Rocket de Laval

Un titre de division comme consolation

La dernière fois qu’un club-école du Canadien a terminé au premier rang de sa division, dans la Ligue américaine, Alex Henry en était le capitaine, Aaron Palushaj le premier marqueur, Randy Cunneyworth l’entraîneur-chef, et Curtis Sanford le gardien n1.

Il aura donc fallu une décennie – et une pandémie, diront certains –, mais le Rocket de Laval a enfin succédé aux Bulldogs de Hamilton de 2010-2011 en remportant le titre de la division Canadienne.

Défaite en prolongation 4-3 mardi soir face aux Marlies de Toronto, l’équipe de la région 13 s’est assurée du premier rang alors qu’il reste encore 6 matchs à disputer à sa courte saison de 36 parties. Avec une fiche de 22-5-3 et une récolte de 47 points, le Rocket revendique en outre la toute première place au classement général de la Ligue américaine (LAH). Celle-là ne lui est pas encore acquise, par contre.

On sait déjà qu’il n’y aura pas de séries éliminatoires ce printemps. La nouvelle, prévisible, a été confirmée la semaine dernière. Mais comme l’a alors rappelé l’entraîneur-chef Joël Bouchard, il a bien failli ne pas y avoir de saison du tout. Dans ces circonstances, d’avoir aussi outrageusement dominé la division Canadienne est sans doute la récompense qui ressemble le plus à un trophée. Un championnat de consolation, en somme.

Bouchard a encore dit, mardi matin avant le duel contre les Marlies, que bien avant la bannière – symbolique, au plus –, il retenait les « bonnes performances » de son équipe.

« Il faut que ça continue, a-t-il prévenu. Les résultats vont suivre. »

Bilan

Cela étant, même si cette saison 2021 n’est pas tout à fait finie, cette première place permet déjà de dresser un bilan.

Ce que l’entraîneur retient avant tout des derniers mois ? « L’attitude » de ses joueurs, « extraordinaire depuis la première journée ».

Ce n’est pas anodin, car comme dans toutes les sphères de la société depuis mars 2020, cette saison de la Ligue américaine n’a rien eu de banal, et celle du Rocket n’y a pas fait exception. Puisque les équipes de la LAH ne possédaient pas d’escouade de réserve, et en raison de la présence imprévue de joueurs juniors de l’Ontario et de l’Ouest canadien, on a amorcé la saison avec 35 joueurs, si bien que des vétérans aguerris ont parfois dû être laissés de côté au profit de recrues.

Les blessures se sont en outre acharnées sur le groupe, et certains joueurs sont partis en cours de route, que ce soit pour retourner à leur club junior ou simplement pour rentrer à la maison. Si bien qu’à un certain point, on a dû embaucher quelques patineurs de plus pour réunir une formation complète !

Après le match de mardi, le capitaine Xavier Ouellet a rendu hommage « au groupe de vétérans qui ont pris les choses en charge » afin de maintenir le navire à flot au moment où les joueurs tombaient comme des mouches.

« Ça change très vite », a rappelé Bouchard, qui ne comptait mardi que sur 12 attaquants en santé pour affronter les Marlies. Joseph Blandisi, Michael Pezzetta et Joël Teasdale, blessés, ne joueront plus cette saison. Ryan Poehling, lui aussi amoché, a dû sauter son tour. Alex Belzile a été rappelé par le Canadien.

Juste comme ça, ce sont 5 des 12 attaquants réguliers du club qui n’y étaient pas. Et trois de ses quatre premiers pointeurs.

Adversité

L’éclosion de COVID-19 chez les Marlies a par ailleurs imposé au Rocket un long congé en avril, qui a causé une cassure drastique dans le rythme acquis jusque-là. Devenu obsolète, le plan établi en début d’année a rapidement été « jeté par la fenêtre », a admis Bouchard.

Or, « à travers toute l’adversité, j’ai aimé l’attitude des gars », a-t-il répété.

« La manière dont ils ont travaillé à l’entraînement ; l’écoute, les ajustements, l’engagement [buy-in] ; la façon dont les gars se tiennent ensemble, se protègent sur la glace, s’encouragent… »

« Les améliorations individuelles et collectives ont suivi. Mais tout a commencé avec l’attitude. »

— Joël Bouchard, entraîneur-chef du Rocket de Laval

C’est un peu tout ça qui a propulsé le Rocket contre les Marlies, mardi. Malgré des effectifs minimaux, et après plus d’une semaine sans jouer, les locaux ont bombardé le filet des Torontois de 60 tirs. Xavier Ouellet et Yannick Veilleux (deux fois) ont inscrit les buts des Lavallois. Si la victoire leur a glissé entre les doigts, ce n’est pas faute d’avoir trimé dur.

