Jour 2

Une bonne dose de plaisir

Pour leur deuxième soirée, les Francos de Montréal ont opté vendredi pour la décontraction et la légèreté, avec en tête d’affiche Bleu Jeans Bleu et leurs invités ainsi que Cœur de pirate. Compte rendu d’une soirée qui a insufflé toute une dose de joie de vivre à la ville.

Bleu Jeans Bleu

S’il y a un remède efficace contre le blues du variant Delta, c’est bien un spectacle de Bleu Jeans Bleu. On peut certainement compter sur Claude Cobra et sa bande pour nous faire rire beaucoup et rocker la place. Il ne faut pas non plus sous-estimer le plaisir réparateur de crier très fort « Parking de centre d’achat » dans une foule, ni le bonheur simple d’allumer les lumières de nos téléphones pendant une chanson intitulée Petit pouding. Effets pyrotechniques, projections sur les murs de la Place des Arts, BJB n’a pas lésiné sur les moyens pour nous faire oublier l’ordinaire.

Pour cette « carte bleue » formidablement festive, le groupe a même convoqué Lisa LeBlanc pour une explosive interprétation de L’homme-sandwich en collants, et Les Louanges, qui a joué le jeu de Bleu Jeans Bleu sur Achetez donc nos records avec swag et désinvolture.

Leur album Perfecto, qui les a fait connaître, est peut-être sorti en 2019, mais Bleu Jeans Bleu est définitivement adopté, on l’a senti sur une place des Festivals remplie et vibrante malgré les sections délimitées, et dans l’accueil de la foule qui s’est régalée pendant toute l’heure de ce spectacle joyeux et sans temps mort.

Quand les deux derniers invités sont le très hype KNLO (en duo sur Coton ouaté) et nulle autre que Nathalie Simard, venue interpréter Tourne la page avec un entrain irrésistible, c’est signe aussi que le groupe ratisse large et qu’il fait l’unanimité partout. Pour le dernier spectacle en festival de la tournée Perfecto, Bleu Jeans Bleu s’est offert tout un cadeau, et a donné au public un moment de bonheur pur. C’est ce qu’on appelle de la générosité, et on en a bien besoin.

Cœur de pirate

À l’opposé de ce qui se passait sur la place des Festivals avec Bleu Jeans Bleu, l’ambiance était au recueillement un peu plus tôt sur l’autre scène extérieure des Francos située de l’autre côté de la Place des Arts, le Parterre symphonique, où Cœur de pirate présentait les pièces de son album instrumental récemment sorti, Perséides. Interprétés avec deux musiciens – violoncelle et guitare –, ses morceaux pleins de grâce et de légèreté ont réchauffé l’espace, malgré la fraîcheur de la nuit qui s’installait sérieusement. Rayonnante, l’autrice-compositrice-interprète n’a pas caché son émotion lorsqu’elle s’est adressée au public attentif. « Après 18 mois, on ne pensait plus que ça allait se passer… C’est un moment magique de voir Montréal qui se rallume. Merci de le partager avec moi. » Opérée récemment aux cordes vocales, la chanteuse dit être « bien guérie » et a inclus, ô surprise, six chansons intercalées entre les pièces instrumentales. « Ce spectacle vous appartient. Vous pouvez méditer, écouter, c’est nice, faire la sieste et je vous réveillerai à la fin… » Dormir, il n’en était pas question, mais se laisser bercer longtemps par la bienveillance de la musicienne qui apportait un apaisement joyeux et intime dans la soirée, certainement. Un moment de beauté dont on se souviendra longtemps.

Robert Robert

Les gens qui font la fête / Sans sa casser la tête / Faites de la place pour eux. Il n’y avait certainement rien de mieux pour démarrer cette belle soirée de fin d’été que le groove joyeux et entraînant de Robert Robert. Fort de sa réputation de réalisateur de musique électro, et avec en main un excellent premier album en tant qu’auteur-compositeur-interprète lancé au début de l’été, Silicone Villeray, Robert Robert a attiré sur la scène du Parterre symphonique une foule jeune et branchée, qui attrapait les derniers rayons de soleil de la journée en se dandinant. Flegmatique et sautillant doucement sur place, entouré de vrais musiciens au clavier et à la batterie et enveloppé par des rythmes électros, Robert Robert n’a pas raté sa rentrée aux Francos, pleine de joie de vivre et de chaleur. On a hâte de le revoir dans la fébrilité d’une salle.

Nikamu Mamuitun

C’était bien émouvant de voir la bande de Chansons rassembleuses, formée il y a trois ans autour de Florent Vollant, se produire sur la grande scène de la place des Festivals en début de soirée. Ce magnifique projet, qui rassemble huit artistes autochtones et allochtones, en a fait du chemin depuis ses premières prestations au Festival de Petite-Vallée, avec notamment un album lancé en 2019. En écoutant les Matiu, Karen Pinette-Fontaine, Scott Pien-Picard et compagnie chanter devant un public souriant, en entendant le français et l’innu se rencontrer et s’envoler au-delà des gratte-ciel du centre-ville, en voyant les gens faire avec entrain la festive danse en rond pendant la chanson finale, le tout dans une ambiance bienveillante et joyeuse, on s’est dit que le mot rassembleur n’a jamais été si bien porté.

Jérôme 50

Les éclats du coucher de soleil se reflétaient dans les vitres des immeubles pendant que le chilleur de Québec donnait sa très sympathique prestation sur la scène du Parterre symphonique. Jérôme 50 a accueilli les spectateurs dans son camp de jour bien spécial, un concept qu’il traîne depuis déjà quelques années, mais qui est toujours aussi efficace. Entre ses comptines détournées, ses bouts de refrains à répondre et ses chansons bien enfumées, il entraîne le public dans son univers tout au ralenti, ode à la lenteur et aux plaisirs interdits (ou pas !). On danse sur Chaise musicale, on hoche la tête tranquillement, pendant 1, 2, 3, 4, on apprécie la nouvelle chanson interprétée avec la très talentueuse Ariane Roy, et on profite de ce moment de décontraction totale avec celui qui en est le roi, mais qui sous des dehors désinvoltes maîtrise son univers de manière fort efficace.

P’tit Belliveau

En milieu de soirée, P’tit Belliveau a dispersé une bonne dose de plaisir sur la place des Festivals. C’est que la nonchalance de l’Acadien originaire de Baie-Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse n’est qu’une apparence : derrière son t-shirt trop long et ses éternels Crocs, Jonah Guimond est une véritable bête de scène, un as du banjo et un entertainer hors pair. « Allez-vous freaking chanter avec nous ? », a-t-il lancé entre deux chansons. Si sur disque son bluegrass est davantage métissé de sons électroniques, la version scénique est plus portée par les guitares et les banjos, plus lourde aussi, mais toujours aussi irrésistible, un véritable train qui fonce jusqu’au bout du spectacle devant une foule ravie. P’tit Belliveau a évidemment terminé sa prestation avec son grand hit Income tax return, moment jubilatoire et exutoire pour chaque personne présente. « J’fais rinque d’avoir mon income tax return / Tonight the party never ends… » On peut compter sur lui en effet pour que la fête lève, et la table était plus que bien mise pour Bleu Jeans Bleu une heure plus tard. Vraiment, une soirée tout en petits plaisirs et en grands sourires, portée par des artistes éclatants à la générosité contagieuse. Vendredi soir, les Francos auront vraiment fait leur travail de ramener un peu de joie dans le cœur des amateurs de musique.

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