Remaniement à Ottawa

Garneau aux Affaires étrangères

L’actuel chef de la diplomatie canadienne, François-Philippe Champagne, dirigera le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie

Ottawa — Alors que des élections fédérales pourraient avoir lieu cette année, le premier ministre Justin Trudeau procédera mardi matin à un remaniement ministériel qui fera bouger deux ministres influents du Québec : François-Philippe Champagne et Marc Garneau.

Marc Garneau quittera le ministère des Transports, qu’il dirige depuis 2015, afin de prendre la tête du ministère des Affaires étrangères. L’actuel chef de la diplomatie canadienne, François-Philippe Champagne, se verra confier le mandat de diriger le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, ont confirmé à La Presse des sources libérales dignes de foi.

Selon nos informations, Justin Trudeau a décidé de procéder à ce remaniement « mineur » après avoir été informé par le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains, qu’il ne briguerait pas les suffrages aux prochaines élections pour des raisons familiales.

Père de jeunes adolescentes, M. Bains compte siéger à titre de simple député à la Chambre des communes encore quelques mois avant de faire le saut dans le secteur privé, a-t-on indiqué lundi soir.

M. Trudeau a décidé d’accorder au député de Mississauga-Centre, Omar Alghabra, une promotion en le nommant ministre des Transports. Considéré comme un proche de M. Trudeau, M. Alghabra occupait d’ailleurs le poste de secrétaire parlementaire du premier ministre (renouvellement de la fonction publique), de la vice-première ministre Chrystia Freeland et du ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc.

Des sources libérales ont insisté lundi soir pour dire que ce remaniement ne signifie pas que des élections fédérales sont imminentes. « Ce n’est pas un remaniement politique en prévision du déclenchement d’une élection », a-t-on insisté. Mais selon les calculs des stratèges libéraux, un scrutin fédéral au printemps ou à l’automne apparaît tout de même comme le scénario que doit privilégier le premier ministre s’il souhaite obtenir un autre mandat des électeurs.

En coulisses, on estime que la décision du premier ministre de confier à Marc Garneau le ministère des Affaires étrangères est tout à fait logique.

« Marc Garneau est un gage de stabilité au moment où les relations canado-américaines seront encore au premier rang des priorités du gouvernement. Il connaît très bien les États-Unis. C’est un ministre qui a toujours livré la marchandise. »

— Une source libérale, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat

Depuis le retour des libéraux au pouvoir, en 2015, Justin Trudeau a souvent fait appel à Marc Garneau pour « éteindre des feux », même quand cela ne relevait pas de son ministère. À titre d’exemple, c’est lui que le premier ministre a dépêché pour calmer la grogne au Québec alors que l’on assistait à une augmentation du nombre d’immigrants qui traversaient la frontière canado-américaine d’une manière irrégulière en utilisant le chemin Roxham, près du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, en 2018.

M. Garneau quittera les Transports alors que des décisions importantes sont attendues dans le secteur aérien, entre autres choses. Les transporteurs aériens et l’industrie aéronautique réclament notamment une aide spécifique à leur secteur, durement touché par la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19.

M. Garneau devait aussi statuer sur l’offre d’achat d’Air Transat par Air Canada – un dossier qui doit être approuvé par le cabinet dans son ensemble au cours des prochaines semaines.

Mais dans les rangs libéraux, on estimait inévitable son ascension au ministère des Affaires étrangères, compte tenu de sa longue feuille de route sans faute au cabinet et de ses connaissances des dossiers liés aux affaires étrangères.

Pour sa part, François-Philippe Champagne se voit muter à un ministère à saveur économique après avoir dirigé la diplomatie canadienne avec doigté pendant un peu plus d’un an dans un contexte difficile en raison de la pandémie.

Au fil des mois, M. Champagne a été saisi de plusieurs dossiers complexes, notamment l’écrasement du vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines, abattu par deux missiles sol-air tirés par les Gardiens de la Révolution islamique iranienne peu après son décollage de l’aéroport de Téhéran.

L’écrasement de l’avion avait tué les 176 personnes à bord, dont la moitié étaient des citoyens canadiens ou des résidents permanents.

C’est également sous la houlette de M. Champagne que le Canada a essuyé un deuxième échec en 10 ans alors que le gouvernement Trudeau tentait d’obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, l’été dernier.

Dans les rangs libéraux, M. Champagne est considéré comme un candidat potentiel dans une éventuelle course à la direction du Parti libéral du Canada, une fois que Justin Trudeau aura décidé de passer le flambeau. Mais la ministre des Finances, Chrystia Freeland, qui a également été ministre des Affaires étrangères et a réussi à renégocier avec succès l’Accord de libre-échange nord-américain avec l’administration Trump et le Mexique, sera aussi sans doute sur les rangs.

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