Entrevue

P.K. Subban et la célébration bannie

P.K. Subban n’est plus à Montréal, pas pour le moment, en tout cas. Il est rentré à New York bien sagement, à la suite de l’accueil délirant du 12 janvier au Centre Bell, quand les fans montréalais lui ont rappelé que personne par ici ne l’a oublié, lors d’un hommage bien senti.

Il jure qu’il n’est pas près d’oublier ça, pas près d’oublier Montréal ni ce Canadien qui l’a repêché à l’âge de 18 ans, alors qu’il était « encore un enfant », précise-t-il, pour rester dans une thématique familiale qui lui est chère.

« C’est toujours spécial quand je reviens parce que les gens de Montréal sont comme mes sœurs, mes frères… J’ai grandi à Montréal, grandi en tant que personne, et j’essaie de redonner. Je crois que les fans le reconnaissent… »

On peut dire ça. On peut dire aussi que les fans montréalais savent reconnaître une solide célébration quand ils en voient une, et cette soirée du 12 janvier s’est avérée encore plus spéciale quand Subban et Carey Price se sont échangé le désormais fameux « triple low five », cette célébration à coups de tapes dans les mains que les deux hommes avaient jadis l’habitude de faire après chaque victoire, petite ou grosse.

Il s’agit d’un sujet qui reste cher à Subban. Assez, en tout cas, pour dépoussiérer ce geste lors du grand soir il y a deux semaines, et assez pour en parler avec enthousiasme lors d’un généreux entretien avec La Presse.

D’ailleurs, quand on lui demande pourquoi le « triple low five » a été banni par le Canadien à l’époque, il s’anime tout d’un coup, avec la verve qu’on lui connaît.

« Tu vois, ça, c’est la partie du hockey qui doit changer, commence-t-il par répondre. On doit pouvoir permettre aux partisans de connaître les différentes personnalités qu’il y a dans chaque équipe. La LNH est la plus grande ligue de hockey au monde, et chaque joueur qui y parvient a mérité le droit d’être là. Qui sommes-nous pour dire à ces joueurs comment ils devraient se comporter ?

« J’ai toujours été un gars qui aimait la vie. Un gars content de pouvoir jouer au hockey. J’ai appris en regardant les vedettes des autres sports, parce que je n’ai pas grandi dans le hockey ; je n’avais pas un père ou un grand-père ou un oncle qui avait joué dans la LNH. J’avais plutôt des sœurs qui jouaient au basketball, un père qui jouait au basketball. Il regardait Michael Jordan à la télé, et mes sœurs étaient des grandes fans de Kobe Bryant et des Lakers. Tiger Woods, Serena Williams, ce sont ces athlètes-là que j’idolâtrais, et leur façon de se comporter sur un terrain ou un court a eu une grande influence sur moi. »

« C’est ce que je voulais apporter au hockey : cette même passion, cette même confiance. Je voulais avoir du succès, moi aussi. »

— P.K. Subban

Subban admet qu’à son arrivée avec le Canadien, en 2010, ses élans d’enthousiasme et son exubérance ont un peu froissé les plus frileux.

« Parce que ça ne fait pas partie de la culture du hockey […], le “triple low five”, c’est un truc d’énergie, quelque chose qu’on voit des joueurs de basket ou de football faire après un gros jeu. Nous, on ne faisait pas ça après un but ou un gros arrêt de Carey ; on le faisait après une victoire d’équipe. Alors ce geste, c’était nous en train de célébrer une victoire.

« Puis est arrivé un point où ça générait tellement d’attention, ce dont on se foutait ; je ne savais même pas que ça faisait parler les gens, mais quand on obtient autant d’attention, ça veut dire que quelqu’un d’autre n’en obtient pas, et c’est là que la direction du club s’est interposée pour dire : écoutez, ça jette de l’ombre sur le reste de l’équipe. Et vous savez quoi ? C’est dommage, parce que le fait d’interdire un tel geste, ça vient éteindre la personnalité des joueurs, l’enthousiasme, l’aspect spectacle du sport.

« Maintenant, je vois qu’il y a un joueur à Detroit [Jake Walman] qui danse le Griddy après un but. [Alex] Ovechkin avait une célébration avec son bâton. Et puis après ? Laissez-les faire, les fans aiment ça ! Alors nous, quand on nous dit d’arrêter ça, c’est vraiment la culture du hockey qui parlait, son côté conservateur, et notre célébration ne cadrait pas avec les valeurs du hockey. »

« Je n’ai jamais eu d’explication… »

Toutes ces années plus tard, Subban s’explique encore bien mal pourquoi la direction du Canadien, l’entraîneur-chef Michel Therrien en tête, a tenu absolument à mettre fin au « triple low five » en 2013, après deux saisons de pur plaisir à célébrer dans la joie.

« J’ai trouvé ça stupide qu’on nous dise de cesser ça, parce que la réalité, c’est celle-ci : est-ce que ça a changé quelque chose qu’on arrête ? Est-ce qu’on allait soudainement moins parler de moi, de Carey ? Si ça se trouve, c’est devenu encore plus gros parce qu’on en parle encore ! Même aujourd’hui, je ne peux même pas dire pourquoi on nous a demandé d’arrêter ça. Je n’ai jamais eu d’explication… on nous a dit d’arrêter, alors on l’a fait.

« Mais cela a fait partie de mon cheminement dans cette ligue : comprendre que j’allais me buter à certaines idées. Je savais que le fait d’être moi-même allait malheureusement mener à des situations comme celle-là. Mais je n’allais pas cacher mes émotions. Je voulais montrer aux fans que j’adore gagner, je voulais célébrer avec mes coéquipiers. »

Subban aurait bien voulu continuer à célébrer quelque part dans la LNH, mais l’été dernier, après trois saisons avec les Devils du New Jersey, son portable n’a pas sonné bien souvent. Et quand il sonnait, les offres n’étaient pas très bonnes.

Il admet que « quelques équipes » lui ont fait signe en début de saison, sans plus.

« J’ai 33 ans et je suis dans une forme physique incroyable, peut-être la meilleure de ma vie. J’aurais aimé avoir une autre chance… mais pas à n’importe quel prix. »

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