COVID-19

Les tests rapides pourront être utilisés de façon « prudente » au Québec

Québec — Le million de tests rapides de dépistage de la COVID-19 qui dorment sur les « tablettes » au Québec sont en voie d’être utilisés de façon « prudente ». Un comité d’experts créé par le gouvernement Legault recommande de déployer progressivement, dans certaines circonstances, ces tests qui « peuvent avoir une place de choix dans le contrôle de la pandémie ».

Selon son avis transmis à Québec cette semaine, que La Presse obtenu, ces tests pourraient être utilisés dans une résidence pour aînés où un cas a été confirmé, dans des régions isolées, dans les cliniques de dépistage afin de poser un diagnostic en particulier chez les enfants présentant des symptômes, dans les milieux de travail et les centres d’hébergement de personnes âgées en situation d’éclosion majeure et lorsque les laboratoires d’analyses des tests conventionnels sont débordés.

Il n’est pas question de recourir à ces tests pour faire une opération massive de dépistage. Ainsi, leur utilisation dans les écoles, les entreprises ou au sein de la population en général fait partie des « scénarios possibles, mais non priorisés » par le comité. Celui-ci « croit toutefois que ces scénarios pourraient faire l’objet d’une évaluation subséquente avant d’être entièrement rejetés ».

Le gouvernement Legault a créé ce comité afin de le guider dans l’utilisation des tests rapides homologués par Santé Canada, qui permettent d’obtenir un résultat en 15 minutes ou moins. Il en a reçu 1,3 million du gouvernement fédéral, et un million supplémentaire est attendu. Ottawa déplore que Québec ne les utilise toujours pas (sauf dans quatre régions, mais à très petite échelle). Le Parti libéral du Québec talonne le gouvernement Legault à ce sujet depuis des semaines et réclame que les tests rapides soient utilisés dans les écoles notamment.

Il y a deux types de technologie en matière de tests rapides, l’un qui est basé sur l’amplification des acides nucléiques (le test ID NOW), l’autre qui détecte les antigènes, soit les protéines de surface du virus responsable de la COVID-19 (les tests Panbio et BD Veritor Plus System).

Le comité souligne que les technologies de ces tests rapides « sont moins performantes que les tests offerts en laboratoire » que l’on utilise depuis le début de la pandémie.

« [Ces tests] pourraient ne pas diagnostiquer jusqu’à 30 % des personnes infectées [produire un résultat faux négatif], mais aussi engendrer un diagnostic en l’absence d’infection par le virus [faux positif], en particulier lorsque la prévalence de la maladie dans le groupe testé est faible. »

— Extrait de l’avis du comité d’experts

Le comité rappelle que, pour cette raison, les tests conventionnels analysés en laboratoire doivent « demeurer le test de choix pour la gestion de la COVID-19 ».

« Toutefois, ajoute-t-il, ces technologies rapides présentent l’avantage de fournir des résultats immédiats. Déployés de façon intelligente et prudente, ces tests diagnostiques rapides peuvent avoir une place de choix dans le contrôle de la pandémie. »

Ainsi, le comité « recommande de déployer les tests rapides dans des contextes précis qui répondent à un ou plusieurs critères ». Par exemple lorsque les tests utilisés actuellement « ne sont pas suffisamment disponibles ou [que] les délais d’obtention des résultats dépassent 48 heures après le prélèvement ». Lorsque « la probabilité d’un résultat positif, selon le contexte épidémiologique, est connue ». Ou encore lorsque les tests rapides sont susceptibles d’« accélérer la prise en charge par la Santé publique des éclosions, des cas contagieux et de leurs contacts dans la communauté ».

ID NOW

Pour le test ID NOW, le comité propose de le « déployer progressivement de la façon suivante :

« Dans les régions mal desservies par les appareils [actuels], soit par absence de laboratoire ou par manque de réactifs pour les autres appareils disponibles ou lorsque les délais pour l’obtention des résultats nuisent aux objectifs de santé publique ;

« Dans les cliniques désignées de dépistage ou d’évaluation, notamment dans les régions où les capacités des laboratoires sont déjà en surcharge et où le volume d’usagers garantit une utilisation optimale de ces appareils ;

« Pour des équipes dédiées à la gestion des éclosions dans les milieux de vie pour personnes âgées, à condition que les appareils se révèlent suffisamment résistants. »

Panbio et BD Veritor Plus System

Pour les tests Panbio et BD Veritor Plus System, « les scénarios de déploiement proposés se font :

« Pour accélérer le transfert des usagers vers les milieux de vie lorsque les délais pour les résultats des tests [conventionnels] dépassent 12 heures ;

« Auprès de clientèles marginalisées et en rupture sociale qui ne fréquentent pas les ressources du réseau de la santé et des services sociaux ;

« Lors d’éclosions majeures en milieux de travail et en milieux de vie pour personnes âgées ;

« Lorsque la demande dépasse les capacités d’analyses des laboratoires, et ce, malgré le déploiement optimal des ID NOW. »

Des bénéfices malgré leurs limites

Le comité se fait précautionneux en précisant que « les tests rapides doivent faire l’objet de validations technique et clinique préalables avant leur déploiement ». Il en reconnaît néanmoins les bénéfices malgré leurs limites. « La rapidité à prendre en charge [les] personnes positives et à mettre en isolement préventif leurs contacts » qu’il est possible d’obtenir avec ces tests peut en quelque sorte « compenser […] la proportion de personnes infectées non diagnostiquées en raison de la faible performance du test ». « Le comité croit qu’il y a probablement des gains à offrir un test rapide en captant plus rapidement les cas et leurs contacts », peut-on lire.

Dans le cas des écoles, le comité convient que « certains avancent que tester les élèves en milieu scolaire avec des tests rapides pourrait permettre de déterminer plus rapidement la présence ou non d’éclosions ». Mais il soulève des « enjeux opérationnels » liés à une telle opération.

« Les délais nécessaires pour obtenir le consentement des parents avant de procéder au test et la disponibilité de ressources professionnelles pour faire les tests ont été évoqués comme frein à une telle approche. »

« De plus, la situation dans les écoles semble sous contrôle et assez bien comprise. De plus en plus d’écoles sont relativement autonomes dans l’application des consignes et devancent même la Santé publique lorsqu’un cas leur est déclaré. Certains croient que d’ajouter une couche de complexité à la gestion des classes selon différents résultats de tests risque d’occasionner un recul dans la fluidité et l’efficacité de la gestion actuelle des cas. [...] Le comité ne priorise donc pas le recours aux tests rapides dans les écoles, mais […] un projet de recherche vise à valider l’approche. »

Le comité est composé d’experts de l’Institut national de santé publique du Québec, de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux, du réseau de la santé, des directions régionales de santé publique et de représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux.

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