Tournée européenne

Joe Biden, réparateur d’alliances

New York — Avant même qu’Air Force One ne se pose au Royaume-Uni, la nouvelle s’est répandue dans les médias américains de référence, qui ont cité des sources anonymes : la Maison-Blanche a conclu une entente avec les sociétés pharmaceutiques Pfizer et BioNTech pour fournir 500 millions de doses de leur vaccin contre la COVID-19 à environ 100 pays au cours de la prochaine année.

Accompagné de sa femme Jill pour la première partie de son premier voyage à l’étranger en qualité de président, Joe Biden pourrait annoncer ce pacte majeur ce jeudi, à la veille de l’ouverture du Sommet du G7, qui se déroulera de vendredi à dimanche dans la ville côtière de Carbis Bay, dans les Cornouailles.

Voilà qui permettrait au président américain d’entamer sur une note positive une tournée européenne de huit jours guidée par un objectif primordial : prouver que les alliances et institutions qui ont façonné une bonne partie du XXsiècle peuvent encore être utiles et efficaces face aux adversaires et menaces d’aujourd’hui.

Alliances et institutions qui, faut-il le rappeler, ont été malmenées et menacées tout au long des quatre années de Donald Trump à la présidence.

« Je sais que les démocraties peuvent se rassembler pour relever les défis de cette nouvelle ère. Cette semaine, en Europe, nous avons l’occasion de le prouver », a tweeté Joe Biden avant d’atterrir à la base de Mildenhall, dans l’est du Royaume-Uni, où il s’est aussitôt adressé à des soldats de l’armée de l’air américaine.

« Nous devons discréditer ceux qui pensent que l’ère de la démocratie est terminée, comme le croient certains de nos compatriotes », a-t-il dit aux soldats.

Un certain scepticisme

Le programme de Joe Biden est chargé. Il prévoit ce jeudi un tête-à-tête avec le premier ministre britannique Boris Johnson et un sommet du G7 dont les discussions porteront notamment sur la diplomatie vaccinale, le commerce, le climat et une initiative pour rebâtir les infrastructures dans les pays en voie de développement. Les responsables américains voient dans cette initiative une façon de contrecarrer l’influence de la Chine.

Après la rencontre du G7, les Biden rendront visite à la reine Élisabeth II, chemin faisant vers Bruxelles, où le président américain participera lundi à une rencontre de l’OTAN et, le lendemain, à un sommet avec l’Union européenne (UE).

La tournée européenne de Joe Biden prendra fin mercredi à Genève, où il rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine.

À quelques exceptions près, les dirigeants du G7 et de l’UE seront soulagés d’avoir en Joe Biden un interlocuteur américain qui ne les traitera pas de manière cavalière, comme Donald Trump l’a fait avec le premier ministre canadien Justin Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel, entre autres.

Ils réserveront également un bon accueil à la diplomatie vaccinale du président américain, dont le pays était vivement critiqué pour avoir tardé à partager ses vaccins contre la COVID-19.

Mais certains d’entre eux demeureront sceptiques à l’égard du discours de Joe Biden sur le « retour » des États-Unis sur la scène internationale.

« Il y a un risque considérable que ce message tombe à plat », a estimé Thomas Wright, chercheur à la Brookings Institution. « Les Européens suivent la politique américaine et comprennent que le trumpisme n’est pas mort et pourrait faire un retour à l’occasion des élections de 2022 ou 2024. »

Tête-à-tête avec un « tueur »

Les dirigeants internationaux savent aussi que Joe Biden aura du mal à défendre dans son pays certains objectifs qu’il partage avec les pays du G7, dont l’instauration d’un impôt minimal mondial d’au moins 15 % sur les sociétés. « C’est mauvais pour les États-Unis », a déclaré le sénateur républicain du Wyoming Tom Barrasso, résumant la réaction de son camp après l’accord intervenu entre les ministres des Finances du G7 sur cette question.

L’opposition des républicains à toute mesure législative pour réduire les émissions de gaz à effet de serre complique également la tâche de Joe Biden, qui a fixé des objectifs ambitieux en la matière.

N’empêche : la Maison-Blanche espère que les sommets du G7 et de l’OTAN parviendront à renforcer la position de Joe Biden en vue de sa rencontre avec Vladimir Poutine, point culminant du premier voyage à l’étranger du président américain.

Au menu de cette rencontre : les cyberattaques émanant de Russie, l’agression de Moscou contre l’Ukraine et d’autres questions. Le climat risque évidemment d’être plus tendu que lors du sommet d’Helsinki entre Donald Trump et le président russe. Il s’agira du premier tête-à-tête de Joe Biden avec celui qui mérite à son avis d’être qualifié de « tueur ».

