Chronique

Faire l’épicerie, ça s’apprend

On nous enseigne à conduire une auto, à faire une règle de trois, à jouer de la musique. Mais qui prend le temps de nous montrer à faire l’épicerie ?

Cette question est d’autant plus pertinente que depuis le début de la pandémie, on mange plus souvent à la maison et, par conséquent, on achète davantage de nourriture au supermarché. De surcroît, parmi tous les types de biens, les aliments sont ceux dont le prix de détail a le plus augmenté en 2020 (+ 2,3 %).

Pour 2021, ça s’annonce pire. Des chercheurs de quatre universités canadiennes prévoient une hausse du prix du panier d’épicerie de 3 % à 5 %. La viande et les légumes seront davantage touchés par l’inflation (+ 4,5 % à 6,5 %).

C’est avec tous ces chiffres en tête que j’ai rencontré virtuellement deux expertes en nutrition et dans l’art de faire son épicerie intelligemment. Jackie Demers et Suzanne Lepage travaillent pour le Dispensaire diététique de Montréal, un organisme communautaire qui conseille les femmes enceintes à faible revenu pour favoriser la santé optimale de leur nourrisson.

Je voulais savoir quelles sont leurs astuces pour maximiser chaque dollar au supermarché. Pour réduire sa facture. Pour ne pas gaspiller de nourriture.

Évidemment, pas besoin d’être enceinte ni d’être serré financièrement pour mettre leurs connaissances à profit !

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Dès le départ, elles m’ont affirmé qu’elles n’avaient pas observé la même hausse de prix que Statistique Canada. Pour la simple et bonne raison qu’elles excluent de leur panier les aliments très transformés. « Nos chiffres nous montrent que la pandémie n’a pas eu d’effet spécifique sur les produits de base », note Jackie Demers.

Bref, lorsqu’on cuisine, on économise toujours. Mais aujourd’hui, ça semble encore plus vrai.

Les œufs, la farine, le sucre, les pâtes alimentaires et le lait, par exemple, ont peu ou pas augmenté. Depuis septembre, le panier hebdomadaire d’une famille de quatre personnes, dont deux adolescents, est ainsi passé de 257,85 $ à 258,05 $, calcule le Dispensaire diététique de Montréal1.

« Il faut des compétences pour économiser », résume Suzanne Lepage. Ne serait-ce qu’en cuisine, afin de passer les restes et de transformer les légumes flétris.

Mais il faut aussi savoir planifier ses achats. En repérant les vrais soldes dans les circulaires – ce qui suppose de connaître les prix courants – et en choisissant ses recettes de la semaine en conséquence. Cette stratégie permet d’éviter le gaspillage et de manger varié, puisque les rabais sont cycliques.

Le simple fait de regarder ce qu’on a dans les armoires et le congélateur avant de faire l’épicerie nous fait économiser. « C’est une étape que beaucoup de monde saute », constate Suzanne Lepage.

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Une fois à l’épicerie, jetez un coup d’œil aux étiquettes sur les tablettes pour y découvrir le prix par 100 g. Les différents formats devant nos yeux peuvent être trompeurs. Tâchez de retenir le prix au kilo des différentes coupes de viande pour mieux les comparer.

Préférez évidemment les fruits et les légumes en saison. Et locaux. C’est moins cher, et plus savoureux.

Ne boudez pas les marques maison. Chaque chaîne de supermarchés propose les siennes. Leur niveau de prix et de qualité par rapport à celui des marques nationales varie.

Peut-être l’avez-vous remarqué, mais de nouveaux formats plus grands sont apparus dans les supermarchés dans la dernière année. Il y a maintenant de gros blocs de tofu de 1 kg et les paquets de 30 œufs tout comme les sacs de 10 kg de farine sont devenus monnaie courante. Voilà l’occasion de faire des économies d’échelle… si on ne gaspille pas.

Le conseil du Dispensaire diététique qui surprend le plus sa clientèle ? Buvez l’eau gratuite du robinet plutôt que d’acheter des caisses de petites bouteilles. Pour les immigrants de presque tous les pays, apprendre que cette eau est sans danger est une découverte inattendue et, évidemment, une grande source d’économies.

Une fois à la caisse, demandez un bon d’achat différé pour les aubaines importantes qui n’étaient plus en stock. Vérifiez bien votre facture pour y repérer de possibles erreurs. Vous pourrez sans doute faire appliquer la politique d’exactitude des prix prévue dans la loi et obtenir des aliments gratuits.

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Après avoir bien planifié ses courses et avoir parcouru les allées de son épicerie, il reste à bien gérer ses achats.

Pour éviter le gaspillage, on congèle les noix qui rancissent vite, les restants, les fruits qu’on a cueillis soi-même l’été, les bananes brunes qui seront parfaites en pain. On transforme les légumes en fin de vie. On place les fruits à l’avant du frigo pour ne pas oublier de les manger.

Il y a beaucoup d’éducation à faire au sujet des dates de péremption, note Suzanne Lepage. Le yogourt est l’exemple classique : il ne devient pas poison dans la nuit suivant la date inscrite sur l’emballage.

On enseigne la gestion, les finances, l’optimisation des processus, le coût de revient et le marketing aux futurs dirigeants d’entreprise. Sans aucun doute devrions-nous aussi enseigner ces matières aux futurs adultes qui devront se nourrir toute leur vie.

1. Il s’agit du montant minimal d’une alimentation comblant tous les besoins nutritionnels. La famille est composée d’un homme, d’une femme et de garçons de 12 et 16 ans.

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