COVID-19

un Autre tour de vis

Devant la forte augmentation des cas de COVID-19 attendue aujourd’hui, Québec resserre encore les mesures de confinement. Écoles, cégeps, universités, centres commerciaux et salles à manger des restaurants resteront donc fermés jusqu’au 1er mai.

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« À ce stade-ci, il faut aller un peu plus loin »

Le nombre de Québécois infectés par la COVID-19 est en voie de doubler

Québec — Québec resserre encore les mesures de confinement, prévenant la population d’une forte augmentation des cas de COVID-19 lundi. Il a ordonné la fermeture des centres commerciaux, des salles à manger des restaurants, des salons de coiffure et d’esthétique jusqu’au 1er mai. Les écoles, les cégeps, les universités et les services de garde resteront fermés jusqu’à cette date, au moins.

Que les élèves du primaire et du secondaire retournent en classe ou pas au début de mai, ils pourront passer au niveau suivant selon le jugement de leur enseignant, basé sur les résultats des deux premiers bulletins. Les examens du Ministère sont annulés. Il n’est pas question de prolonger le calendrier scolaire et d’ouvrir les écoles pendant l’été.

« Les mesures qu’on a prises dans les 10 derniers jours vont se faire ressentir, ont un impact. En tout cas, c’est ce que nous dit la Santé publique. Mais on pense qu’à ce stade-ci, il faut aller un peu plus loin, il faut intensifier nos mesures », a déclaré le premier ministre François Legault dimanche, lors de son point de presse quotidien.

Il y a maintenant 219 cas confirmés de COVID-19 au Québec, en hausse de 38 en une journée. « La plus grosse augmentation [de cas], on l’attend demain [lundi] », a-t-il mentionné. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a révélé dimanche qu’il y a 233 « cas probables » de COVID-19, quatre fois plus que 24 heures plus tôt.

« Les cas probables sont les cas qui ont été testés positifs par un laboratoire de centre hospitalier et qui sont en attente de confirmation au Laboratoire de santé publique du Québec », précise-t-il. Le nombre de Québécois infectés est en voie de doubler rapidement.

Vingt-quatre personnes sont hospitalisées, et treize sont aux soins intensifs. Québec révise le nombre de morts à la baisse, de cinq à quatre, puisqu’une personne que l’on croyait infectée ne l’était finalement pas. Les quatre aînés qui sont morts habitaient la résidence EVA de Lavaltrie, dans Lanaudière.

« Je sais qu’il y a des gens qui trouvent ça dur, mais à moins d’une situation humanitaire, quelqu’un qui est en fin de vie, il ne faut pas visiter les résidences de personnes âgées. C’est important, aussi, que les personnes qui sont dans les résidences de personnes âgées ne sortent pas inutilement de la résidence, au cas où ils ramèneraient le virus dans la résidence. »

— Le premier ministre François Legault

Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a précisé qu’un résidant peut aller faire une promenade dehors, mais qu’il doit éviter de se rassembler avec d’autres personnes. « S’il y en a un qui est malade là-dedans, puis qu’il revient dans sa maison, c’est une bombe, comprenez-vous ? » a-t-il lancé. 

Les résidences doivent par ailleurs « essayer de s’organiser pour qu’il y ait moins de rassemblements » entre leurs murs, comme à la cafétéria.

Centres commerciaux, restaurants, salons

« Il y a trop de personnes encore dans les centres d’achats », a affirmé François Legault pour justifier la décision de les fermer jusqu’au 1er mai. Les épiceries et les pharmacies qui se trouvent dans les centres commerciaux demeurent ouvertes. Tout comme les succursales de la SAQ. « Je ne voudrais pas qu’il y ait une ruée vers tous les endroits où on vend de la boisson, incluant les épiceries. Je ne voudrais pas qu’il y ait de chaos », a expliqué François Legault.

Les boutiques qui ont une porte d’entrée extérieure permettant l’accès sans passer par le centre commercial peuvent poursuivre leurs activités.

Au début de la crise, Québec avait demandé aux restaurants de limiter le nombre de clients à 50 % de leur capacité et de prévoir une distance d’un mètre entre ceux-ci. Il exige maintenant la fermeture des salles à manger. Seul le service « pour emporter » peut être maintenu. François Legault incite les établissements qui n’offrent pas un tel service à le faire « parce qu’il faut continuer, évidemment, de nourrir la population ».