Néanmoins, l’objectif de Joe Biden sera de rendre les relations entre Washington et Moscou plus « stables et prévisibles », pour utiliser les mots de Jake Sullivan, conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale. Mais ces mots sont peut-être aux antipodes de la stratégie que Vladimir Poutine entend privilégier.

Y aura-t-il une conférence de presse commune entre les deux présidents comme à Helsinki ? Aux dernières nouvelles, les deux parties négociaient encore à ce sujet.

Nicaragua 

Washington sanctionne des proches du président Ortega

Washington — Les États-Unis ont imposé mercredi des sanctions financières à quatre responsables du Nicaragua proches du président Daniel Ortega, dont sa fille Camila Antonia Ortega Murillo, après une série d’arrestations d’opposants dont Washington a réclamé la libération « immédiate ».

Les quatre personnes visées « soutiennent le régime Ortega, un régime qui a sapé la démocratie, violé les droits de la personne de civils, mis en œuvre des lois répressives avec de graves conséquences économiques et tenté de bâillonner les médias d’information indépendants », a déclaré le Trésor américain dans un communiqué.

Outre la fille du président, coordinatrice de la Commission pour l’économie créative, il s’agit du président de la Banque centrale Leonardo Ovidio Reyes Ramírez, du député Edwin Ramón Castro Rivera et du général Julio Modesto Rodríguez Balladares, directeur de l’Institut de la sécurité sociale militaire.

Leurs éventuels avoirs aux États-Unis sont gelés et l’accès au système financier américain leur est désormais barré.

Un « dictateur »

Quatre candidats de l’opposition à la présidentielle de novembre au Nicaragua, à laquelle Daniel Ortega pourrait briguer un quatrième mandat, ont été arrêtés ces derniers jours. Washington a estimé mardi que ces arrestations démontraient que le président était un « dictateur », appelant la communauté internationale à « le traiter comme tel ».

« Les États-Unis appellent le président Daniel Ortega et le gouvernement du Nicaragua à libérer immédiatement les candidats à la présidentielle », « ainsi que les autres dirigeants de l’opposition et de la société civile qui ont été arrêtés au cours de la dernière semaine », a martelé le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price devant la presse, liant clairement les sanctions à cette vague d’interpellations.

Il a prévenu que le président Ortega « et ceux qui exécutent ses ordres autoritaires » seraient tenus personnellement « responsables de la sécurité et du bien-être » des détenus.

« Les États-Unis vont continuer à utiliser leurs outils diplomatiques et économiques contre les membres du régime impliqués dans cette vague de répression », a insisté Ned Price, laissant planer la menace de nouvelles sanctions.

« Les actes du président Ortega nuisent aux Nicaraguayens et enfoncent le pays dans la tyrannie », a estimé pour sa part une responsable du Trésor américain, Andrea Gacki, dans le communiqué. « Les États-Unis vont continuer à dénoncer les responsables qui ignorent la volonté des citoyens », a-t-elle ajouté.

Kamala Harris critiquée après sa première mission internationale

Kamala Harris était mercredi sous le feu des critiques de républicains qui l’accusent de ne pas prendre la « crise » migratoire suffisamment au sérieux, mais aussi de l’aile gauche de son parti. Lundi au Guatemala puis mardi au Mexique, la vice-présidente a été épinglée pour des phrases qui ont éclipsé l’objectif numéro un de son voyage : se pencher en « priorité » sur les causes – pauvreté, criminalité – qui poussent des milliers de candidats à l’immigration depuis le Mexique, le Guatemala, le Honduras et le Salvador à arriver en nombre record depuis 15 ans à la frontière sud des États-Unis. Chargée par le président démocrate dès mars de s’attaquer à cet épineux dossier, elle a signé un protocole d’accord destiné à « s’attaquer aux causes profondes » de l’immigration et aider les habitants « à retrouver l’espoir chez eux ». Mais Kamala Harris a qualifié une hypothétique visite à la frontière sud de « gesticulation ». Puis elle a eu cette réplique étonnante quand un journaliste lui redemandait pourquoi elle n’était pas allée à la frontière sud : « Et je ne suis pas allée en Europe » non plus. Autant de moments qui tournent depuis en boucle sur les chaînes et comptes Twitter des conservateurs. Kamala Harris « pense que la crise à notre frontière sud-est une blague hilarante », ont accusé les républicains. « Décevant », a aussi jugé la jeune élue démocrate de la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez. — Agence France-Presse

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