Chronique

À mi-campagne…

Pour qu’il y ait un revirement de situation, dans une campagne qui semblait réglée comme du papier à musique, il faut deux choses : un premier ministre sortant sur la défensive et le chef d’un des partis de l’opposition qui décolle vraiment.

À mi-campagne, on a le premier élément, mais pas le deuxième. On l’a vu au débat, François Legault doit défendre un bilan, et il n’est pas très habile à jouer en défense. Même s’il devait s’y attendre et s’être préparé en conséquence, il avait vraiment l’air de souhaiter passer sa soirée ailleurs.

Mais le vote d’opposition étant divisé en quatre dans un système électoral conçu pour le bipartisme, M. Legault peut perdre encore des appuis et encore triompher au nombre de sièges à l’Assemblée nationale.

Il reste que le débat et ses suites auront fragilisé M. Legault sur certaines de ses promesses phares. Par exemple, il pourra répéter sur tous les tons que le troisième lien entre Québec et Lévis est une nécessité et une évidence, il est étrange d’apprendre de la bouche du premier ministre qu’il n’y a aucune étude sur le projet. « Lâchez-moi avec les études », dira sous peu l’un des candidats-vedettes de la CAQ !

Même malaise à propos des maisons des aînés. Parce qu’à un coût d’entre 800 000 $ et 1 million de dollars par chambre, on ne peut pas parler d’une solution qui soit durable, comme on dit « développement durable ».

Quand M. Legault dit « il n’y a rien de trop beau pour nos personnes âgées », on ne peut que constater que ce sera le cas pour quelques-unes et que les autres devront rester dans l’un des CHSLD vieillissants où on recommence à placer plusieurs personnes par chambre.

Comme quoi, ce ne sont pas toujours les attaques des partis de l’opposition qui font mal au gouvernement, ce sont souvent ses propres politiques.

Mais à moins d’un improbable effondrement de la CAQ au cours des deux prochaines semaines, le gouvernement devrait être réélu, même si c’est avec un appui sous les 40 %.

C’est parce que, depuis le début de la campagne, les partis de l’opposition ont, eux aussi, connu leur part d’erreurs.

Il est difficile de se présenter comme un gouvernement en attente, compétent et prêt à gouverner, quand on fait une erreur de 16 milliards de dollars dans son cadre budgétaire.

Et c’est encore plus grave pour la perception que peut en avoir le public quand la cheffe libérale Dominique Anglade essaie depuis des semaines de convaincre un électorat quelque peu sceptique que les libéraux sont le parti de l’économie.

En fait, le principal problème des libéraux cette année est effectivement son identité. Pendant des années, le PLQ ne fut pas tant le parti de l’économie que celui du fédéralisme. Depuis que l’opposition souverainiste-fédéraliste ne définit plus la politique québécoise, le PLQ se cherche et n’a pas encore trouvé sa voie.

Et surtout, pour parler de cette campagne électorale, elle n’a pas trouvé l’idée qui ferait que les électeurs poseraient un nouveau regard sur un parti qu’ils étaient contents de renvoyer dans le purgatoire de l’opposition, il y a quatre ans. Et ce n’est pas l’hydrogène vert qui va changer ce regard.

Québec solidaire fait ouvertement campagne pour remplacer les libéraux comme opposition officielle. Un objectif difficile dans le contexte où les libéraux ont encore suffisamment de châteaux forts dans les circonscriptions à majorité anglophone.

Mais cet objectif s’est encore plus éloigné quand Québec solidaire a présenté une proposition de taxe, de nature plus idéologique que fiscale, qui signifiait pour bien des citoyens de classe moyenne – comme les propriétaires qui ont un régime de retraite – qu’ils étaient des millionnaires qui devaient être taxés sur leur « fortune ».

Dommage pour Gabriel Nadeau-Dubois, qui montre de grandes qualités dans cette campagne et pouvait prétendre au titre de recrue de l’année.

L’autre prétendant à ce titre, Paul St-Pierre-Plamondon, a été excellent dans le débat de jeudi soir, en particulier sur la question du français, où il a réussi à placer le premier ministre sur la défensive. Mais pour le PQ, la question essentielle reste entière : est-ce que ce sera suffisant pour ramener les électeurs qui se disent toujours souverainistes, mais qui ont l’intention de voter ailleurs ?

Quant à Éric Duhaime, il a montré sa vulnérabilité en attaquant François Legault sur sa gestion de la pandémie. Comme s’il lui fallait rallier le noyau dur de sa base après une semaine perdue à s’expliquer – et plutôt mal que bien – sur ses taxes et factures impayées.

Les pires blessures, en politique, sont celles que l’on s’inflige soi-même. Ses adversaires ont été sages de ne pas en remettre au débat. Les prochains sondages devraient d’ailleurs montrer que l’ascension du Parti conservateur a été stoppée. Et par M. Duhaime lui-même.

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