Dans le cas des salons de coiffure et d’esthétique, il juge qu’il est « à peu près impossible de respecter la norme du un à deux mètres » entre les personnes. Ils doivent donc fermer leurs portes eux aussi jusqu’au 1er mai.

Fermeture prolongée pour les écoles

Le 13 mars, Québec avait décidé de fermer les écoles pour deux semaines et prévoyait la reprise des classes le 30 mars. Il avait déjà signalé à quelques occasions qu’un report était probable. C’est fait : la fermeture est prolongée jusqu’au 1er mai. Même chose pour les cégeps et les universités.

Au primaire et au secondaire, le retour des élèves en classe se ferait le 4 mai en théorie, mais la situation sera réévaluée en fonction de l’évolution de la propagation du coronavirus.

Qu’un retour soit possible ou non, les élèves n’auront pas à reprendre l’année scolaire. Et les épreuves ministérielles sont annulées. Le passage d’un élève au niveau suivant est laissé au jugement des enseignants, en fonction des résultats scolaires enregistrés depuis le début de l’année scolaire. L’obtention d’un diplôme d’études secondaires n’est pas compromise. « On pense que la grande majorité des élèves vont pouvoir passer au prochain niveau », a dit François Legault.

À ses côtés, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a relevé que les deux tiers de l’année sont faits, « de 65 % à 70 % des jours de classe prévus au calendrier sont déjà faits ».

Par conséquent, « il y a déjà suffisamment d’évaluations, deux bulletins ont été acheminés aux parents. Donc, les enseignants prendront la décision. Mais on peut imaginer qu’un élève qui a été en grande, grande, grande difficulté toute l’année ne sera pas automatiquement promu par magie à l’année suivante ».

À compter du 30 mars, le gouvernement mettra en ligne un site contenant des activités d’apprentissage « non obligatoires ». Et « à compter du 6 avril, il y aura d’acheminée à toutes les familles, à tous les élèves, une liste d’activités hebdomadaires, une liste de suggestions, qui ne seront pas obligatoires, mais quand même qui vont être adaptées à l’âge puis au niveau des élèves », a ajouté M. Roberge. « S’il y a des endroits où ils n’ont pas de courriel, ça va se faire par la poste, on va trouver une façon de rejoindre tout le monde. »

Pour les services de garde, la fermeture est également prolongée. Leurs portes restent toutefois ouvertes aux enfants des travailleurs des services essentiels.

Du côté des cégeps et des universités

Au cégep et à l’université, les élèves et étudiants « auront la possibilité de compléter leur session d’hiver en ligne ». « Les établissements seront soutenus pour encourager la poursuite ou le démarrage de la formation à distance et tout autre moyen d’enseignement alternatif, à partir du 30 mars », ajoute Québec dans un communiqué.

Pour François Legault, « il y a déjà des établissements qui offrent des cours en ligne. Le ministre de l’Éducation va s’assurer que ça soit le cas pour tous les cégeps et les universités, pour que les étudiants puissent compléter leur année scolaire qui finissait soit au mois d’avril, soit au mois de mai ». Les établissements communiqueront avec les élèves et étudiants pour les informer des modalités.

Au cabinet du ministre Roberge, on signale qu’il appartient aux enseignants d’évaluer si suffisamment d’apprentissages ont été faits pour décerner les diplômes. C’est du cas par cas, dit-on. Cette réalité vaut autant pour les cégeps et les universités que pour les centres de formation professionnelle.

Les activités normales reprendront au trimestre d’automne.

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Des inquiétudes pour les enfants en difficulté

L’annonce que l’école ne reprendra pas avant au moins le 1er mai n’a surpris personne dans le milieu de l’éducation, mais laisse bien des questions en suspens, notamment celle de l’aide aux enfants en difficulté.

À compter du 30 mars, les parents et les élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire auront « accès progressivement à des vidéos pédagogiques diffusées à la télévision publique, à une trousse en ligne de ressources élaborées par les partenaires et à des activités pédagogiques optionnelles proposées par le Ministère ».

À la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), on accueille la nouvelle avec un certain soulagement. « Ça devenait clair que les écoles seraient fermées plus longtemps », a dit son président Kévin Roy. Il croit que l’envoi de matériel pédagogique aux parents peut fonctionner.

