « Merci, c’était vraiment bon ! Je pense que je vais goûter à votre salade », dit la jeune femme comblée.

11 h 52

Pendant un répit, Alexandra appelle Jean-Pierre, le chef du restaurant Tonnerre de Brest. Comme tous les camions de cuisine de rue de Montréal, la Boîte à fromages doit posséder une cuisine commerciale pour la préparation de son menu. Alexandra commande 10 kg de champignons cuits, assaisonnés et emballés sous vide. Elle passera les chercher dans trois jours.

12 h 00

Les travailleurs sortent des immeubles de bureaux et ça paraît. Une file d’attente d’une dizaine de personnes se forme devant le camion et elle ne diminuera pas pendant la prochaine heure. Daphnée et Julien préparent les commandes tandis qu’Alexandra applique la touche finale : elle dépose le fromage fondu sur les pommes de terre chaudes.

13 h 10

La période de pointe semble déjà terminée. Jusqu’à maintenant, la Boîte à fromages a servi 70 clients.

13 h 25

Alexandra reconnaît Louis, un habitué. Ce dernier a visité la page Facebook de la Boîte à fromages pour trouver le camion de cuisine de rue. L’été dernier, il a mangé 15 fois à la Boîte à fromages. « Si j’ai envie de manger de la raclette, ce qui arrive souvent, je cherche le camion », explique-t-il.

13 h 45

Comme à tous les dîners, Alexandra offre le repas à ses employés. À la place d’Armes, un seul camion de cuisine de rue est autorisé. Ailleurs, lorsqu’il y en a plus d’un, les employés en profitent pour échanger des plats et goûter à la cuisine des autres.

14 h 00

Le lunch est terminé. Tout le monde s’affaire à nettoyer le camion pour refaire le Tetris.

14 h 20

Tout en rangeant la cuisine mobile, Alexandra et James font le bilan. Au total, ils ont servi 94 clients.

15 h 00

Le camion est propre. Le Tetris est terminé. Alexandra vérifie l’horaire des prochains jours avec Daphnée et Julien avant de reprendre la route avec James. À la sortie du pont Jacques-Cartier, le couple s’arrête pour faire un plein de diesel.

15 h 45

La Boîte à fromages s’arrête dans l’entrée de la maison de Greenfield Park. Alexandra jette l’eau qui a servi à faire la vaisselle. Elle remplit ensuite le réservoir pour le lendemain. James branche le camion sur le réseau électrique de leur résidence. De cette manière, les réfrigérateurs restent froids et n’ont pas besoin d’être vidés.

16 h 00

Pendant que les enfants sont encore à la garderie, Alexandra remplit les réfrigérateurs du camion. Demain, la Boîte à fromages est réservée pour un anniversaire de mariage par un groupe de 80 personnes. Elle a besoin d’au moins 18 sacs de pommes de terre, qui ont été préparés par le restaurant Tonnerre de Brest. Les emballages sous vide sont conservés dans les trois congélateurs et le réfrigérateur au sous-sol de la maison d’Alexandra.

18 h 00

Alexandra et James soupent en famille. Après quelques tentatives, la Boîte à fromages a conclu que ce n’était pas rentable de se déplacer au centre-ville de Montréal en soirée.

21 h 00

Les enfants couchés, Alexandra en profite pour jeter un coup d’œil à ses courriels. Avant de fermer l’œil, elle visite les réseaux sociaux pour voir, une dernière fois, ce qui s’est dit sur la Boîte à fromages durant la journée.

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