37e soirée des Gémeaux

Les Gémeaux, entre strass et stress

Les organisateurs du gala des Gémeaux ont sûrement poussé un cri d’effroi, tout en s’arrachant les cheveux par poignées, après la publication des cotes d’écoute du gala des Emmy, que NBC a relayé lundi soir.

Les Emmy touchent le fond ! Un gala pire que celui de la COVID-19 en 2020 ! Jamais les chiffres n’ont été aussi pourris dans toute l’histoire de cette cérémonie !

La pandémie n’a pu porter, à elle seule, le blâme de la débâcle des Emmy, qui célèbrent la crème de la télé américaine. Les vedettes scintillantes ont foulé le tapis rouge, les robes de designer ont froufrouté, mais le public a boudé. Encore. Cette tendance baissière affecte tous les galas, ici comme aux États-Unis.

On reproche aux Emmy de ne récompenser que la télé de prestige, la fameuse télé de plateforme payante, au détriment de la télé gratuite des grandes chaînes comme CBS, ABC ou NBC. Effectivement, les productions de HBO, Apple TV+ et Netflix ont presque tout moissonné aux derniers Emmy. Mais, que voulez-vous, les Succession, Ted Lasso, The White Lotus, Euphoria et Squid Game ont été supérieures – et de très, très loin – à des productions plus classiques des antennes traditionnelles comme The Good Doctor ou Chicago Fire.

Les Gémeaux, que Véronique Cloutier pilotera dimanche soir à Radio-Canada, n’échappent pas à cette tendance clivant la télé dite de riches et la télé dite normale.

Dans la course au prestigieux trophée de la série dramatique de l’année, trois des cinq finalistes ont entamé leur carrière médiatique sur des services haut de gamme. Il s’agit d’Une affaire criminelle (Crave), C’est comme ça que je t’aime 2 (Tou.tv Extra) et Le temps des framboises (Club illico).

Une des séries les plus citées de cette 37e fête de la télé d’ici, soit la comédie Audrey est revenue, a même changé de diffuseur à la mi-saison, passant du Club illico de Vidéotron à Télé-Québec. TVA ne l’aura finalement jamais présentée en heure de grande écoute.

Grand fan par le passé, je ne raffole plus des galas, québécois ou internationaux. La rectitude politique ambiante aplatit maintenant les gags les plus féroces. Ces soirées festives ont glissé du côté lisse et prévisible, car les diffuseurs craignent les controverses comme Normand D’Amour a peur de l’enquête syndicale de Bruno Marcil dans STAT.

Aussi, le nombre de trophées attribués ne cesse de grimper tous les ans. L’Académie remettra un total de 143 Gémeaux pendant le week-end, dans des catégories de plus en plus pointues. Résultat : gagner un prix surprend autant que le triomphe de Gino Chouinard, Dave Morissette et Pierre Bruneau au (feu) gala Artis.

Cela dit, le jeu des prédictions s’avère la portion la plus palpitante de l’évènement. Alors, plongeons, telle une Sylvie Bernier aux Jeux olympiques de Los Angeles. En téléroman, ou série dramatique annuelle, de son nom officiel, si District 31 ne l’emporte pas devant L’échappée, Nous, Les moments parfaits et Toute la vie, je hurle assez fort pour ressusciter Nancy Riopelle et Jeff Morin.

Phénomène télévisuel unique, le feuilleton de Luc Dionne mérite tous les honneurs. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi aucun acteur de District 31 (Gildor Roy, Michel Charette ?) n’a été repêché dans la catégorie des premiers rôles de téléroman alors que trois acteurs d’Alertes s’y retrouvent.

Pas un, pas deux, mais bien trois acteurs d’Alertes : Danny Gilmore, Frédéric Pierre et Guy Jodoin. Pas de chicane, c’est Roy Dupuis de Toute la vie qui accaparera la quincaillerie dorée.

En comédie, Audrey est revenue part avec une bonne longueur d’avance sur L’œil du cyclone, Les mecs, Sans rendez-vous et Survivre à ses enfants. Florence Longpré, qui incarne la fameuse Audrey d’Audrey est revenue, remerciera sûrement au micro, quoique Christine Beaulieu, lauréate de l’an passé, lui souffle dans le cou.

Comme en 2020, l’Académie accolera – avec raison – à C’est comme ça que je t’aime le titre de meilleure série dramatique. Aller simple de Noovo, un gros coup de cœur de la saison dernière, ainsi que Le temps des framboises du Club illico pourraient causer la surprise. Mais l’œil du diable d’Huguette Delisle (Marilyn Castonguay) ne me semble pas en danger.

En téléréalité, assisterons-nous à la première victoire d’Occupation double ? Ça serait étonnant. Le vote penchera sûrement du côté de L’amour est dans le pré, la dernière saison des Chefs ! n’étant pas admissible au concours cette année.

Il y aura énormément d’action dans nos télévisions dimanche soir. Contre les Gémeaux, TVA ressortira ses gros canons Chanteurs masqués et Révolution. Et il y aura le dévoilement du tapis rouge d’Occupation double en Martinique, ça va être, genre, « beyond sick », dirait sûrement le plombier-menuisier ou la coiffeuse-influenceuse.

Avant même la présentation de l’épisode d’OD, le premier look de Jay Du Temple a enflammé les réseaux sociaux. Arborant une coupe de cheveux de boys band canadien de 1999, l’animateur porte également un ensemble blanc translucide semi-médiéval, semi-It’s All Coming Back to Me Now de Céline Dion.

Selon la styliste Mélodie Wronski, que j’ai contactée (on ne recule devant rien pour l’info !), c’est la designer québécoise Camille TB qui a conçu cet ensemble spécialement pour Jay Du Temple. Camille TB a choisi un tissu adapté à la chaleur tropicale dans laquelle le maître de cérémonie a baigné pendant 15 heures d’affilée, d’où l’aspect vaporeux du vêtement.

Inspirée par une séance photo de l’acteur américain Evan Mock (Gossip Girl), Mélodie Wronski décrit ce look comme celui d’un « petit prince, mais cassé, avec des bijoux, des Dr Martens, une ceinture de cuir et les tatouages de Jay ».

Voilà, fin du reportage. C’était Hugo Dumas, en direct de la semaine de la mode de New York, bye là.

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