« Ce qui est important, c’est que ça soit adapté aux parents, accessible et équitable. Le parent moyen, qui a accès à internet, qui a un téléphone, qui a du temps, ça va bien aller. Mais il faut que ce soit adapté aussi pour un parent en région qui n’a pas accès à internet ou à un réseau cellulaire », dit Kévin Roy.

Comme d’autres, il s’inquiète du sort des enfants avec des besoins particuliers. Sur Twitter, dimanche, les députées Véronique Hivon et Jennifer Maccarone ont aussi fait part de cette préoccupation.

« J’ai une grande inquiétude pour les élèves handicapés ou ceux avec des difficultés d’apprentissage. Le gouvernement doit mettre en place des mesures d’accompagnement pour ces enfants et leurs parents. »

— La députée libérale Jennifer Maccarone, sur Twitter

C’est aussi ce que réclame « urgemment » la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, qui rappelle que plus de 225 000 enfants de la province ont des plans d’intervention en classe.

« Les parents ont de la difficulté à entrer en contact avec des travailleurs sociaux, des éducateurs spécialisés, des personnes de confiance qui connaissent leurs enfants. Il y a des parents qui arrivent très mal à soutenir leur enfant au quotidien, ça va au-delà d’avoir accès aux ressources », dit sa présidente Bianca Nugent.

Dans un communiqué, le ministère de l’Éducation a précisé que « les élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage pourront, quant à eux, bénéficier du soutien offert par des professionnels. Ils auront aussi accès à des services éducatifs complémentaires ainsi qu’aux outils technologiques adaptés à leurs besoins ».

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé en point de presse dimanche qu’on « peut imaginer qu’un élève qui a été en grande, grande, grande difficulté toute l’année ne sera pas automatiquement promu par magie à l’année suivante ».

Enseignement à distance : un « défi de taille » pour les cégeps

Le ministère de l’Éducation a aussi annoncé dimanche que les élèves et étudiants des cégeps, des collèges et des universités auront la possibilité de terminer leur trimestre d’hiver en ligne à partir du 30 mars. Le milieu universitaire était déjà bien engagé dans cette voie, mais le réseau collégial estime que ce sera ardu de s’organiser en une semaine.

« C’est un euphémisme de dire que c’est un défi de taille », a dit le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay. Sa fédération regroupe 48 cégeps qui offrent 9 programmes préuniversitaires et 133 programmes techniques.

« On voit beaucoup d’enjeux, de contraintes et de difficultés, mais dans le passé, ça nous est arrivé de devoir composer avec des événements exceptionnels et on a trouvé des solutions », a assuré Bernard Tremblay. Environ la moitié de la session collégiale est faite.

L’enseignement à distance sera plus complexe dans certains programmes. « Oui, il y a des stages qui n’auront pas lieu, oui, il y a des laboratoires qui n’auront pas lieu », dit Bernard Tremblay. Il cite également les programmes collégiaux du domaine de la santé. « Vous voyez le défi alors que notre personnel s’est déployé pour donner un coup de pouce… », poursuit-il.

« Beau défi »

La présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), Caroline Quesnel, représente 17 000 enseignants du collégial. Elle aussi parle d’un « beau défi ».

« On va se retourner vers le Ministère et demander des explications, des balises claires », dit-elle.

« Il y a de grandes disparités à l’intérieur du réseau, entre les établissements, l’accès à internet. Il y a une disparité entre les cours, sur leur adaptation possible ou non. »

— Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ

L’annonce de Québec a soulevé dimanche plusieurs questions pour le syndicat. « On est restés sur notre faim, dit la présidente de la FNEEQ. On aurait aimé avoir plus de directives, une orientation plus fouillée, mais je ne perds pas espoir. C’est établi, on a une semaine », dit Caroline Quesnel.

Le président de la Fédération des cégeps dit qu’il a confiance dans le personnel des cégeps pour arriver à terminer le trimestre en cours. « J’ai confiance en leur expertise. Tout le monde a à cœur que nos étudiants ne soient pas sacrifiés. C’est un défi énorme, ils pourraient avoir la tentation de décrocher. Mon message aux étudiants, c’est : lâchez pas », dit Bernard Tremblay.

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