De fait, la fin du parcours sera tout sauf facile, a prévenu Bouchard, encore une fois en écho aux défis que pose une formation aussi amochée que la sienne.

« Les gars ont de la broue dans le toupet, on commence à être en culottes courtes », a-t-il imagé, avant d’insister sur le fait que son viseur n’était pas sur les résultats, mais sur la façon de les obtenir, de « faire les choses comme il faut ».

Tout porte à croire que les choses ont été bien faites. Car il est peu fréquent qu’un titre de division soit gagné par hasard.

Le Rocket en 2021

L’explosion

À l’exception de Cole Caufield, Ryan Poehling a sans conteste connu la plus spectaculaire éclosion parmi les espoirs du Canadien cette saison. Sa récolte de 25 points en 28 rencontres, au premier rang du Rocket, a surpassé son rythme de production des rangs universitaires. Une place à Montréal constitue la suite logique pour lui l’automne prochain. La Presse avait décrit son ascension au début du mois d’avril.

Les révélations

À leur première saison professionnelle, Rafaël Harvey-Pinard et Joël Teasdale ont joué sans complexe. De retour après un an et demi d’inactivité, Teasdale a largement fait la preuve qu’il était prêt à enfin faire le saut depuis les juniors, et il connaissait de très bons moments avant qu’une blessure mette fin prématurément à sa saison. Harvey-Pinard, choix du Canadien en 2018 mais détenteur d’un contrat de la Ligue américaine, a lui aussi réussi le test : 18 points en 26 matchs, comme son compatriote. Un autre joueur attendu, Jesse Ylönen, n’a pas raté sa transition en Amérique du Nord. Une blessure a quelque peu écourté sa saison, mais son flair offensif a fait tourner des têtes.

Les jeunes loups

Choisis respectivement au premier et au deuxième tour par le Canadien en 2020, le défenseur Kaiden Guhle et l’attaquant Jan Mysak ont laissé une forte impression. Guhle est retourné dans la Ligue junior de l’Ouest après avoir suscité l’enthousiasme de Joël Bouchard. Quant à Mysak, 18 ans, son ardeur au travail lui a valu un premier contrat avec le Tricolore – il devrait toutefois retrouver son équipe junior en 2021-2022. Choix du Canadien en 2019, le défenseur Gianni Fairbrother a lui aussi gagné son pari et est reparti dans l’Ouest avec un contrat en poche. Le joueur de centre Cam Hillis, 20 ans, a également fait ses débuts professionnels, mais dans un rôle plus effacé.

Dans le système du CH

Le gardien Cayden Primeau a passé les dernières semaines à Montréal, mais sa moyenne de buts accordés est encore l’une des meilleures de la Ligue américaine. S’il demeure avec le Rocket en 2021-2022, ce serait vraisemblablement pour une dernière année. Lukas Vejdemo, joueur de centre polyvalent, s’est retrouvé dans la même zone que Ryan Poehling : on préférait le voir jouer des matchs à Laval que de broyer du noir dans l’escouade de réserve. Un peu comme le défenseur Cale Fleury, qui avait lui aussi goûté à la LNH en 2019-2020. Quant à Josh Brook, ex-machine offensive chez les juniors, il a trouvé ses repères après un baptême pénible l’an dernier.

Les vétérans

Qu’ils soient sous contrat ou non avec le Canadien, les vétérans du Rocket sont devenus, cette saison, l’une de ses forces. Michael McNiven, Alex Belzile, Joseph Blandisi, Laurent Dauphin, Jacob Lucchini, Michael Pezzetta, Yannick Veilleux, Jordan Weal, Otto Leskinen, Gustav Olofsson, Xavier Ouellet et Corey Schueneman ont tous été au cœur du succès de leur club, notamment en accompagnement d’un bassin de jeunes joueurs plus important que par le passé. Schueneman, acquis comme joueur autonome, a même suffisamment impressionné ses patrons pour obtenir un contrat à deux volets avec le CH la saison prochaine. Une belle histoire pour un joueur peu connu.

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