Négociations avec le secteur public

Québec met la pression sans bonifier son offre

François Legault souhaite accentuer la cadence des négociations avec les syndicats du secteur public et conclure une entente avec eux « d’ici deux à trois semaines ».

C’est ce qu’il a dit espérer dimanche, à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de plusieurs organisations syndicales, sans toutefois bonifier l’offre de Québec.

La pandémie « rend encore plus nécessaire de tourner la page », a dit en conférence de presse le premier ministre, qui était accompagné de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel. Les conventions collectives de 550 000 travailleurs de l’État sont échues depuis mars 2020.

« Personne ne pourra m’accuser de ne pas avoir été patient », a-t-il lancé, tout en précisant que la rencontre avec les représentants syndicaux s’était « bien déroulée », selon lui.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ont participé aux discussions.

« On est au bout de la capacité de payer des Québécois. Je pense que c’était important de le dire clairement aux chefs syndicaux : même si vous continuez pendant six mois, pendant un an, il n’y en aura pas plus d’argent. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Selon la ministre LeBel, une loi spéciale est, pour l’instant, écartée. « On n’est pas rendus là », a-t-elle assuré.

Des limites aux ententes distinctes

Pour la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, il est important que les négociations se terminent au plus vite, pour éviter que le réseau de la santé ne perde d’autres employés. Mais les demandes des syndicats doivent êtes entendues.

Dans sa plus récente offre présentée le 31 mars dernier, Québec a maintenu sa proposition de 5 % sur trois ans, mais avec une majoration possible de 1 % si l’inflation dépasse le seuil de 5 % et si la croissance prévue par le gouvernement se concrétise.

Le gouvernement propose en outre une augmentation de 23 % de la rémunération des préposées aux bénéficiaires dans les CHSLD, de même qu’une augmentation de 18 % de la rémunération des enseignants à l’entrée. Québec prévoit aussi ajouter 14 000 postes dans le réseau de la santé.

Cependant, « il n’y a rien de nouveau » dans ces propositions, déplore la présidente de l’APTS, Andrée Poirier.

« J’aime ça quand mon premier ministre me convoque le dimanche après-midi pour me jaser. J’aime encore mieux quand mon premier ministre jase avec les négociateurs patronaux et leur donne de véritables mandats aux tables de négociations. Et ça, ce n’est pas vraiment arrivé dans le cadre des négociations actuelles », a renchéri le président de la FTQ, Daniel Boyer.

M. Legault estime que les propositions de son gouvernement sont « historiques », puisqu’elles sont différentes selon les secteurs.

Les représentants des syndicats croient toutefois que les ententes distinctes font « de grands oubliés » et sont inéquitables.

« Une école sans secrétaire, ça ne marche pas. Et si une salle d’opération n’est pas entretenue, on ne peut pas opérer, même si on a des médecins », a lancé Caroline Senneville, de la CSN, pour qui les travailleurs du secteur public forment une « équipe ».

Les membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ont voté à 88 % en faveur d’une entente de principe avec le gouvernement provincial, vendredi. Sonia LeBel a tenu à préciser qu’« on n’aura pas deux classes d’enseignants au Québec » et que des ententes similaires seront conclues avec les autres groupes d’enseignants.

Une entente sectorielle a déjà été conclue avec la FIQ. La présidente du Conseil du trésor déplore toutefois que l’entente ne soit pas entièrement conclue, ce qui empêche son application.

« C’est encore plus criant dans la période de la pandémie que les ententes pour les conditions de travail se fassent appliquer sur le terrain pour aider les gens au front tous les jours », a déclaré Mme LeBel.

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