Été culturel

Dans la cour de Martha

Le petit café URSA de Martha Wainwright a repris du service depuis le début du mois dernier. Chaque samedi, l’auteure-compositrice-interprète montréalaise organise des concerts intimes dans le jardin de son bel espace de création. Ce samedi soir, le chanteur soul Jean Clerel tiendra l’affiche avec la formation Danny Rebel. Et tiens, pendant qu’on y est, samedi prochain, ce sera au tour d’Amy G et Jules Nominal de faire leur numéro. La cuisine est également ouverte – ce qui vous permettra de commander quelques petits plats pendant la soirée. Ça se passe à URSA Montréal, 5589, avenue du Parc, dans le Mile End.

— Jean Siag, La Presse

Les cibles

Le roman « coup de colère » de Chrystine Brouillet

Maud Graham se plonge dans sa 19e enquête, qui prend cette fois la forme d’un « cold case qui rebondit sept ans plus tard ». Et qui se veut une observation critique de l’intolérance.

Dans Les cibles, la célèbre enquêtrice de Chrystine Brouillet met son flair au service d’une vieille affaire survenue quelques années plus tôt : un meurtre non résolu doublé d’une disparition que la police de Québec n’avait su expliquer, faute de preuves. Jusqu’à ce que de nouveaux éléments remettent Maud Graham et ses collègues sur le dossier.

Et pendant que son personnage remonte la piste du ou des coupables, la romancière dresse le tableau d’une société où règne l’homogénéité… voire l’orthodoxie. Car aux yeux de certaines personnes, le mépris des comportements jugés hors normes ou déviants justifie presque à eux seuls qu’on veuille faire le ménage.

« Le discours d’intolérance, je ne l’accepte pas », s’offusque au téléphone la romancière, en expliquant qu’elle entend trop régulièrement « des commentaires racistes ou homophobes » lorsqu’elle prend les transports en commun, elle qui ne conduit pas.

Dans Les cibles, la haine de l’autre a conduit à la mort d’un homosexuel. Cette violence inquiète la romancière, tant à travers l’intrigue de son thriller qu’à la fin de son livre, où elle fait état, chiffres récents à l’appui, de nombreux crimes haineux ayant pour motif l’orientation sexuelle. Pas que des meurtres.

Et c’est précisément cette haine ordinaire que Chrystine Brouillet a voulu exposer dans Les cibles.

« Dans le monde, il y a encore 70 pays où l’homosexualité est illégale et 10 autres où on la condamne par la peine de mort ! Ce n’est pas possible ! »

— Chrystine Brouillet

« Ça faisait longtemps que j’avais envie de parler d’homophobie dans un de mes livres », avoue l’autrice. Elle s’attendait à ce que ce problème disparaisse avec les années. « Mais non ! Il y a encore beaucoup de comportements inacceptables. D’agressions dans la rue et dans les cours d’école. Les enfants qui continuent de se faire traiter de fifs et de tapettes. Et je ne parle pas de choses qui se sont produites il y a 50 ans, mais l’année dernière.

« Je suis fâchée des comportements des gens. Ce roman-là est un coup de colère ! »

« Comprendre l’intolérance »

Maud Graham n’entre pas en scène avant la page 65 du roman. C’est que Chrystine Brouillet prend le temps de décrire la haine ordinaire, détaillant avec soin les petites pensées haineuses, les commentaires déplacés et autres blagues méprisantes d’un personnage profondément égoïste et assez détestable pour qu’on l’imagine capable de commettre l’irréparable.

Ces premiers chapitres viennent « installer la menace ». L’écrivaine place son lecteur au milieu de viles pensées pour montrer le danger que constitue leur banalisation.

« Il faut que l’on comprenne l’intolérance de ces gens-là pour comprendre le mal qu’ils peuvent faire. »

— Chrystine Brouillet

L’auteure sait bien qu’il n’y a pas de solution miracle et qu’une prise de conscience ne se fait pas du jour au lendemain. Mais elle souhaite faire partie de la solution : « C’est une question d’éducation. Si j’arrive à changer le point de vue de lecteurs, tant mieux ! »

Intrigues enchevêtrées

Deux intrigues distinctes s’enchevêtrent dans Les cibles. Ce qui constitue d’ailleurs un petit « clin d’œil littéraire à Hitchcock » assumé, puisque l’autrice a utilisé la mécanique tordue qui caractérise L’Inconnu du Nord- Express.

« J’espère que je mêle bien le lecteur. J’aime, moi, me faire avoir, quand je lis un livre », rigole Chrystine Brouillet. Elle qui a signé une cinquantaine de polars – dont 19 mettant en scène Maud Graham – connaît sur le bout des doigts l’enquêtrice et son entourage ; elle a le sentiment de pouvoir mieux se concentrer sur les nœuds et les détours de l’intrigue.

Les lecteurs retrouveront le « plaisir de se promener dans les rues de Québec » sur les traces de Maud Graham, cette « femme ordinaire à laquelle on peut s’identifier » et qui, tout en vieillissant, reste fidèle à elle-même, tant dans la « formidable intuition » du personnage que dans ses défauts (« elle est un peu chauvine et impatiente ») ; tant dans sa façon d’approcher la « conciliation famille-travail » que dans sa façon de gérer ses problèmes de ménopause, pas encore tout à fait réglés, s’amuse l’auteure, en connaissance de cause.

Et Maud « est toujours aussi gourmande », pouffe Chrystine Brouillet, toujours prête à se « sacrifier pour l’art », en prenant soin de déguster tous les vins qu’apprécie son enquêtrice, afin de pouvoir les décrire en finesse.

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