Carte blanche Juste pour rire

Rosalie Vaillancourt n’a peur de rien

La première expérience à l’animation d’un gala par Rosalie Vaillancourt peut se résumer en deux mots : percutant et hilarant. Entourée d’un groupe d’humoristes aux propositions variées, c’est Vaillancourt qui a brillé le plus, bien que plusieurs numéros aient contribué à faire du premier de deux galas de suite une réussite.

Rosalie tient le coup (et fait sa grande annonce !)

Cette première animation d’une Carte blanche était l’occasion pour Rosalie Vaillancourt de montrer qu’elle a plus à offrir que certains pourraient le croire. Qu’elle aime le ridicule, faire résonner sa voix stridente, faire des blagues de pénis… mais pas seulement. Rosalie a vieilli, elle est plus mature, elle est fiancée… et elle est enceinte ! Après un très solide segment concernant sa tentative de concevoir un enfant depuis plus d’un an, dans son numéro d’ouverture, elle en a fait l’annonce en soulevant sa robe et montrant son ventre arrondi par quatre mois de grossesse. Il a été rafraîchissant d’entendre parler de fertilité durant un numéro d’humour. Rosalie Vaillancourt ne tourne aucunement le dos au style qui la définit si bien, qui flirte toujours avec les limites du malaise. Mais les thèmes de ses gags eux-mêmes ont évolué. Elle a proposé mercredi un humour plus grand public, dont la prestation a été globalement bien maîtrisée à part pour quelques accrocs, que son style lui permet toujours de faire mieux passer. Le ridicule ne tue pas, Rosalie Vaillancourt en est la preuve, elle qui l’exploite de la meilleure des manières.

Les étoiles de la soirée

Prenez maintenant la belle folie de Rosalie et ajoutez-y la tordante répartie de son amie et meilleure alliée sur scène, Katherine Levac. Vous obtenez alors l’un des numéros les plus réussis de la soirée, un dialogue entre ces deux femmes enceintes qui chacune tente de prouver que sa grossesse est plus spéciale que celle de l’autre. Ce duo d’amies loufoques sait fabriquer des conversations humoristiques entre l’absurde et l’attendrissant. Le timing était impeccable, jusqu’à ce que Rosalie Vaillancourt s’emmêle de nouveau les pinceaux. Kat Levac a alors eu la bonne idée de déclarer que le fait qu’elles soient enceintes rendrait sûrement le public plus indulgent, même si elles étaient aussi « poches » il y a deux ans et n’avaient pas cette excuse alors.

Le moment fort

Hormis Rosalie Vaillancourt (avec ou sans Katherine Levac), c’est Anas Hassouna qui a le plus fait rire le public de la salle Wilfrid-Pelletier. Tout comme l’hôtesse de la soirée, Hassouna a mûri. Il a quant à lui abordé ce dont il a pris conscience avec l’âge, notamment son manque de moyens, le poids de la solitude et la difficulté à rencontrer de nouvelles personnes. Il a été hilarant lorsqu’il a parlé de la façon dont les couples de belles personnes ont bien moins de chances de survie que « les couples de laiderons ». L’humoriste de 27 ans s’est aussi engagé sur le sujet sensible de la violence faite aux femmes en parvenant à ne pas tomber dans le mauvais goût. Cela lui a permis de soulever à quel point les hommes étaient « problématiques », le meilleur moment de son (trop court) numéro. On en aurait pris plus.

Le point faible

Le gala de mercredi n’a pas été parfait. Après un Simon Delisle toujours très drôle et avant une Michelle Desrochers solide, le vétéran Daniel Lemire – « un petit nouveau dans l’humour », « mon petit protégé », a annoncé Rosalie Vaillancourt – a présenté un segment qui revenait sur la dernière année, du confinement au racisme en passant par Trump et les scandales sexuels. Malheureusement, les rires et les applaudissements ont été plutôt timides, alors que certaines blagues sont carrément tombées à plat. Un autre pour lequel le passage dans le gala de Rosalie Vaillancourt a été un peu plus compliqué : Nic Audet, dont le tout premier gag a été accueilli par un silence total. Il a toutefois réussi à soutirer plusieurs éclats de rire au public, bien qu’il soit un peu trop souvent tombé dans les clichés durant son numéro sur les différences entre les gens plus jeunes et ceux plus vieux que lui.

Le verdict

« J’ai adoré rire avec vous, j’ai adoré chaque malaise avec vous », a lancé Rosalie Vaillancourt aux 750 personnes qui l’ont saluée avec une longue ovation en fin de spectacle. Cela récapitule également plutôt bien la soirée : des rires et des malaises. Somme toute, les temps forts ont été assez percutants (et tordants) pour l’emporter sur les moins bons moments. Rosalie Vaillancourt, qui a notamment abordé les agressions sexuelles dans la deuxième partie de son gala, n’a pas eu peur de se lancer dans une animation qui ne tombe pas dans la facilité. En entrant sur scène mercredi, elle a remercié toutes les humoristes qui ont, d’après elle, refusé la proposition de Juste pour rire, lui permettant ainsi d’obtenir sa première Carte blanche. On sait bien sûr qu’elle était probablement l’un des tout premiers choix pour ce mandat aussi prestigieux que difficile. Un choix bien judicieux.

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