Opinion

J'ai honte de nous, catholiques

L'auteur s'adresse à la Conférence des évêques catholiques du Canada

J’aimerais m’adresser à vous en tant que l’un de vos fidèles, comme un enfant de votre famille, un catholique.

J’ai 28 ans et je suis né en Abitibi-Témiscamingue, sur le territoire des Algonquins. Je suis de souche française. L’existence traditionnelle des Algonquins (dont certains se réclament de l’identité anichinabée) autour des lacs Témiscamingue et Abitibi où ils nomadisaient depuis des temps immémoriaux a été bousculée d’abord par la traite des fourrures, puis par l’arrivée de la première mission catholique, en 1836. En 1853, c’est l’accaparement des territoires de chasse traditionnels au moyen de la création de la Réserve des Sauvages de Timiskamings qui entamera une longue série de traités frauduleux, faisant rapetisser leur territoire comme une peau de chagrin, de 155 km2 à 22 km2 aujourd’hui. Cette spoliation devait bientôt forcer les Algonquins à la sédentarité.

À partir de 1955, et jusqu’en 1972, un pensionnat autochtone, géré par les pères oblats, est ouvert à Saint-Marc-de-Figuery.

Les Algonquins, malgré tout, étaient et sont demeurés un peuple fier, culturellement dynamique, attaché à ses traditions et au respect des ancêtres.

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Bien que je sois issu d’une famille largement athée, j’ai toujours ressenti de l’admiration pour les prêtres. Enfant déjà, j’aimais ces hommes souvent doux et émotifs, en robes somptueuses, qui disaient la douceur d’aimer, qui nous invitaient à la contemplation du monde, au recueillement, à l’importance du repentir, à la grandeur du pardon. Confronté bientôt, comme chacun, au deuil, au découragement, à la difficulté de mener une vie intègre, j’ai souvent songé aux enseignements chrétiens. Je me répète que nous avons très souvent tort, qu’il faut savoir se faire petit, qu’il y a une grandeur dans le repentir.

Messeigneurs, j’ai affreusement honte de nous. Je dis NOUS pour dire les Québécois, mais aussi les catholiques, avec qui je me sens une fraternité. Avec qui je communiais chaque dimanche depuis deux ans. Aujourd’hui, je ne comprends plus le sens de notre engagement. Je ne vois plus en quoi nous demeurons fidèles à la parole du Christ si nous persistons dans cette erreur catastrophique.

Il faut reconnaître au plus tôt l’immensité de notre crime. Notre aveuglement. Notre violence. Notre déni. Notre racisme. Notre participation active à l’ethnocide des autochtones du Canada.

S’en prendre aux enfants, c’est s’en prendre à Dieu. La faute revient à plusieurs, mais la culpabilité, elle, est indivise. Et chaque jour que vous persistez à vous réfugier dans le silence, que l’Église se défile en diluant sa réponse dans sa spirale structurelle, chaque jour rajoute à l’ordure du crime et enfonce le clou jusqu’à l’insulte pour les survivants des pensionnats.

Les survivants dont NOUS avons été les tortionnaires, les enfants que NOUS avons enterrés secrètement, à la façon des criminels, après que les hommes qui répondaient de NOS institutions les eurent violés, maltraités, laissés mourir de faim, pendant que des chanoines et des évêques, à Québec ou à Montréal, dissertaient dans des livres pleins d’une pompe arrogante sur leur infériorité raciale.

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Messeigneurs, vous n’ignorez pas que nous sommes peu nombreux, à mon âge, à nous réclamer encore de vous. À défendre la beauté du message chrétien. Vos églises sont vides, mais je sais que vos prêtres prêchent à des auditoires, pourtant de plus en plus âgés, des vérités éternellement jeunes. L’amour du prochain, l’humilité, l’espérance en l’avenir du monde. C’est une parole, je pense, qui ne doit pas mourir.

Mais aujourd’hui, je ne peux plus dire NOUS. Je ne peux plus me solidariser avec une Église dont le mépris pour la souffrance autochtone la déshonore.

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