Quartier des spectacles

Le morceau qui manquait

La dernière pièce de puzzle du mégaprojet du Quartier des spectacles sera bientôt dévoilée. L’esplanade Tranquille va s’offrir aux Montréalais dans toute sa splendeur et son urbanité.

Située à l’angle des rues Sainte-Catherine et Clark, de biais avec le TNM et la foire alimentaire Le Central, cette place publique de 5000 mètres carrés sera l’une des rares à Montréal qui pourra vibrer 12 mois par année.

Durant l’été, elle constituera l’un des sites pour les nombreux festivals qui se déroulent dans ce secteur. Elle pourra accueillir jusqu’à 5000 spectateurs et peut-être davantage avec la piétonnisation de la rue Clark à cette hauteur.

Mais durant la saison hivernale, l’esplanade Tranquille (qui s’est déjà appelée esplanade Clark) se transformera en patinoire. L’ajout d’une bande qui encerclera la surface de béton permettra de créer une glace de qualité supérieure.

J’ai visité en primeur le chantier avant que le lieu ne soit inauguré d’ici à la fin de l’été.

Je peux vous dire sans trop de doutes que cet endroit sera l’un des plus populaires de Montréal.

Bref, l’esplanade Tranquille n’aura de tranquille que son nom.

J’ai effectué cette visite en compagnie de Benoit Jobin, du Service de la culture à la Ville de Montréal, Éric Lefebvre, directeur général du Quartier des spectacles, de même que Marc-Antoine Fredette et Amandine Mortka, architectes pour la firme FABG qui est responsable du projet. C’est à elle que l’on doit les paddocks du Grand Prix, l’annexe de l’auditorium de Verdun et la salle de spectacle de Repentigny.

Tout ce monde était très fier de me montrer « la salle des machines », là où se trouve l’impressionnant système de réfrigération qui permettra à la patinoire de combattre les aléas de notre climat et d’atteindre une durée de vie pouvant aller jusqu’à cinq mois par année. Le système permettra à la patinoire de fonctionner à partir de 10 oC et moins.

Le système d’éclairage, composé d’immenses grues blanches que l’on retrouve à la place des Festivals, a été reproduit à l’identique sur l’esplanade Tranquille. Il a toutefois une particularité, celle de pouvoir créer des projections interactives sur la glace en soirée.

Cette patinoire, dont l’accès sera gratuit, pourra accueillir jusqu’à 400 patineurs. On souhaite la faire vivre en soirée en organisant des soirées DJ. Des braseros permettront aux gens de se réchauffer. On espère que la vente d’alcool sera permise. Ça sera finalement une sorte d’Igloofest… sur patins.

Si vous êtes passés par cet endroit récemment, vous avez probablement remarqué qu’un imposant et élégant bâtiment longe la place. Fait de verre et de bois, il aura diverses vocations. Au rez-de-chaussée se trouvera un restaurant dont la terrasse sera sans doute très courue. Le nom de celui qui exploitera le lieu est pour le moment gardé secret. Il sera dévoilé avant l’ouverture de l’établissement prévue en décembre.

À côté du resto, on retrouvera la salle de location des patins, de même que les garages où sera entreposée la « zamboni » qui assurera au quotidien la qualité de la glace.

À l’étage, on installera un bar, qualifié de « chalet après-patins », et des salles qui seront utilisées par les différents festivals. On veut aussi mettre à la disposition de la communauté ces salles pour diverses activités. On souhaite rendre hommage à celui qui donne son nom à cette place, Henri Tranquille, en favorisant les débats publics.

Henri Tranquille a tenu pendant plusieurs décennies une librairie à l’endroit même où la place est érigée. Son commerce a été le théâtre de nombreuses manifestations audacieuses, dont le lancement du mythique manifeste Refus global, le 9 août 1948. C’est également là qu’une manifestation s’est tenue, en 1950, à l’occasion du centenaire de la mort d’Honoré de Balzac, contre le gré de l’Église catholique. Il y a aussi eu la première exposition des Plasticiens de Montréal, en 1955.

Chaque recoin du nouveau bâtiment aura un rôle défini. Ainsi, le toit deviendra une surface agricole. Une entente a été établie avec le Laboratoire d’agriculture urbaine de l’UQAM. Les étudiants pourront utiliser cet espace pour mener diverses recherches liées à ce domaine en pleine ébullition.

Doté d’un budget de 78 millions de dollars, le projet de l’esplanade Tranquille aura finalement connu trois administrations : Tremblay, Coderre et Plante. Son accouchement fut long. Mais notre patience sera hautement récompensée.

La place Tranquille sera gérée par le Partenariat du Quartier des spectacles (PQDS), qui a également participé à l’élaboration du projet. Les sous-sols du bâtiment serviront d’ailleurs d’entrepôt au PQDS. C’est là que seront conservés le mobilier urbain et les installations qui servent au bon fonctionnement de la quarantaine d’évènements qui ont lieu chaque année dans ce secteur.

De la passerelle, située à l’étage, je regardais le paysage urbain et je me disais que cette place allait complètement transformer la perspective dans cette zone de la ville. Les tours du Laurent-Clark et du 20, De Maisonneuve prennent tout à coup une autre allure.

On me disait que le projet de construction d’un hôtel-boutique sur Saint-Laurent a été modifié avec l’arrivée de l’esplanade Tranquille. Il était prévu que la façade soit installée uniquement du côté du boulevard Saint-Laurent. Mais voyant la beauté de l’esplanade Tranquille, les promoteurs ont décidé de créer une entrée sur la rue Clark.

On verra au cours des prochains mois comment l’esplanade Tranquille s’insérera dans la vie des Montréalais. Mais ce projet est, à mon avis, l’un des plus beaux des dernières années. Il correspond aux véritables besoins et envies des citoyens. Et il respire la beauté.

Difficile d’être contre ça.

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