Three Pines

Louise Penny n’a plus peur

Le visionnement de Three Pines n’a pas été de tout repos pour Louise Penny. Pour nous montrer comment elle a regardé la série de Prime Video inspirée des aventures de l’inspecteur Gamache, ses populaires romans policiers, l’écrivaine canadienne se cale dans son sofa, cache son visage dans ses mains et n’ouvre qu’un seul œil.

« J’avais peur ! », s’esclaffe-t-elle.

Louise Penny n’appréhendait pas d’être terrorisée devant son téléviseur ; elle craignait plutôt d’être déçue. Même si plusieurs éléments l’avaient rassurée en cours de route (elle avait consulté la version finale du scénario et visité le plateau de tournage), elle était incapable de chasser le sentiment d’ambivalence qui l’habitait depuis qu’elle avait cédé ses droits. « Je n’étais pas sûre d’avoir pris la bonne décision, raconte-t-elle en entrevue au Ritz-Carlton de Montréal. Je doutais. C’est quelque chose, remettre le travail de toute une vie entre les mains d’autres personnes. »

À l’écouter décrire avec candeur certains pourparlers avec Left Bank Pictures, la société de production télévisuelle britannique derrière Three Pines (en français, Le village de Three Pines), on devine que l’expérience s’est avérée plus mouvementée qu’elle l’anticipait.

« Je suis sortie de certaines rencontres en pleurs, parce que je tenais à mes idées et qu’ils tenaient aux leurs. On s’est disputés. C’était tendu. »

— Louise Penny

« Parce que je n’ai jamais considéré mes livres comme une vache à lait, poursuit la résidante de l’Estrie. Ce n’est pas un produit de marketing pour moi. Les choix que je fais viennent d’un endroit profond en moi. Mes personnages, ce sont des lettres d’amour au Québec, à mes amis, à mon mari… Parfois, je sentais qu’ils ne comprenaient pas. Et j’étais très contrariée. »

Des fleurs pour Alfred Molina

Au final, Louise Penny paraît ravie des huit premiers épisodes de Three Pines. Si elle ne l’était pas, elle n’aurait certainement pas accepté de promouvoir leur sortie imminente. Elle salue avec enthousiasme la performance d’Alfred Molina sous les traits de l’inspecteur-chef Armand Gamache. L’embauche du comédien d’origine britannique avait d’ailleurs grandement apaisé ses inquiétudes au cours du processus.

« S’ils avaient fait une erreur grossière au casting de Gamache, ça aurait été un point de non-retour. J’avais peur qu’ils prennent une décision purement commerciale en embauchant un jeune acteur hollywoodien sexy. Mais ils ont vraiment choisi la bonne personne. »

« Alfred [Molina] a l’âge approprié, le physique et l’intelligence pour jouer Gamache. Je savais qu’il allait être bon, mais je ne savais pas qu’il allait être aussi bon.  »

— Louise Penny

Alfred Molina ignorait l’existence des livres de Louise Penny lorsque Three Pines est tombé dans sa cour, en 2020. Il tournait Spider-Man : No Way Home. Ne sachant trop quoi faire, l’acteur de 69 ans a parlé de l’offre à une productrice qu’il estime. « Elle m’a pris par les épaules, elle m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : ‟Tu dois accepter !” J’ai donc acheté les deux premiers tomes, je les ai lus, et c’était réglé. »

Tournage au Québec

Comme dans les livres de Louise Penny, l’action de Three Pines se déroule au Québec, dans les Cantons-de-l’Est. C’est d’ailleurs dans cette région que toute la série a été tournée l’an dernier.

Rossif Sutherland, qui campe le sergent-détective Jean-Guy Beauvoir, le protégé de Gamache, parle – en français – d’un tournage ambitieux et fort plaisant. « C’est certainement le plus gros projet auquel j’ai participé, indique l’acteur canadien, fils de Donald Sutherland et petit frère de Kiefer. Cette série, c’était un vrai cadeau. On travaillait près d’où mes parents habitent. Je n’étais pas loin de l’eldorado où j’avais l’habitude de passer mes étés et mes Noëls quand j’étais petit. »

Alfred Molina garde également un excellent souvenir du tournage. Il raconte qu’une fois rentré à Los Angeles, après cinq mois au Québec, il s’est senti mélancolique pendant deux semaines. « Le Québec me manquait. Je suis tombé amoureux de Montréal et des Cantons-de-l’Est. La bonne bouffe, la scène musicale, la culture, les gens sympathiques… Je n’ai rien de négatif à dire. Montréal, c’est comme l’Europe, mais avec de meilleures manières. »

Entre fierté et espoir

À moins de deux semaines du lancement de Three Pines, ses artisans sont évidemment fébriles. Alfred Molina est fier du travail accompli et croit avoir rendu justice à l’esprit des best-sellers de Louise Penny. De son côté, Rossif Sutherland souhaite beaucoup de succès au thriller policier, non seulement pour qu’il y ait d’autres saisons, mais aussi pour permettre aux équipes canadiennes de rayonner à l’étranger, compte tenu du fait qu’il sera offert dans plus d’une dizaine de pays, dont l’Australie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège, la Suède et l’Irlande.

« Nos équipes de travail sont d’un professionnalisme et d’une expérience comparables aux meilleures équipes du monde, affirme-t-il. Il y a 20 ans, on était peut-être une classe B. Les gens venaient tourner ici parce qu’ils profitaient d’un taux de change avantageux et qu’ils avaient des crédits d’impôt, mais maintenant, ce n’est plus ça. Il y a tellement de talent dans ce pays. Ce serait dommage qu’on ne déploie pas nos ailes. Il est temps. »

Three Pines, dès le vendredi 2 décembre, sur Amazon Prime Video. Intitulée Le village de Three Pines, une version doublée en français sera également offerte, au rythme de deux épisodes par semaine.

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