À la recherche du bonheur

L’homme fort

Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Dans les derniers mois, Greg Lanctôt a vécu une séparation et un grave accident de la route. Il a reçu un diagnostic d’hypothyroïdie sévère et a perdu son papa. En quarantaine préventive depuis la semaine dernière avec son poméranien Alfred, il garde néanmoins la pêche. Résilience, vous dites ?

Malheureusement, Greg n’a pas de truc miracle à vous donner. Sa force mentale, il la travaille depuis longtemps. Élevé surtout par sa mère, il a eu la chance de rencontrer un psychologue dès l’âge de 8 ans qui, en plus de donner d’excellents outils à l’enfant qu’il était, a joué un rôle de figure paternelle important. « Ma mère m’a offert ça comme cadeau de vie. » Aujourd’hui, ce « sauveur » est un ami de la famille.

Une des devises de ce bon « docteur » de l’âme ? « Le bonheur, c’est comme du sucre à la crème. Si t’en veux du bon, tu te le fais toi-même ! » Être bien avec soi-même est à n’en point douter une des clés de l’équilibre mental pour ceux et celles qui se trouvent seuls en isolement, par les temps qui courent.

« Bien avant toute cette crise, j’étais tombé sur une étude où on parlait de la solitude comme étant une des plus grandes sources de malheur des gens », nous raconte-t-il au téléphone, depuis son condo à Blainville.

« C’est sûr que l’isolement social, ça peut être terrible pour certaines personnes. Heureusement, ce n’est pas mon cas pour l’instant. Malgré tout ce qui m’est arrivé dernièrement, je me sens bien, seul. Je ne dis évidemment pas que je pourrais me passer complètement des autres. J’ai un grand cercle social. J’ai eu deux relations de couple importantes. Mais je suis aussi capable de m’isoler pendant un temps. »

— Greg Lanctôt

Fort de partout

Force de caractère et de cœur, donc, mais aussi force physique. Il y a une douzaine d’années, Greg a décidé de se mettre en forme. « Je me suis réveillé à 21 ans et 248 livres. Et je ne suis pas très grand ! » Grâce à sa discipline et à beaucoup d’exercice cardiovasculaire, il est descendu à 180 livres. Puis, en 2009, lors de sa première compétition de culturisme naturel, il pesait 162 livres… de muscle !

« C’était une belle communauté de gens, le monde du culturisme naturel. J’étais en compétition avec des gars qui avaient fait beaucoup de chemin pour se rendre là. Dans le circuit, il y avait des gens qui se remettaient d’accidents, des mères de famille, des gens de plein d’horizons qui le faisaient pour toutes sortes de raisons. »

Puis un jour, tandis qu’il se trouvait chez le tatoueur, il a entendu parler de CrossFit. Deux cours plus tard, il était complètement accro. « Le CrossFit, c’est un peu les arts martiaux mixtes de l’entraînement. Ça mélange l’haltérophilie, la gymnastique, la capacité cardiovasculaire, la souplesse. Ça t’amène souvent à mieux manger. J’aime que ce soit complet comme discipline. »

C’était en 2011. Encore une fois, l’appel de la compétition s’est fait entendre. Tout en continuant de travailler à temps plein dans le domaine des ventes et en se mesurant à des jeunes de 19 ans qui se consacraient entièrement à leur entraînement, Greg s’est rendu jusqu’au top 100 canadien.

Précieuse polyvalence

Aujourd’hui, l’athlète qui s’entraîne surtout « pour pouvoir manger plus de gâteau ! » s’est tourné vers l’animation de ces grands rassemblements internationaux. Les CrossFit Atlas Games devaient avoir lieu au centre Claude-Robillard, à Montréal, à la mi-mars. Environ 400 athlètes des quatre coins du monde étaient arrivés. Trois mille spectateurs devaient assister à leurs prouesses. La salle était en plein montage, les inscriptions en cours… Puis l’interdiction des rassemblements de plus de 250 personnes est tombée. Il a fallu annuler l’évènement et renvoyer tout le monde chez soi.

« Tous mes contrats d’animation sont tombés à l’eau du jour au lendemain », confirme Greg. Cette nouvelle carrière était en plein décollage pour celui qui a eu plusieurs vies (professionnelles), depuis son arrivée sur le marché du travail à 19 ans.

Heureusement, le polyvalent et volontaire trentenaire a plusieurs cordes à son arc, même si, en cette période d’incertitude totale, elles sont toutes menacées de coupure. En plus d’être créateur de contenu pour RDS et animateur au 91,9 Sports, l’amateur de caféine est cofondateur et « embellisseur matinal en chef » de Traffic, une entreprise de microtorréfaction de cafés de spécialité. Il s’occupe principalement des ventes, tandis que son partenaire, Jesse Lewin, veille à choisir et à produire des grains de la plus grande qualité.

Les cafés fermant les uns après les autres, il va sans dire que le carnet de commandes de Traffic a dû se rediriger vers les particuliers. Par chance, les ventes en ligne explosent. « En petits comiques que nous sommes, nous avons décidé d’offrir un rabais de 19 % sur nos produits. Ça veut dire que nous ne faisons pas ben ben de profit, mais c’est notre manière de faire notre part. »

Greg Lanctôt a le don facile. « Là, je dois travailler à établir la différence entre donner et accepter des situations qui me font mal. Lorsqu’on donne, c’est sûr que certaines personnes abuseront. Mais arrêter de donner à cause d’eux, c’est les laisser gagner. Alors je donne. »

Questionnaire du bonheur au temps du coronavirus

Comment gères-tu ton temps, ces jours-ci ?

Je m’écoute et ne m’impose rien, pour l’instant. Si j’ai envie de bouger, je bouge. Si j’ai envie de regarder la télé, je regarde la télé. Si j’ai envie de travailler, je travaille. Si j’ai envie de dormir, je dors.

Quelle musique te fait du bien ?

« Je reviens à mes vieux classiques. J’écoute Hernan Cattaneo [house progressive] pour me concentrer sur certaines tâches, Anberlin pour me faire sourire et Wu-Tang Clan pour me rappeler l’adolescence insouciante. »

Qu’est-ce qu’il y a sur ton écran ?

« Je regarde RuPaul’s Drag Race, saison 12… et la série sur l’âge d’or de la piraterie Black Sails. Paradoxe vivant ! Et je fais du popcorn pour le réconfort ! »

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